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Ce commentaire fait référence à cette édition : Carlos Kleiber : Der Rosenkavalier (Coffret 2 DVD) (DVD)
Je dois le reconnaître, j'ai longtemps émis des réserves sur le Rosenkavalier de R.Strauss que je percevais à la fois comme précieux et indigeste. Précieux en raison des excès de raffinements du livret, indigeste en raison d'une écriture orchestrale fastueuse et opulente à l'excès.La découverte de cette production de l'opéra de Munich m'a fait changé d'avis. Ce n'était pourtant pas gagné car la mise en scène d'Otto Schenk ne va pas dans le sens de la légèreté, c'est même dans un véritable océan de crème fouettée qu'il nous plonge, bien aidé il est vrai par les décors somptueux et parfois un peu kitsch de Jürgen Rose. Oui mais voilà, comme antidote absolue aux lourdeurs d'estomac, il y a Carlos Kleiber et c'est d'ailleurs sa présence qui m'a incité à surmonter mes préjugés, ce que je ne regrette pas. Cet opéra était un de ses ouvrages préférés (si ce n'est son opéra fétiche) et il le dirigea plus de 150 fois entre 1964 et 1994. Ce qu'il nous est donné à voir ici est une représentation de juin 1979 dans ce qui fut la production emblématique de l'opéra de Munich des années 70 et qui fut reprise à Vienne et Tokyo en 1994 (sans Otto Schenk) pour ce qui devait être la dernière représentation d'opéra dirigée par Carlos Kleiber. En 1979, cette production, bien rodée, était sans doute à son zénith. Côté distribution, elle est marquée, à mon sens, par une interprète de génie : Brigitte Fassbaender. Je n'ai pas beaucoup de recul sur cet opéra, mais je n'imagine pas une interprétation plus convaincante du rôle d'Octavian. A la base, Fassbaender à un gros avantage : un physique naturel de garçon manqué, elle y ajoute une totale compréhension de la psychologie d'un garçon de 17 ans dont elle traduit idéalement la fougue, l'audace, la sensualité mais aussi l'espièglerie ; et comme la performance vocale est à l'avenant, nous sommes en présence d'une très forte incarnation lyrique, de celles qui marquent le temps et les esprits. Lucia Popp est vocalement une Sophie de rêve, le rôle semble écrit pour elle. Oserais-je une minime réserve ? en 1979, elle a 40 ans et correspond sans doute plus à l'idée que l'on se fait de la Maréchale que d'une oie blanche comme Sophie. Peu importe, la beauté de sa voix nous fait oublier ce détail. Côté Maréchale, c'est un peu le problème inverse, la voix n'est pas idéale, Gwyneth Jones n'a jamais été la meilleure chanteuse du monde, la voix est toujours aussi instable. Oui mais voilà, il y a l'incarnation et quelle incarnation, elle s'est totalement fondue dans la peau de la Maréchale avec qui elle ne fait qu'un. Elle habite son rôle dont elle exprime à la fois la prestance, la sensualité mais aussi la tristesse et la mélancolie devant l'inexorable marche du temps. On en finit par oublier ses petits problème de justesse et son vibrato incertain. Face à ce trio de dames souveraines, le baron Ochs de Manfred Jungwirth fait le métier. A vrai dire le rôle est presque inratable, en effet, on ne lui demande pas de bien chanter, mais d'être gras, vulgaire et bête, ce que Jungwirth fait parfaitement. Mais le grand triomphateur de la soirée est bien évidemment Carlos Kleiber, le « magicien » n'attend même pas que les applaudissements cessent pour lancer son orchestre et nous faire décoller de terre. Sa direction d'orchestre est la quintessence de l'élégance et il transfigure tout ce l'écriture de Strauss pourrait avoir de trop riche. Cette sublime comédie, cette joyeuse farce faite au Baron Ochs dure quand même trois heures qui m'ont semblé s'être écoulées en un instant. Sublime. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
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