32 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile
Problème éditorial, 18 février 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ex utero : Pour en finir avec le féminisme (Broché)
Y'a un vrai problème éditorial. Ce serait pas l'éditeur qui a voulu insister sur le côté "Pour en finir avec le féminisme" ? Parce que ce texte n'en finit pas du tout avec le féminisme, il propose au contraire un retour au féminisme de Simone sur le "destin biologique", agrémenté du principe spinozien qui veut qu'être conscient des déterminations c'est déjà s'en libérer (sur ces points on ne peut qu'être d'accord). Ensuite l'auteure ajoute un versant biologisant en insistant sur ce qui la passionne : le darwinisme, la génétique. Ceci pour réfuter le délire hystérique made in Chiennes de garde ; mais aussi pour réfuter le queer (ce qu'elle appele le "mythe de la page blanche"). Pour ce qui est de la critique du féminisme institutionnel, elle est un peu superficielle (mais toujours bienvenue), reprise de Iacub sans aller aussi loin. Donc "en finir avec le féminisme", non, pas du tout. Après, le vrai problème de ce texte, c'est de vouloir critiquer le queer et soutenir une perspective naturaliste. Alors je n'y connais rien moi, en génétique, mais ça m'a beaucoup déplu. "Le mythe bien connu de la page blanche", ça me fait rire, parce que c'est au contraire une idée plutôt récente, estampillée vingtième siècle ; tandis que le mythe de prédispositions innées, ça c'est beaucoup plus ancien, et c'est celui auquel l'auteure souscrit. Le plus gênant, dans tout le discours naturaliste qu'elle tient, c'est l'anthropomorphose de la nature. "La nature fait ça", "dit ça", "choisit ça", "la sélection naturelle nous a donné ça", "elle fonctionne à l'erreur"... J'avais commencé à faire la recension de toutes les tournures où la nature est vue comme une entité agissante, intelligente, aux traits humains. A titre personnel, cette vision des choses me paraît profondément réactionnaire (en ce que postuler une nature c'est exclure par avance le conte-nature, etc.). Et surtout profondément religieuse. C'est-à-dire qu'à travers son darwinisme, l'auteure esquisse une conception du monde où chaque chose qui est répond à un besoin bien précis, ou a une utilité bien précise, enfin plus fondamentalement chaque chose a un sens, la nature a un sens, elle a même un projet. Ça, c'est le christianisme, enfin le sacré. Ce présupposé déiste me paraît tellement oldfashion et porteur de dérives si évidentes... Cette lecture religieuse du réel fait tâche d'huile sur le texte, puisque du fait de son darwinisme, l'auteure ne peut considérer la femme que sous l'angle de la reproduction (elle ne fait pas l'éloge de la reproduction, mais elle ne voit la femme que sous l'angle de son utérus reproducteur). Tout le texte est totalement inopérant pour ce qui sort du moule naturaliste. La femme ou l'homme homosexuels, par exemple, sont ignorés de bout en bout par cette lecture biologisante et par le projet de la nature auquel l'auteure croit. Elle se contente de dire qu'il faut combattre les déterminations naturelles, mais ce faisant elle ne fait que renforcer l'idée d'une "ombre de Dieu" sur le monde. Et donner corps, encore une fois, au discours excluant du type "nature"/"contre-nature".
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
Ex utero : Pour en finir avec le féminisme 2842713885
Peggy Sastre
La Musardine
Ex utero : Pour en finir avec le féminisme
Bienvenue
Problème éditorial
Y'a un vrai problème éditorial. Ce serait pas l'éditeur qui a voulu insister sur le côté "Pour en finir avec le féminisme" ? Parce que ce texte n'en finit pas du tout avec le féminisme, il propose au contraire un retour au féminisme de Simone sur le "destin biologique", agrémenté du principe spinozien qui veut qu'être conscient des déterminations c'est déjà s'en libérer (sur ces points on ne peut qu'être d'accord).
Ensuite l'auteure ajoute un versant biologisant en insistant sur ce qui la passionne : le darwinisme, la génétique. Ceci pour réfuter le délire hystérique made in Chiennes de garde ; mais aussi pour réfuter le queer (ce qu'elle appele le "mythe de la page blanche"). Pour ce qui est de la critique du féminisme institutionnel, elle est un peu superficielle (mais toujours bienvenue), reprise de Iacub sans aller aussi loin.
Donc "en finir avec le féminisme", non, pas du tout.
Après, le vrai problème de ce texte, c'est de vouloir critiquer le queer et soutenir une perspective naturaliste. Alors je n'y connais rien moi, en génétique, mais ça m'a beaucoup déplu. "Le mythe bien connu de la page blanche", ça me fait rire, parce que c'est au contraire une idée plutôt récente, estampillée vingtième siècle ; tandis que le mythe de prédispositions innées, ça c'est beaucoup plus ancien, et c'est celui auquel l'auteure souscrit.
Le plus gênant, dans tout le discours naturaliste qu'elle tient, c'est l'anthropomorphose de la nature. "La nature fait ça", "dit ça", "choisit ça", "la sélection naturelle nous a donné ça", "elle fonctionne à l'erreur"... J'avais commencé à faire la recension de toutes les tournures où la nature est vue comme une entité agissante, intelligente, aux traits humains.
A titre personnel, cette vision des choses me paraît profondément réactionnaire (en ce que postuler une nature c'est exclure par avance le conte-nature, etc.). Et surtout profondément religieuse. C'est-à-dire qu'à travers son darwinisme, l'auteure esquisse une conception du monde où chaque chose qui est répond à un besoin bien précis, ou a une utilité bien précise, enfin plus fondamentalement chaque chose a un sens, la nature a un sens, elle a même un projet. Ça, c'est le christianisme, enfin le sacré.
Ce présupposé déiste me paraît tellement oldfashion et porteur de dérives si évidentes... Cette lecture religieuse du réel fait tâche d'huile sur le texte, puisque du fait de son darwinisme, l'auteure ne peut considérer la femme que sous l'angle de la reproduction (elle ne fait pas l'éloge de la reproduction, mais elle ne voit la femme que sous l'angle de son utérus reproducteur). Tout le texte est totalement inopérant pour ce qui sort du moule naturaliste. La femme ou l'homme homosexuels, par exemple, sont ignorés de bout en bout par cette lecture biologisante et par le projet de la nature auquel l'auteure croit.
Elle se contente de dire qu'il faut combattre les déterminations naturelles, mais ce faisant elle ne fait que renforcer l'idée d'une "ombre de Dieu" sur le monde. Et donner corps, encore une fois, au discours excluant du type "nature"/"contre-nature".
MC
18 février 2009
- Général:
5

|
Détails de l'évaluation
Classement des meilleurs critiques: 754
|