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5.0 étoiles sur 5 Une grande leçon d'économie, 27 octobre 2009
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Libéral mais non coupable (Broché)
Contrairement à ce que l''on pourrait penser, à la lecture de son titre, ce livre est loin d''être une apologie du libéralisme ou quoi que ce soit qui puisse s''y assimiler. Je dirais même que, libéral ou pas, chacun peut avoir intérêt à le lire, pour y trouver une leçon d''économie contemporaine tout à fait intéressante et digne d''intérêt, propice à la réflexion puis sujette à discussion.

Certes, son auteur, économiste et financier international ne se cache pas d''être un libéral convaincu et entend bien exprimer en quoi il estime ne pas avoir à s''en sentir fautif, ni coupable de quoi que ce soit. Mais son ouvrage permet surtout d''y voir beaucoup plus clair sur le scénario fou qui a précipité le monde dans la crise économique. Sans qu''il fasse une fixation sur le libéralisme en tant que tel, dont il parle bien peu en réalité.
Et, je le répète, cet essai permet d''engager la réflexion. Nul n''est obligé de prendre pour comptant l''analyse qui est présentée. D''ailleurs, je constate que sur tel ou tel point (monnaie, taux d''intérêt, erreurs des banques centrales, ...') tous les économistes libéraux n''ont pas forcément exactement les mêmes analyses. Preuve que la discussion est bel et bien ouverte.

Ainsi, si l''on en revient à l''ouvrage lui-même, avec un grand sens de la pédagogie Charles Gave nous révèle une série de paradoxes qui sont à l''origine des dérèglements du marché.
Premier paradoxe, pour un libéral proclamé, l''auteur nous explique pourquoi la monnaie se doit d''être considérée selon lui comme un bien public, de par les trois fonctions économiques de base qui sont les siennes.
Partant de là, et c''est le second grand paradoxe, c''est un gouvernement démocrate, en l''occurrence celui de Bill Clinton, qui a privatisé la monnaie en 1999 en abolissant le Glass Steagall Act, pourtant adopté en 1938 pour tirer les enseignements de la crise de 1929, en séparant obligatoirement les activités des banques de dépôts et celles des banques d''affaires, ces dernières assurant traditionnellement leur prise de risque sur leurs propres fonds.
La raison : le lobbying des banques classiques, confrontées au déclin face à l''invention des fonds de trésorerie, et le vote d''une loi distordant la concurrence par les démocrates, pour honorer une promesse faite en échange de paiement des frais de campagne électorale (!).
Il s''en est suivi une période de création monétaire folle et incontrôlée, doublée d''une fragilisation du système économique, les dépôts des épargnants étant mis en danger tandis que plus aucune morale n''intervenait dans l''échelle des rémunérations des banquiers.

S''y est ajoutée ensuite une seconde erreur de politique économique, cette fois de la part de Mr. Greenspan, ayant trop tardé et trop peu à remonter le niveau des taux d''intérêt après la reprise économique du printemps 2002 consécutive aux attentats de Septembre 2001.
Une spirale spéculative s''est alors développée, entraînant une accumulation de dettes partout dans le monde et une dépréciation du dollar.
Un marché comme devenu fou, sous l''effet de deux erreurs de politique économique, autrement dit de l''interventionnisme public.
Et comme tout est toujours inter-imbriqué en Economie, c''est ensuite à la crise financière asiatique des années 1990 que Charles Gave remonte, montrant comment l''interventionnisme via le choix d''un taux de change fixe par rapport au dollar a, là encore , fait dériver le système et est également en partie à l''origine de la crise actuelle.

Puis, à travers différents chapitres successifs, Charles Gave nous invite à un voyage à travers la planète, au cours duquel il nous explique en quoi selon lui l''euro s''est avéré être un désastre pour nos économies (une explication qui vaut son pesant d''or), puis en quoi certains pays de l''ancien bloc communiste ont compromis leur économie en cédant à la facilité de l''emprunt massif en monnaies étrangères, les menant actuellement à la même situation de grave crise que la Thaïlande en 1997, sans oublier le lourd problème des systèmes de retraites.

La deuxième partie de l''ouvrage est consacrée aux origines de la crise financière récente, due aux excès de prêts et de création monétaire de la part des banques, compromises dans des dissimulations et mensonges massifs, avec la complicité des banques centrales, ainsi que des autorités de contrôle, agences de notation et pouvoirs politiques, qui n''ont pas joué leur rôle.
Remontant à la dépression des années 1930, Charles Gave montre comment sont nés, sous l''impulsion de Franklin Roosevelt, Fanny Mae et Freddy Mac, conduisant à des distorsions du marché des capitaux, les deux organismes se conduisant par ailleurs comme deux des plus puissants lobbies américains, avec toutes les conséquences que l''on peut imaginer (corruption généralisée, fonds propres insuffisants, abus de position dominante, faveurs, etc.), à côté desquels notre épisode du Crédit Lyonnais ne constituerait qu''une « aimable plaisanterie » selon l''auteur.
D''où, dans les années Clinton, l''injonction faite aux banques de prêter aux minorités en vue de leur permettre d''accéder à la propriété, intention louable dont on sait aujourd''hui qu''elle a conduit à l''envolée des prix de l''immobilier aux Etats-Unis, à une spéculation démesurée et des niveaux ridiculement bas des taux d''intérêt, entraînant à leur tour une envolée de la masse monétaire, une titrisation des dossiers pourris, avant' le scénario du désastre que l''on connaît.
De manipulations en manipulations (publiques), le système a complètement dérivé, faussant totalement les mécanismes du marché, conduisant ainsi à la fameuse « présomption fatale », Charles Gave s''appuyant sur le concept issu de la pensée Hayekienne pour montrer comment les nobles intentions des élites auto-proclamées (Davos) sensées régir le monde ont conduit au désastre.

Enfin, dans une troisième partie, à travers une analyse plus spécifiquement centrée sur la crise actuelle, ainsi que sur les éléments de démographie disponibles et les principes de la destruction créatrice (Schumpeter étant l''économiste préféré de l''auteur), présente les sources d''espoir ou d''inquiétude, quant à l''avenir proche et plus lointain, en s''appuyant sur la situation de chaque pays.
Nous sommes, nous dit-il, à l''orée d''une révolution à la fois économique, démographique, technologique, énergétique et organisationnelle, dont l''importance est tout à fait comparable dans son ampleur à celle du XIXème siècle.
De notre capacité à passer à une économie de la connaissance, refonder notre système éducatif et révolutionner notre économie dépendront ses résultats.

Un ouvrage vif, passionnant et stimulant.
A conseiller à tous les esprits ouverts, pour inviter à un débat des plus intéressants.
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Message initial: 14 nov. 09 22:15:08 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 15 nov. 09 08:07:56 GMT+01:00
Johan,

Votre commentaire est, comme à l'accoutumé, mesuré et réfléchi, mais montre en fait quelle impasse constitue le libéralisme.

Je rectifie tout d'abord une petite erreur, le Glass Steagall Act est de 1933 et non de 1938.

Charles Gave est un auteur de qualité, qui n'a rien à voir avec des nullités comme Mathieu Laine ou des Lecaussin.
Vous citez d'ailleurs que Schumpeter est l'économiste préféré de Gave, et nous sommes là bien loin du néo-libéralisme béat dont l'autre commentateur, Claude Fouche, se fait l'écho habituel (il ne sait d'ailleurs faire que çà). S'il y a un économiste qui a montré que le développement économique, ou le "vrai" libéralisme, si vous préférerez (c'est-à-dire tout simplement l'économie de marché qu'on éviterait de porter sur un autel), résultait d'une convergence de l'activité de l'entrepreneur et de celle de l'Etat, c'est bien Schumpeter! Je vous renvoie à la superbe biographie de Thomas Mc Craw Prophet of Innovation: Joseph Schumpeter and Creative Destruction et son oeuvre indispensable, les trois tomes de son Histoire de l'analyse économique.

Ce que Gave nous dit ici c'est que de mauvaises décisions de politiques publiques ont été prises. C'est certain. Mais est-ce à dire que cela justifie les théories de la rationalité des marchés que Justin Fox croque avec précision et humour dans The Myth of the Rational Market: A History of Risk, Reward, and Delusion on Wall Street ?

Il n'y a jamais eu de développement économique sans intervention de l'Etat. Ce qui ne veut pas dire que l'Etat est bon en soi et qu'il prend toujours de bonnes décisions.
Et un Etat prendra d'autant plus de mauvaises décisions qu'il sera tombé sous l'emprise des lobbyistes libéraux qui ne crachent jamais sur l'Etat lorsqu'il s'agit de la cannibaliser à leur service. Le dernier exemple étant Henri Paulson, le représentant du lobby Goldman Sachs au sein de l'administration Obama (quand on y regarde de près, les mêms sont restés depuis Bush....) qui a permis que le gouvernment sauve Goldman Sachs et laisse couler Lehman Bros.

Quant à l'assertion que vous faîtes - je doute que l'ayez trouvé chez Gave - que la titrisation des junk bonds ait été imposée par le gouvernement contre la volonté du marché, alors là comme dirait Bourvil "ne me faîtes pas rire, j'ai les lèvres gercées!".

Cordialement,

JD

En réponse à un message antérieur du 14 nov. 09 23:29:04 GMT+01:00
[Supprimé par l'auteur le 14 nov. 09 23:29:33 GMT+01:00]

En réponse à un message antérieur du 14 nov. 09 23:30:15 GMT+01:00
Merci, pour commencer, pour la rectification de la date. Page 31 de l'ouvrage, je viens de vérifier, apparaissait bien l'année 1938 (faute de frappe chez l'éditeur ?). L'erreur ne vient pas de moi.

En ce qui concerne les mauvaises décisions prises par l'Etat, je ne pense pas qu'elles soient le fait de lobbyistes libéraux en particulier, mais de lobbies tout court, quelle que soit leur mouvance. L'idée serait celle de la distorsion entraînée par certaines décisions publiques, qui suscitent ce genre de réaction malsaine.
Et, de la même manière, en relisant mon texte, je ne fais pas dire à Charles Gave que "la titrisation des junk bonds ait été imposée par le gouvernement contre la volonté du marché", mais elle est une conséquence de la décision publique initiale (et c'est bien Charles Gave qui le dit). En quelque sorte, c'est un moyen trouvé par le marché, qui se trouve faussé par cette décision publique, de tenter de se débarrasser des dossiers pourris. Ce qui est bien une vraie perversion.

Cordialement.

En réponse à un message antérieur du 14 nov. 09 23:50:15 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 15 nov. 09 08:07:25 GMT+01:00
La notion de perversion du marché repose sur l'hypothèse qu'il puisse y avoir un marché non perverti et qui puisse donc fonctionner de manière rationnelle. Cela suppose:
- que les acteurs du marché disposent de toutes les données (ce qui ne peut exister que sur un marché petit, fermé et stable)
- que les acteurs aient un comportement rationnel, ce qui est à la base de l'économie néoclassique. Or, depuis les travaux de Herbert Simon Les sciences de l'artificiel on sait que notre rationalité est limitée ( c'est la "bounded rationality"). C'est précisément là qu'interviennent les institutions, pour réduire les incertitudes liées à la rationalité limitée. Même des économistes qui adhérèrent au mythe de la rationalité parfaite ont reconnu cette impasse, je pense à Douglass North dans Le processus du développement économique.

Cordialement,

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 00:35:28 GMT+01:00
En lisant votre première phrase, je m'apprêtais justement à évoquer Herbert Simon et son concept de rationalité limitée pour laquelle, si je ne m'abuse, il me semble bien qu'il avait reçu un prix Nobel.
Donc tout à fait d'accord avec vous sur ce point. La rationalité parfaite n'existe, bien entendu, pas et n'a jamais existé, du moins à l'échelle de l'Economie.

Pour autant, rien n'indique de manière absolue que les institutions, qui prétendent réduire cette rationalité limitée, y parviennent. Et rien n'indique qu'elles y parviennent mieux que le marché. Mais l'inverse non plus, je vous le concède, puisque là est tout le débat...
(Je ne pense d'ailleurs pas que vous me contredirez un seul instant si je fais référence par exemple à la situation extrême du Gosplan, qui entendait mieux prévoir le fonctionnement des échanges, à travers la décision des quantités à produire, les prix à pratiquer, etc., mieux que le marché laissé libre. On sait à quelle spectaculaire impasse cela a mené. Or, sans s'en référer aux extrêmes, rien ne permet de préjuger de l'efficacité réelle des décisions publiques, du moins il me semble).

Bonne nuit.

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 08:03:52 GMT+01:00
Johan,

Les institutions ne prétendent pas être la rationalité parfaite, sauf dans les systèmes totalitaires. Le grand Machiavel avait bien compris tout cela, le premier: les institutions sont là pour éduquer à la vertu civique (vous trouverez sur la toile mon article "le legs de Machiavel au management public) qui permet le "vivere politico", soit l'expression institutionnalisée du débat et des contradictions dans une société sans laquelle elle s'effondre.

Stiglitz a bien résumé le débat: les néo-libéraux pensent que "le marché généralement çà marche et que l'Etat généralement çà ne marche pas". Ce qui est sur c'est que le marché sans l'Etat çà ne marche pas.

Alors que sont de bonnes institutions? Là est l'enjeu du débat. Vous trouverez également sur la toile ma communication au congrès d'HelsinKI de l'IISA "Pas de philosophie, SVP, nous sommes des managers".

Bon dimanche!

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 09:30:29 GMT+01:00
Jules Théophraste,

Passionnantes parutions que celles dont je viens de voir un échantillon sur la toile (malheureusement, je n'ai pu accéder qu'au synopsis). L'ouvrage de 2001 est-il bien de vous ? (pas le même nom).

On pourrait inverser la phrase de Stiglitz, surtout le concernant au premier chef.
Le bien commun est, me semble-t-il, recherché par tous, y compris les libéraux. La différence, les concernant, est qu'ils s'en tiennent à des institutions limitées (et non inexistantes) dans leurs attributions et qu'ils font davantage confiance à l'individu, au contrat et, vous avez raison, au droit, pour tenter de parvenir à une société harmonieuse (voir Bastiat, sur la notion d'harmonie).
Vous noterez que je dis bien "société harmonieuse", car si les libéraux désirent plus que tout le bien commun eux aussi, ils ne le présentent jamais de cette manière, mais plutôt comme le bien de chacun, de chaque individu en tant qu'individu, refusant tout agrégat sur le bien collectif (comme d'autres récusent la seule mesure du PIB en évoquant une sorte de "Bonheur National Brut", qui dans son agrégation ne peut d'ailleurs satisfaire les libéraux).

Autrement dit, je ne crois pas du tout que les libéraux sont les égoïstes ou sans coeur que l'on tend à présenter en permanence en les diabolisant. Simplement, ils éprouvent une méfiance à l'égard des prétentions institutionnelles ou macroéconomiques à vouloir le bien commun, y décelant souvent des sources de perversité.
Pour citer une deuxième fois Frédéric Bastiat, il y a (je pense que vous connaissez) "ce qui se voit, ce qui ne se voit pas".
Ce qui se voit sont les intentions très généralement fort louables des décideurs publics, qui entendent aller dans le sens du bien commun, ce qui ne se voit pas sont tous les effets externes (dirait-on en Economie) ou plutôt les conséquences induites par ces décisions publiques, pas forcément visibles, car difficilement mesurables et généralement décalées dans le temps.

Un débat, donc, infini. Et dont on ne peut espérer venir à bout.
Mais j'espère bien, dans les années qui viennent (car je suis pour le moment trop accablé de lectures qui s'accumulent sans que le temps dont je dispose soit suffisant, bien loin de là) me pencher sur les écrits de Machiavel, entre autres, pour faire avancer mes réflexions. Tout à fait intéressant. Et indispensable à l'approfondissement de ma culture...

Bien cordialement.
Et bon dimanche à vous également.

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 11:39:33 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 15 nov. 09 11:45:16 GMT+01:00
Oui pour le bouquin de 2001.

Pour ce qui est des libéraux - nous en avons déjà parlé - c'est justement le renoncement au bien commun qui est à la base de leur idéologie. Je parle surtout des néo-libéraux, car on retrouve l'idéal du bien commun chez Adam Smith au travers du concept de "sympathie" (proche du concept cicéroniens des "bons offices mutuels").

Je retrace dans le papier que je vous ai cité "Pas de philosophie, SVP, nous sommes des managers" (disponible sur la toile en français et en anglais sur le serveurs des universités américaines), la naissance du liébralisme qui est justement la renoncement à la possibilité de concevoir une société fondée sur le bien commun. Ce débat s'installe après la crise financière de 1720 (exactement une crise Madoff comme aujourd'hui) en Angleterre.
Il rebondirait autour de la fondateur des jeunes Etats-Unis. Finalement c'est l'idée que les passions humaines sont mieux régulées par le "doux commerce" que par les passions politiques qui l'emportera.
Tout cela aboutit à la "société du moindre mal" si bien décrite par Michéa.

Autre élément, les économistes libéraux étaient tous influencés par le jansénisme comme l'a montré Jean-Claude Perrot, sois une vision très pessimiste de l'homme, incapable d'accéder au bien. On s'en remet donc à l'idée du "Dieu caché" qui guide nos actes égoïstes. Pour les libéraux, le bien commun n'est que la somme des bien privés.

C'est une ligne de fracture essentielle pour comprendre les dérives de nos sociétés depuis la modernité: nous avons su, c'est certain, créer une prospérité sans précédent, mais au prix de l'abandon de l'idéal classique de la "bonne société".
Avec les conséquences que l'on a vu, que l'on voit, et que l'on continuera à voir.

JD

PS: le lien: http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1446781

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 14:25:09 GMT+01:00
Oui, je me souviens bien que nous en avions déjà discuté.
Et notamment, je vous avais fait part de mon désaccord sur l'idée de vision très pessimiste de l'homme de la part des libéraux (j'avais, en particulier, récusé l'appartenance de Hobbes à la mouvance libérale, celui-ci en étant l'exact opposé). Bien au contraire, il me semble que la vision de l'homme est beaucoup plus positive et optimiste dans cette philosophie que celle que vous présentez à travers les références que vous citez.
Je vous avais également fait part du fait que beaucoup de libéraux sont des chrétiens convaincus (donc, point de "Dieu caché").
De renoncement, je crois qu'il n'y a donc point et de l'optimisme à long terme je crois qu'il y a.
Maintenant, comme je vous l'avais déjà exprimé à cette occasion-là, je ne suis certainement pas le mieux placé pour tenter de défendre une philosophie dont je ne suis pas le représentant. Je m'y intéresse à titre purement individuel et tente de me faire une idée à travers mes lectures, en toute modestie, celles-ci restant plus nombreuses devant moi que celles que j'ai déjà pu avoir.
Merci, en tous les cas, pour la qualité de ces échanges et ouvertures appréciables à la réflexion.

Très cordialement.

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 09 16:10:25 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 15 nov. 09 16:12:16 GMT+01:00
Johan,

Il y a deux grandes tendances dans le christianisme (en en restant au catholicisme): l'augustinisme de la La Cité de Dieu qui est irrémédiablement coupée de la cité des hommes. Augustin écrivait après l'effondrement de l'Empire romain et ne voyait plus aucune perspective à la vie politique. Puis, il y eut le renversement opéré par Thomas d'Aquin et des aristotéliciens chrétiens comme Marsile de Padoue dans son Le défenseur de la paix, puis - bien sûr - Machiavel. On doit à Quentin Skinner et à l'Ecole de Cambridge d'avoir clarifié cette évolution dans Les fondements de la pensée politique moderne.
L'augustinisme revint avec le jansénisme et sa vision pessimiste de l'homme qui a son pendant chez les Protestants avec Hobbes. Ce courant était radicalement anti républicain (ou res-publicain) car ne croyant pas l'homme capable de délibération sur la nature du bien commun. Ils s'en remirent au "doux commerce".
Tous sont chrétiens. Mais la fracture reste aujourd'hui.
Le courant janséniste soutient l'Europe de Bruxelles, avec ses grands esprits éclairés guidant des hommes aveugles et incapables de dépasser leurs passions. Les thomistes, avec une multitude de variante, soutiennent l'existence de la nation comme seule lieu légitime de controverse et de délibération.
Il y a un magnifique site consacré à St Thomas d'Aquin - de très haut niveau.

Cordialement
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Johan Rivalland
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