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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le dernier OFNI de Luis Buñuel, 28 février 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Cet obscur objet du désir [Blu-ray] (Blu-ray)
LE BLU-RAY
«Cet obscur objet du désir» a bénéficié d’une très belle restauration HD pour cette sortie en Blu-ray. StudioCanal a effectué un superbe travail (ce qui n’a pas été toujours le cas pour d'autres films, notamment pour les scènes nocturnes et pour le son).
Le format 1.66:1 est respecté. La copie est exempte d’impuretés et autres salissures (sauf, comme c’est souvent le cas, pour le générique).
Les couleurs sont splendides et la définition de l’image est parfaite, excepté pour quelques mouvements de caméra très rapides où les différents plans manquent de netteté (mais rien de rédhibitoire).
Le son monophonique en VO (film tourné en français ou doublé pour les deux acteurs espagnols) est très correct, les voix bien claires (on perçoit de temps à autre un léger décalage de la synchronisation sonore avec l’image).
Versions anglaise et allemande disponibles.

Les suppléments (un peu plus d’une heure et demie) sont en 16/9e et aussi en HD (ce qui est plutôt rare) et apportent un nouvel éclairage au film.
Les 4 documentaires ont été parfaitement réalisés et montés par Dominique Maillet, critique de cinéma.
Le premier (12 mn) est un beau témoignage du scénariste Jean-Claude Carrière avec qui Buñuel a écrit 5 films entre 1963 et 1976): les anecdotes sont intéressantes (sur Hitchcock ou Jerry Lewis, sur la direction d’acteurs…); les propos sont aussi pertinents et instructifs sur l’univers formel du cinéaste.
Le deuxième (34 mn) est un hommage de Carlos Saura à son aîné (lequel a joué un rôle de bourreau dans «La Charge des brigands», 5e film de Saura).
Le troisième (36 mn) alterne deux interviews de Carole Bouquet et Angela Molina, les actrices qui jouent Conchita, l’obscur objet du désir.
Un portrait de Buñuel (15 mn) est dressé par deux des plus proches collaborateurs du film (l'assistant réalisateur et le directeur de la photographie).
Enfin, un livret avec une belle mise en page claire et lisible accompagne le disque: les textes sont concis mais très précis et complètent les bonus vidéo.

LE LIVRE ET LE TITRE DU FILM
Luis Buñuel tourne son 35e et dernier film en 1976. «Cet obscur objet du désir» est l’adaptation d’un roman de Pierre Louÿs, «La Femme et le pantin» (adapté au cinéma plusieurs fois auparavant, notamment par «Josef von Sternberg» en 1935 avec Marlène Dietrich, et par Julien Duvivier en 1959 avec Brigitte Bardot).
Le titre est ici différent et correspond à une citation du livre: «ce pâle objet du désir». Ce choix et le changement d’adjectif coïncident avec celui, très original au cinéma pour l’époque, de faire interpréter le personnage féminin par deux comédiennes très différentes.

LE FILM
Mathieu Faber (Fernando Ray), un grand bourgeois, prend le train Séville-Paris. Au moment du départ, il renverse un seau d’eau sur la tête d’une jeune femme. Les voyageurs de son compartiment sont choqués puis intrigués. Pour lever le voile sur ce geste, l’homme d’âge mûr décide de tout leur raconter: sa passion effrénée et irraisonnée pour cette femme, leurs relations ambiguës et fantasmées, les perversions sadiques et humiliantes qui émaillent leur liaison…
La suite et la fin ne peuvent être racontées… à découvrir donc.

UN GRAND FILM UN PEU TOMBÉ DANS L'OUBLI
Tout comme l’ensemble de l’œuvre de Buñuel semble passer de mode, son dernier «Objet Filmique Non Identifié» semble un peu oublié même si l’accueil critique en 1977 en France fut plutôt bon (voir les extraits sur le site de la Cinémathèque française, une mine d’or et de cellulose).

Assez loin de ses films surréalistes («Un chien andalou» en 1929, «L’Âge d’or» en 1930, et son avant-dernier «Le Fantôme de la liberté») ou anti-cléricaux («Viridiana», La Voie lactée…), le film s’articule quand même sur sa thématique préférée: une satire sociale et politique de la bourgeoisie et des valeurs qui lui sont propres (famille, argent, pouvoir, justice, etc.).
Mais le thème principal est celui du désir d’un homme âgé pour une jeune femme de 20 ans, désir inassouvi et sans fin, fait de frustrations et de désillusions. Luis Buñuel a-t-il voulu nous brosser un autoportrait ironique?
Ce qui est certain, c’est que les pulsions de mort et le sentiment de décrépitude se font de plus en plus présentes à partir de «Viridiana», vont crescendo dans les huit films suivants pour atteindre leur "apothéose funeste" dans «Cet obscur objet du désir» devenant ainsi œuvre testamentaire.
Mais «Cet obscur objet du désir» n’est pas triste. Le film est drôle, sarcastique, féroce et onirique. Drôle est la scène de présentation de chacun des voyageurs dans le compartiment du notable. Sarcastiques sont les propos de Martin, le valet de chambre de Mathieu Faber. Féroce est la scène représentant l’homme-pantin-voyeur en état de concupiscence et victime du sadisme de la belle («du seigneur»?). Onirique, enfin, est le dédoublement physique et psychique de la jeune amante, interprétée par deux comédiennes aux antipodes — (il faut également observer attentivement les objets surréalistes qui parsèment le film d'une impression d'irréalité).

La mise en scène théâtrale (ce n’est pas forcément gênant car le film ne s'inscrit pas dans le réalisme) peut dans un premier temps gêner le spectateur du XXIe siècle, «gavé» à la mise en esbroufe visuelle permanente. Mais passé quelques minutes, et emporté par les dialogues de Jean-Claude Carrière, le film nous tient en haleine jusqu’à la fin, non dévoilable, mais qui fera penser à d’autres films plus récents.

Manoel de Oliveira, le seul centenaire (!) du cinéma mondial encore en activité, (mais quasiment de la même génération que Buñuel) a réalisé en 2009 un film proche de «Cet obscur objet du désir»: l’histoire de «Singularités d’une jeune fille blonde» (passé en novembre 2012 sur Arte) est en effet très proche du canevas et des thématiques du réalisateur espagnol. Ce film portugais est aussi une tragi-comédie sur la possession, le désir et l’argent, avec un style mélancolique, onirique, presque surréaliste. Manoel de Oliveira avait d’ailleurs déjà rendu déjà hommage à Luis Buñuel dans «Belle toujours» (2006), objet semblable et identifiable à «Belle de jour» (1967): Michel Piccoli, qui double en français le bourgeois-pantin Fernando Ray, est Henri Husson, le personnage principal de ces deux films. >> (Piccoli ou le comédien à l'extraordinaire filmographie)

Luis Buñuel reste le grand oublié de nombreux classements internationaux cinématographiques.
Ainsi aucun de ses films n’apparaît dans le dernier palmarès du prestigieux British Film Institute et de son magazine Sight & Sound. Tous les dix ans, l’établissement britannique demande à des critiques, universitaires et distributeurs de choisir leurs 10 films préférés. En 2012, 864 d’entre-eux ont participé et 358 cinéastes ont contribué à un autre vote mais aucun d’eux n’a plébiscité Buñuel (pourtant «L’âge d’or» est un film expérimental qui a influencé de nombreux réalisateurs; pourtant «Los Olvidados» a marqué toute une génération de critiques et cinéphiles; pourtant «Le Charme discret de la bourgeoisie» est un choc visuel et émotionnel, l’égal satirique, mais version onirique, d’«Orange mécanique» sorti la même année en France…).
Peut-être qu’en cette période feutrée et consensuelle, son œuvre a une trop forte odeur de soufre et de stupre.

CLAP DE FIN… (mais impossible chez Buñuel car tout recommence)
«Belle de jour» ayant aussi été superbement restauré en Blu-ray, l’obscur objet du cinéphile frustré pousserait à désirer itou les courts et moyens-métrages de Buñuel (notamment l’étonnant «Simon du désert»).
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Afficher les messages 1-2 sur 2 de cette discussion.
Message initial: 6 mars 13 22:12:08 GMT+01:00
Présence dit:
Merci beaucoup pour ce commentaire très pédagogique

En réponse à un message antérieur du 7 mars 13 20:59:06 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 7 mars 13 20:59:37 GMT+01:00
Bonsoir Présence.
Merci de votre visite.
Si vous appréciez Luis Buñuel, je ne saurais trop vous recommander un coffret "pas cher" qui rassemble cinq films de sa période mexicaine.
Ce sont des ½uvres mineures dans la filmographie du cinéaste mais très intéressantes sur de nombreux points de vue (voir mon "assez" long commentaire parce que Buñuel le vaut bien). Les films ne sont pas vraiment restaurés mais plutôt regardables.
Un quasi chef-d'½uvre, du moins à réévaluer, sort du lot: «On a volé un tram».
Cordialement.
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