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22 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un résultat en demi-teinte: acteurs magnifiques, mais relecture top idéalisée du passé, 20 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Yves Saint Laurent (DVD)
Inutile de présenter Yves Saint-Laurent. Ce film qui lui est consacré couvre la période allant de ses débuts chez Christian Dior (1956) à son défilé-triomphe sur les ballets russes en 1976, vingt ans racontés sous forme de flashes-back (avec des vrais morceaux de voix-off dedans) par son amant Pierre Bergé à l’occasion la mort du couturier.

La principale raison de voir ce film réside dans l’excellence des comédiens. Pierre Niney, découvert l’an dernier dans la géniale comédie Comme des frères, incarne véritablement le rôle-titre. Le phrasé précieux, les gestes un peu maniérés, le physique fragile, le regard hanté de passions, tout rend sa prestation éblouissante. Guillaume Gallienne (Les Garçons et Guillaume, à table !) campe quant à lui un Pierre Bergé très convaincant, et si quelques problèmes résident dans l’écriture même du personnage (j’y reviendrai), l’interprétation reste, elle, impeccable. Voir ces deux comédiens-français se donner la réplique procure un réel bonheur.

La reconstitution historique, particulièrement léchée, mérite également le détour. Un soin manifeste, voire scrupuleux, a été apporté aux décors, aux vêtements, aux coiffures, etc. Les media ont également beaucoup parlé du fait que le réalisateur avait eu accès aux archives de croquis et dessins particuliers de la fondation Bergé-Saint-Laurent ; il en fait copieusement usage. Mais un beau cadre ne reste qu’un enjolivement s’il n’est pas utilisé avec d’autre dessein que l’illustration. Or, c’est le cas ici, et ce n’est pas la seule chose qui pose problème.

Commençons par le script. La première partie, sur l’ascension du jeune créateur et sa rencontre avec Bergé se révèle bien construite, rythmée et passionnante. Mais une fois arrivé au faîte de sa gloire (la création de la maison YSL et son premier triomphe en son nom), la seconde partie ne fait que juxtaposer de façon décousue des scènes sans grand rapport les unes avec les autres. Un défilé à succès, une rivalité amoureuse, une gueule de bois carabinée, une sodomie sordide dans un back-room, une overdose médicamenteuse presque romantique (liste non exhaustive) s’enchaînent et se répètent parfois sans que le réalisateur parvienne à les relier de façon cohérente, comme si lui-même ne savait plus trop où il voulait en venir. Cette seconde partie qui ne décolle jamais finit plutôt par renforcer un certain mystère Saint-Laurent, et rendre le personnage plus énigmatique qu’autre chose (alors qu’il est sensé être raconté par l’homme qui l’a indiscutablement le mieux connu). Et comme elle s’interrompt au milieu des 70s, le spectateur a l’impression frustrante qu’on le gruge en le privant des trois décennies suivantes, comme si l’histoire était volontairement tronquée dans le but de cacher on-ne-sait-quoi (alors que, tout simplement, le reste n’aurait été que d’inutiles répétitions de ce qui a déjà été décrit).

On en arrive alors aux choix scénaristiques. Il existe une certaine tentation à idéaliser les années 50-60, considérées comme l’époque d’une certaine « douce France » et le pinacle du raffinement hexagonal (voir le film « Populaire » par exemple). Non seulement, YSL n’évite pas ce pardonnable écueil mais il en rajoute dans la vision déformée, notamment celle de ses personnages principaux ce qui, pour le coup, est grave dans un biopic. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont des gens qui ont connu les protagonistes depuis leurs débuts (à commencer par la journaliste Janie Samet dans le Figaro). La distorsion angélique concerne particulièrement un Pierre Bergé fortement idéalisé, présenté tour-à-tour comme un homme d’affaires avisé permettant au génie Saint-Laurent de s’exprimer, comme un amant malheureux trompé par un Yves esclave de ses passions mais demeurant héroïquement fidèle à leur amour réciproque, comme un soutien sans faille, un roc inébranlable auquel le pauvre créateur alcoolique et drogué peut se raccrocher pour mieux rebondir artistiquement, comme le protecteur avisé du génie excessif et pêchant légèrement par excès de couvaison (mais c’était pour son bien, ma bonne dame). En réalité, le film devrait s’appeler « L’abnégation héroïque de Pierre Bergé ». Ce sentiment d’idéalisation est renforcé quand on voir quelques croquis de la BD La vilaine Lulu dont Saint-Laurent fut l’auteur pendant ses années Dior. Ce qui est présenté furtivement à l’écran comme d’innocents dessins enfantins qu’il dissimule sous des croquis plus professionnels, un lecteur du livre les reconnaîtra comme l’œuvre d’une perversité incroyable provenant d’un cerveau malade (je n’exagère malheureusement pas). Enfin, le traitement historique de la fin de l’Algérie Française est timidement esquissé puis proprement évacué afin d’éviter toute polémique, alors que Saint-Laurent et toute sa famille venaient d’Oran. Voilà encore un point historique objectivement distordu alors qu’il aurait pu faire l’objet d’une représentation passionnante.

Cette biographie d’Yves Saint-Laurent, très élégante sur la forme et superbement servie par un duo d’acteurs extraordinaires, se révèle progressivement comme une hagiographie fortement enjolivée du personnage-titre et surtout de son compagnon, dont on n’est pas surpris qu’il a donné son soutien inconditionnel à cette oeuvre. Finalement, en accentuant trop la distorsion flatteuse des faits, le film attise la curiosité du spectateur et agit comme la meilleure bande-annonce pour son concurrent !
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Message initial: 16 avr. 14 21:06:08 GMT+02:00
Jissency dit:
Très belle critique, merci. Hélas, l'idéalisation de Pierre Bergé était assez prévisible, le personnage ayant dû échanger l'accès aux archives-maison contre un droit de regard sur le scénario. C'est le lot commun des biographies autorisées.
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FX de Vasselot
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