Commentaire client

30 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Somptueux gadget, 8 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Music for a while : Improvisations on Purcell (CD)
Irrésistible ou insupportable ? Le nouveau disque de la brillante bande à Christina Pluhar va sans doute diviser les amateurs, une fois de plus (après Teatro d'amore, Via crucis, Los pajaros perdidos et Mediterraneo, pour la période récente).
Les "grounds" obstinés de Purcell, sa vocalité miraculeuse, sont autant de joyaux qui se prêtent à merveille aux interprétations les plus inventives, et l'Arpeggiata se présente ici comme un collectif à géométrie variable, chaque formation ou soliste mettant l'accent sur le caractère dominant de chaque pièce. Mais si le projet est louable, le résultat est tout de même mitigé. Alors 3 étoiles, dans l'Amazone ça veut dire : "j'aime". Malgré tout ?

D'abord, du beau et du bon. L'édition en livre-disque est belle (quoique le visuel, bof...), avec un livret magnifiquement détaillé. Une réalisation techniquement impeccable, dont on peut apprécier la prise de son, fine, précise, profonde, comme d'habitude certes mais on ne s'en lasse pas. Même si on n'a plus la surprise de la découverte, on apprécie sans réserve la qualité des instrumentistes qui oeuvrent ici (belle guitare fluide, contrebasse admirable, souffleurs parfaits). Quant au répertoire (Evening Hymn, O Solitude, Strike the Viol, etc.) c'est tout simplement du caviar : que des "bombes", qui sont l'expression du génie universel de Purcell.

Mais l'antienne éculée de "la rencontre du classique et du jazz" est vraiment pénible à lire... Surtout parce que ce n'est pas vraiment le cas ici ! Rien qui puisse sérieusement relever de la sphère du jazz dans ces improvisations mesurées, malgré la présence (toujours irradiante) de Gianluigi Trovesi. Il s'agit plutôt d'une couleur ou d'une atmosphère, voire d'ornementations "autres" que celles habituellement pratiquées. Pourquoi dès lors utiliser un discours publicitaire hors de propos ? Pour une vraie "rencontre" entre ces mondes, les élucubrations parfois géniales de Uri Caine (Mahler, Mozart, Schumann et d'autres chez Winter & Winter) valent le détour. Et le "Music for a While" en trio piano-basse-batterie de Bobo Stenson (avec Anders Jormin et Paul Motian, ECM) est inégalé. Cela dit, on s'en fout de la pub, rien n'empèche d'apprécier ce disque pour ce qu'il est, il y a bien de la matière à se réjouir au long de ces 76 minutes.

Le problème tient plutôt dans l'inégalité des résultats. Si le CD commence assez fort avec 'Twas within a Furlong, recréé de manière très dynamique avec une contribution décisive de Vincenzo Capezzuto, et connaît ensuite quelques sommets, il sombre au moins dans deux ratages conséquents qui relativisent l'intérêt de l'ensemble. Pour la mort de Didon "When I am laid in Earth", on dirait un suicide au Temesta, lamentation défigurée par une Raquel Andueza hors de voix (il était temps que la reine meure, se dit-on...), c'est d'autant plus regrettable que par ailleurs l'air "Ah Belinda", moins ambitieux, passe très bien. Surtout, regrets éternels pour "Wondrous Machine" complètement en panne, pièce pour laquelle j'avais l'attente la plus gourmande (et donc la plus grosse déception à l'arrivée), l'arrangement prétentieux veut trop en faire et fout en l'air cette mécanique rutilante d'habitude invincible ; même Vincenzo Capezzuto ne peut rien faire pour sauver les meubles. Si on se souvient (entre autres) de la version dirigée par Diego Fasolis (Arts), la comparaison est sans appel. "Music for a while" est l'exemple d'une adaptation plus réussie, libre, un peu anecdotique mais tellement prenante. Philippe Jaroussky s'y montre plus à l'aise que dans ses enregistrements de jeunesse. Il livre d'ailleurs d'autres beaux moments au fil du programme.
Il reste que si l'ensemble s'écoute avec plaisir, aucune des versions présentes sur ce disque - vraiment aucune - n'arrive à la hauteur des très bonnes (et innombrables) interprétations des "originaux". Sans parler de l'Hallelujah en "bonus" final qui n'apporte rien sinon une impression un peu racoleuse (retour urgent à Leonard Cohen ou Jeff Bucley pour le plaisir d'écoute). Tout cela est élégant mais trop souvent superficiel, lisse, désespérément "mondialisé". D'ailleurs, les références contemporaines citées à titre d'exemples par Christina Pluhar dans sa présentation inquiètent un peu, à moins qu'elles ne révèlent quelque chose : la britannitude des Who comme écho de Purcell, passe encore, mais Klaus Nomi et... Arielle Dombasle, il y a des limites à l'horreur ! Où vas-tu Christina ?

Pourtant, entre la chapelle et la taverne Purcell aime parfois prendre le chemin le plus court. Merci au grand Dominique Visse qui donne ici un peu de consistance aux (d)ébats dans un truculent "Man is for the Woman made". Enfin du corps et de la rugosité. Moment trop court. Dans l'ensemble on reste hélas bien loin des premiers disques Alpha de l'Arpeggiata, notamment ceux avec Marco Beasley, le stupéfiant et subtil ténor dont on regrette l'absence ici.

Voilà donc un bel objet, très bien produit et réalisé, intéressant pour les amateurs de curiosités purcelliennes, mais qui va sans doute susciter des enthousiasmes délirants (du chiffre !) et des indignations outragées, les uns comme les autres allant bien au-delà de ses qualités réelles. Après tout, si ça pouvait permettre de se (re)pencher sur les trésors de Deller, Bowman, Gardiner, Hogwood, Christie et quelques autres, notamment les fabuleuses séries menées par Robert King pour Hyperion ("Complete Odes and Welcome Songs" et "Complete Sacred Music", en deux coffrets à prix éco), ce serait déjà bien.
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Afficher les messages 1-5 sur 5 de cette discussion.
Message initial: 13 mars 14 18:02:11 GMT+01:00
Isuro dit:
"Irrésistible ou insupportable" ni l'un, ni l'autre, juste un coin de ciel bleu. Le monde est en couleurs, la vie est belle. La joie est un don du ciel... Hélas, il me semble que certains sont des mélancoliques, des cafardeux, obsédés par un purisme trop souvent au vinaigre.

En réponse à un message antérieur du 14 mars 14 08:10:23 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 14 mars 14 08:11:26 GMT+01:00
Merci pour votre remarque. Mais en matière de mélancolie, de cafard, d'obsession puriste, je crois que les musiciens anglais de la période elizabethaine jusqu'au baroque sont eux-mêmes des champions... Et c'est bien - parmi de multiples autres caractéristiques - ce qui les rend si précieux à nos oreilles contemporaines. Bonne journée à vous sous le ciel bleu d'une nouvelle "alerte pollution".

En réponse à un message antérieur du 21 mars 14 23:02:17 GMT+01:00
méditos dit:
Bonsoir
Merci beaucoup pour ce commentaire précis et très bien argumenté.
Je vous rejoins presque partout, "presque" parce que je me suis quand même bien ennuyé avec le Ô Solitude de Jarousski assez pauvre en émotion, et surtout Klaus Nomie reste encore pour moi le plus somptueux interprètes de l'air du froid.
Mais quant à la pollution, bien d'accord avec vous : alerte !

En réponse à un message antérieur du 23 mars 14 18:06:11 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 23 mars 14 18:11:08 GMT+01:00
Merci pour votre appréciation. L'aspect un peu superficiel de ce disque par ailleurs plutôt agréable n'est pas toujours le meilleur facteur d'émotion, en effet.
Pour des "O Solitude" plus sentis, essayez peut-être le grand écart, avec la soprano Susan Gritton (The complete secular solo songs, Hyperion), très sobre et du coup très efficace, et surtout la mezzo Anne-Sophie Von Otter (Lamenti, Deutsche Grammophon), géniale et quasiment en transe ! Le grand Andreas Scholl n'a pas donné le meilleur de lui-même dans son récital titré "O Solitude" (Decca), son chant est très raffiné mais sa voix est un peu ailleurs... Idée plus originale : la discrète adaptation de Britten, magistralement chantée par le ténor John Mark Ainsley (Purcell Realizations, Hyperion), émotion garantie, avec des couleurs inédites et sombres révélées par le piano. Mais cette chanson reste pour moi liée à la voix d'Alfred Deller, son célèbre enregistrement studio pour Harmonia Mundi bien sûr, mais surtout la prise live à l'église des Blancs-Manteaux à Paris le 5 avril 1979. À peine soutenu par un orgue lointain, Deller y déroule l'hymne sur un fil de soie ténu, aux limites de la perception et de la rupture ; chaque mot est ciselé, comme si l'oeuvre se créait dans ce souffle, par lui et pour lui, à l'instant même de son exécution. Ça n'est même pas "beau", c'est au-delà du sublime, à pleurer des Tamises si l'on n'est pas totalement de pierre. On en oublierait presque de respirer durant les 6 minutes de ce chef d'oeuvre. Il s'agit sans doute du dernier enregistrement d'Alfred Deller, et c'est heureusement publié par l'INA "Mémoire vive". Un trésor de l'humanité.
Concernant "l'air du froid" en revanche (qui ne figure pas sur le disque de L'Arpeggiata), je ne peux pas vraiment vous suivre. Je comprends qu'on apprécie la version étonnante (et forte, d'une certaine manière) de Klaus Nomi, surtout si c'est par elle qu'on a découvert ce morceau. Mais il s'agit d'un arrangement vraiment trop éloigné de l'original, dans la lettre et dans l'esprit, pour qu'on puisse le considérer comme une interprétation à comparer aux autres. C'est "autre chose", qui a ses mérites et sa cohérence (même si personnellement je n'arrive pas mais alors pas du tout à supporter sa voix, pardonnez-moi !), mais ce n'est plus vraiment le King Arthur écrit par Henry Purcell.
Bonne écoute, en tous cas.

En réponse à un message antérieur du 1 mai 14 23:04:08 GMT+02:00
méditos dit:
Bonsoir et merci beaucoup pour la référence du "O Solitude" des Blancs Manteaux que je ne connais pas encore !
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georges nuyssen
(TOP 1000 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   

Lieu : France

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