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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Épitaphe joyeuse, 22 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Après le livre: Qu'est-ce que l'écriture numérique change au destin du livre et aux enjeux de la littérature ? (Format Kindle)
Éditeur qui n'a jamais été effrayé par les innovations technologiques et qui au contraire même, les a explorées et adoptées avec gourmandise depuis plusieurs décennies, François Bon signe ici un livre qu'il faut d'ailleurs lire dans son format kindle (plutôt qu'au Seuil) pour en apprécier toute l'ironie et la saveur. "Après le livre" est une suite de chapitres courts issus des réflexions de l'auteur sur son blog ou ailleurs (il explique d'ailleurs que notre esprit nous porte de plus en plus vers des formats courts, "distrayants", ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose).

Bon est un optimiste, la mort du livre n'effraie pas l'éditeur avant-gardiste qu'il est car il sait bien qu'auteurs et lecteurs se sont toujours rencontrés quel que soit le format de "l'objet" en question. Que le rouleau a cédé la place au codex puis au livre et aujourd'hui aux liseuses et tablettes. Et que de tous temps, les changements faisaient peur. Le livre regorge ainsi d'anecdotes croustillantes, comme Flaubert pensant que la littérature ne survivrait pas au passage de la plume d'oie à la plume en fer (car la plume faisait le style selon lui !). Mais aussi de visionnaires comme Martial au début de notre ère) appelant à la création du "livre de poche" pour pouvoir transporter toute sa bibliothèque sur soi !

L'autre intérêt de ce livre est de nous rappeler que les vrais enjeux ne sont pas dans le contenant, ils sont dans le contenu. Flaubert avait tort de croire en la mort de la littérature, mais il avait raison de penser qu'on n'écrirait pas de la même façon si on n'avait plus à tremper sa plume d'oie dans l'encrier tous les trois ou quatre mots. Les conditions matérielles d'écriture (graver jadis, utiliser un logiciel de mise en page aujourd'hui etc.) ont créé des formes littéraires spécifiques. C'est ce débat qui devrait agiter les éditeurs aujourd'hui plus que celui de la disparition du livre imprimé. Plutôt que de se lamenter, les éditeurs ont la responsabilité de trouver les nouveaux auteurs, les jeunes artistes, qui vont réinventer la littérature "après le livre".

Salutaire et passionnant.
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Message initial: 23 oct. 11 00:27:21 GMT+02:00
Un excellent commentaire au sujet d'un livre (ou texte imprimé, en tout cas) d'une énorme pertinence pour les lecteurs, aussi bien que pour les auteurs, d'aujourd'hui et de demain. Pour ceux d'entre nous qui ont du mal à concevoir une vie sans notre bibliothèque personnelle qui contient des centaines ou des milliers de livres imprimés, il est tantôt effrayant, tantôt salutaire d'imaginer un avenir ou le tout sera réduit à une liseuse qu'on pourra facilement mettre dans un sac ou dans un poche. Il nous faut quelqu'un comme François Bon pour nous prendre par la main et nous guider doucement vers ce "brave new world" de la technologie numérique, en nous chuchotant des mots d'encouragement à chaque pas.

Mais je me demande si dans ce nouveau monde il y aura encore de la place pour les maisons d'édition, voire les éditeurs comme Mr. Bon lui-même. Déjà ici en Amérique on a vu des auteurs qui ont trouvé le moyen d'éviter le "middle man" qui est la maison d'édition, pour vendre leurs textes directement aux lecteurs munis des Kindles. (J'ignore comment le processus se déroule, mais au moins pour certains auteurs qui peuvent compter sur une grande loyauté de la part de leurs lecteurs, tels Stephen King et Anne Rice, c'est désormais une possibilité à explorer.)

Pourra-t-on voir donc, dans quelques années, la disparition de la maison d'édition traditionnelle, avec tout son personnel, en même temps que celle du livre imprimé? En tant qu'éditeur, Mr. Bon ferait peut-être bien de changer de métier comme il semble avoir déjà commencé à faire en écrivant son livre annonciateur de la nouvelle époque littéraire.

En réponse à un message antérieur du 23 oct. 11 01:09:12 GMT+02:00
Merci pour ce commentaire. J'aime bien l'idée exprimée ici de se laisser "guider doucement vers ce "brave new world" de la technologie numérique, en nous chuchotant des mots d'encouragement à chaque pas" car c'est en effet ce que fait le livre de F. Bon.

À mon avis, il y aura de la place pour des "médiateurs" (que ce soit encore les éditeurs est un autre débat) entre auteurs et lecteurs. Pour un Stephen King ou une J. K. Rowling qui peuvent atteindre seuls leurs fans, combien d'autres bénéficieront de l'aide de celui qui les conseille, les accompagne et offre une garantie de sérieux au lecteur potentiel. Il leur faudra en revanche s'intéresser aux nouveaux auteurs qui ne seront pas seulement ceux qui écrivent mais qui illustrent leurs écrits de vidéos, de jeux, de musique ou encore d'autres formes narratives. En effet, les jeunes qui grandiront dans un monde 2.0 n'auront pas, dans leur grande majorité, envie d'écrire comme on écrivait jadis. Ayant nagé dès leur plus jeune âge dans le transmédia, ils écriront dans le transmédia...

Et, comme au cinéma où Chaplin faisait des films muets bien après l'invention du parlant, comme Chomet qui fait du dessin animé 2D à l'ère de la 3D, il restera toujours quelques écrivains-artisans à l'ancienne. Mais ce sera le le choix d'une minorité.
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