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3.0 étoiles sur 5 Trois actes en noir !, 6 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Parsifal (DVD)
Wagner "Parsifal" (1882), The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus, Daniele Gatti, 2013, 2 DVD Sony, 2014.

Cette production célébrant à la fois le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, et le 100e anniversaire de la fin des droits exclusifs de Bayreuth sur "Parsifal", cette production me laisse enthousiaste et perplexe.

Commençons par la perplexité, cela permettra de terminer par l'enthousiasme -qui domine et de loin.
La mise en scène de François Girard:
Dans l'esprit des metteurs en scène contemporains, il semble que le public soit incapable d'écouter un prélude ou une ouverture rideau baissé, il faut qu'on lui projette des images, qu'une pantomime quelconque (et quelconque, elle l'est souvent) vienne le distraire dans les deux sens du termes, ou de l'ennui potentiel que lui causerait une musique sans image, ou, plus certainement encore, de cette musique elle-même et de son pouvoir purement auditif. Supposer le public incapable d'écouter dans la pénombre quinze minutes d'une musique sublime, quel manifeste mépris pour lui !

A l'ouverture du rideau, devant ces personnages en bras de chemise, on a l'impression de surprendre une répétition générale. Et d'où vient cette manie récurrente d'obliger les chanteurs à se produire pieds nus ? En costume, mais pieds nus !
Tiens, et que font là toutes ces veuves Kennedy ? Elles reparaîtront régulièrement, sans qu'on comprenne leur rôle. Vision post-atomique? encore une ! J'ai vu la première de ce genre à Bruxelles il y a trente ans... Il serait temps de sortir de ces poncifs.
Et que de noirceur encore une fois! Trois actes en noir!
Car les effets d'éclairage ne remplacent pas la lumière ; je peux à la rigueur me passer de parterres fleuris dans l'Enchantement du Vendredi Saint, et le voir sur un sol craquelé couleur de terril, mais comment se passer de la lumière ? De celle, miroitante ou radieuse, qui émane de la partition, planant au dessus du sol en amples nappes, lueur aurorale, éclat du grand jour, joaillerie, vitrail...
François Girard ne l'entend-il pas ?
Mais même s'il ne semble pas avoir une idée bien arrêtée de "Parsifal", suivant les didascalies ou les contredisant au gré de son humeur, pour nous imposer des clichés d'un modernisme éculé, il a une belle trouvaille dans la première scène du Graal: c'est ce "baiser de bénédiction" que les chevaliers s'échangent de doigts à lèvres. C'est esthétique, émouvant, à condition d'oublier qu'ils parlent de tout autre chose, en l'occurrence de pain et de vin...
- Alors, avec ces quelques beaux effets d'éclairage, ces séduisantes projections de planètes et de nuages en mouvement, une mise en scène à regarder comme à mi-chemin entre une version de concert et une véritable mise en scène. Mais sans dédouaner totalement François Girard, peut-on mettre "Parsifal" en scène? L'a-t-on jamais pu ? et qui plus est de manière "parlante" pour un public du XXIe siècle ? Poser la question, c'est sans doute y répondre.

Mais en voilà assez, passons aux voix et à l'orchestre. A ce niveau d'excellence, ergoter sur quelques point de détails me semblerait du plus mauvais goût. L'Age d'or semble revenu !
Jonas Kaufmann, puéril et bravache au premier acte, bouleversant d'empathie au II, royal et christique au III, est un grand Parsifal, maîtrisant parfaitement les ombres de son timbre dans ce rôle qui doit irradier. Mais, et j'en demande pardon aux "Kaufmanniens", la plus grande émotion vocale, c'est Peter Mattei qui nous la donne dans le rôle d'Amfortas; si l'on n'avait pas peur de trouver le marié trop beau, on dirait qu'il chante trop bien pour un blessé, déchiré autant dans son âme que dans sa chair... Le rôle est, on le sait, une bénédiction pour un baryton, mais Mattei se rend inoubliable.
René Pape, assez distant, manquant de variété et de couleurs au premier acte, n'égale pas les grands Gurnemanz qui sonnent encore dans nos oreilles, mais il est plus convaincant au III, et Katarina Dalayman, un peu sur la réserve, -je voudrais un Kundry plus animale, et plus entière en chacune de ses facettes-, est vocalement sans faille. Quant à Evgeny Nikitin, il a le grand mérite de ne pas méphistophéliser Klingsor, et la voix est belle.

L'orchestre, sous la conduite de Daniele Gatti, est au-dessus de tout éloge, d'une pureté, d'une justesse rarement égalées, et d'une somptuosité de coloris vraiment enivrante. Gatti a choisi des tempis très lents, particulièrement au I et III, mais c'est peu gênant, la tension, majestueuse ou poétique, ne faiblissant jamais, et le chef ne sacrifiant aucun détail au profit de l'ampleur de la conception, ni rien de la grandeur au profit de la délicatesse. Du grand art !

Trois actes en noir, mais durant lesquels les voix et l'orchestre, eux, resplendissent.
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Message initial: 8 avr. 14 01:51:14 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 8 avr. 14 03:46:32 GMT+02:00
Carmen dit:
Cher Roger Dominique,
Si mon vote a été agréé par le cerbère local ainsi que cela semble être le cas bien que je n'aie pas pu être la première à saluer ton excellent commentaire, je m'en réjouis.
Mais si tel n'était pas le cas, mon salut serait tout autant sincère et chaleureux.
Ton commentaire que j'attendais "de pied ferme"... rejoint pour l'essentiel les critiques que j'ai lues sur cette représentation de Parsifal (mise en scène, chanteurs, orchestre et direction musicale) sous quelque plume que ce soit, ici et ailleurs, spécialement celle publiée dans la dernière livraison de la revue "Classica" dont l'auteur, comme toi, dit, tout en signalant la splendide incarnation de Jonas Kaufmann, que c'est "le formidable Amfortas de Peter Mattei qui lui vole le premier rang".
À propos du Parsifal de Jonas Kaufmann, ce journaliste spécialisé dit également :
"Le ténor n'est pas ici moins passionnant qu'en ses autres apparitions wagnériennes : son Parsifal est de timbre, de couleurs, l'un des plus beaux qu'on puisse rêver, et la figure physique est bien entendu merveille.
"Mais tout cela fait un peu vendu d'avance, l'acteur se contentant d'être lui-même tout au long des actes I et II.
"Heureusement, l'acte III, après une arrivée bouleversante, est tout simplement palpitant d'investissement (...)".
C'est le moment pour la "kaufmannienne" que je suis de déclarer la vertu "marginale" de ce prodigieux artiste : donner envie à qui, comme moi, et je ne suis certainement pas la seule, est éloigné de la musique de Richard Wagner, non par préjugé esthétique ou "philosophant" mais par sensibilité innée et construite, envie, donc, de le rencontrer au-delà d'une connaissance parcellaire, indigente mais dissuasive.
C'est à Jonas Kaufmann que je dois d'avoir rencontré et aimé Lohengrin, en dépit d'une mise en scène scandaleuse de mauvais goût et d'imbécillité.
C'est à Jonas Kaufmann que je devrai de rencontrer Parsifal (je l'attends), en dépit d'une mise en scène noire aux pieds nus...
S'il n'était cet artiste prodigieux "se contentant d'être lui-même" ("gémissez des progrès du luxe" !) dans l'incarnation de ce héros, je n'aurais certainement pas envie de faire le "grand saut" dans une telle oeuvre dont je sais seulement, pour en avoir écouté quelques extraits, que je n'y ai pas un accès immédiat ni aisé.
Ce don-là de Jonas Kaufmann n'est pas "vendu d'avance" : il est celui, rare sinon exceptionnel, d'un passeur de l'art à une vaste foule de néophytes démunis, et non à l'intérieur d'un cénacle de connaisseurs érudits qui "parlent Wagner dans le texte"...
Pour cela aussi, je suis plus que jamais "kaufmanienne"...
Amitiés.
Carmen

En réponse à un message antérieur du 8 avr. 14 13:49:32 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 23 avr. 14 09:08:59 GMT+02:00
Chère Carmen,
Il y a longtemps que je n'achète plus de revues musicales, préférant donner mon argent aux oeuvres et aux interprètes plutôt qu'aux critiques... mais tant mieux si je suis d'accord avec le chroniqueur de Classica.

Bonne découverte !
Amitiés.
RD

En réponse à un message antérieur du 8 avr. 14 23:01:58 GMT+02:00
[Supprimé par l'auteur le 10 avr. 14 00:06:29 GMT+02:00]

Publié le 12 avr. 14 10:36:47 GMT+02:00
Jaamuna dit:
Je salue cet excellent commentaire pour ce Parsifal qui ne m'a pas encore touchée et ne le fera sans doute jamais.
Je ne suis en effet que bien peu sensible à Wagner ... et ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé.

Publié le 29 avr. 14 16:43:55 GMT+02:00
vu. Une version noire, ténébreuse et sanguinolente est-elle défendable pour esthétique (dans le genre sinistre et oppressant) qu'elle soit?
J'ai souvent trouvé que le divorce entre ce que l'on entend et ce que l'on voit assez gênant: "Ténèbres du Vendredi saint", catastrophe cosmique, etc...
Amicalement vostre.
LYL.

En réponse à un message antérieur du 1 mai 14 07:05:18 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 28 août 14 17:18:44 GMT+02:00
Bonjour Laura,
Nous sommes d'accord. Cette opposition systématique entre le propos et l'image, sensée, théoriquement, élargir la vision du spectateur, la rétrécit; au lieu de développer sa réflexion, elle la contrecarre...
Bonne journée du premier mai !
Roger Dominique

En réponse à un message antérieur du 1 mai 14 09:27:02 GMT+02:00
Bonjour Roger Dominique,
Merci, bonne journée et joli mois de Mai pour vous aussi!
En ce qui concerne Parsifal, cette contradiction entre l'½uvre et sa traduction scénique n'a l'air de gêner personne. Je ne crois pas que cette noirceur, ce pessimisme soit le fonds de la pensée wagnérienne où le thème du rachat est omniprésent. D'ailleurs, comme vous le soulignez dans un de vos commentaires, Wagner avait un côté juvénile et joyeux, donc loin de la morosité de notre époque qui voit tout à travers ce filtre noir, dont on se plaint, mais que l'on entretient avec une sorte de plaisir masochiste, comme si l'espérance et la joie étaient des choses ringardes et peu dignes de l'intello qui se respecte.
LYL.

En réponse à un message antérieur du 1 mai 14 11:50:07 GMT+02:00
Tout à fait, chère Laura, le pessimisme est sinon à la mode, du moins de rigueur. On passe pour intelligent à si bon compte.
Seul l'optimisme serait-il béat ? Non, le pessimisme peut l'être aussi ... et ajoutons béant !
Toute l'oeuvre wagnérienne, si dramatique soit-elle, parle d'espérance (seul Lohengrin se termine par un échec total), de rédemption, de changement, de renaissance ! Et comme vous le rappelez Wagner était fondamentalement un bon vivant.
Merci de ces échanges toujours revigorants.
Bonne journée.
RD

En réponse à un message antérieur du 1 mai 14 12:20:44 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 1 mai 14 12:27:19 GMT+02:00
Merci à vous, cher Roger-Dominique,
Cet état d'esprit est désolant et le panurgisme ambiant tend à en faire un mode de pensée unique! Etre joyeux et optimiste, ce n'est pas tendance, c'est fait pour les niais.
Mais, comme disait Ionesco: "J'aime mieux penser petitement mais par moi-même".
Comme je ne suis pas une intellectuelle, j'adhère à cette idée, et j'essaie de penser par moi-même à mon niveau, sans repli sur moi-même toutefois.
Bonne journée.
Laura.

Publié le 28 août 14 15:54:45 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 3 déc. 14 14:00:51 GMT+01:00
Joseph dit:
Bonjour cher Monsieur Maes,
Mais hélas!, Je continue à me souvenir de cette mise en scène qui m'a fait trop de mal. Je n'ai pas pu prêter attention ni à l'orchestre ni aux voix, ni à l'argument sacré de mon oeuvre préférée: "Parsifal".
Vexé, mortifié, blessé au fond de mon âme, je me suis échappé à la fin du deuxième Acte, (j'aurais dû le faire avant), du cinéma où ce Parsifal était transmis sur le vif, via satellite. Aïe! Je n'oublie pas ces choses-là! Un cauchemar figé!
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Lieu : Bruxelles

Classement des meilleurs critiques: 21