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5.0 étoiles sur 5 Delenda est Carthago !, 26 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Salammbô (Poche)
Salammbô/Gustave Flaubert/ Delenda est Carthago
Avant d’aborder ce monument littéraire qu’est Salammbô, publié en 1862 après cinq années de labeur et la lecture par Flaubert de centaines d’ouvrages antiques, un petit rappel historique est nécessaire.
C’est vers le Xé siècle avant J.C. que l’expansionnisme phénicien atteint les rivages de ce qui est aujourd’hui la Tunisie. Venus de Tyr leur capitale (aujourd’hui au Liban), les Phéniciens (appelés aussi Puniques) vont coloniser la Tunisie, la Libye, le sud de l’Espagne, la Corse, la Sardaigne, la Sicile et les Baléares.
La fondation de Carthage remonte au VIII é siècle avant J.C.
Cette colonisation forcenée incommode Rome qui pour rester maîtres du détroit de Messine entament la Première Guerre Punique qui durera 23 ans (264-241) et se soldera par la défaite des Carthaginois et de leur chef Hamilcar Barca lors de la bataille navale des iles Egates. La Sicile est perdue et contre l’avis d’Hamilcar le parti de la paix signe avec les Romains.
Pour tenir la durée de cette guerre, les Puniques avaient engagés de nombreux mercenaires issus de toutes leurs colonies. A l’issue de la guerre, Carthage est ruinée et la solde n’a pas été payée : c’est la révolte des Mercenaires contre Hamilcar et ses généraux, qui va durer trois ans (241-238) qui est relatée dans ce roman.
Cette révolte est menée par Spendius le gaulois et Mathô le libyen.
Finalement la solde sera payée au cours d’un festin mémorable mais insuffisamment selon les chefs mercenaires. Pris de boissons et d’une fureur destructive, ceux-ci se livrent au saccage du palais et le massacre des esclaves d’Hamilcar. La guerre civile est inévitable. Hamilcar habile stratège parviendra à amadouer Naravas un chef numide mercenaire ce qui entrainera la défection de nombreux autres mercenaires.
Giscon général en chef d’Hamilcar sera tué mais finalement le pouvoir punique restera maitre de la situation et Spendius sera crucifié et Mathô toruré à mort par Hamilcar qui écrasera la révolte sans quartier.
Quant à Salammbô…Attendons la dernière phrase du roman.
C’est influencé par Michelet et inspiré par le récit qu’en fit l’historien grec Polybe (208-126 Av JC), témoin de la révolte, que Flaubert nous conte dans un style magnifique et réaliste l’histoire de Salammbô fille d’Hamilcar, espérée par Mathô et dévolue à Naravas, récit dont la guerre civile elle-même occupe la plus large place.
Extraits :
Spendius, l’esclave mercenaire, en méditation nostalgique dans sa tente ;
« …et le Gaulois, les lèvres collées contre les trous de sa tente, râlait d’épuisement et de mélancolie. Il songeait à la senteur des pâturages par les matins d’automne, à des flocons de neige, aux beuglements des aurochs perdus dans le brouillard, et fermant ses paupières. Il croyait apercevoir les feux des longues cabanes, couvertes de paille, trembler sur les marais, au fond des bois. »
Le faste inouï qui régnait à Carthage, un monde sanguinaire et dévoué à une religion atroce chargée de pratiques effrayantes, est décrit avec force détails et couleurs et l’apparition de Salammbô est toujours un moment merveilleux :
« Salammbô défit ses pendants d’oreilles, son collier, ses bracelets, sa longue simarre blanche ; elle dénoua le bandeau de ses cheveux, et pendant quelques minutes elle les secoua sur ses épaules, doucement, pour se rafraîchir en les éparpillant. »
Mathô amoureux de Salammbô :
« Il la contemplait, et les vêtements pour lui, se confondaient avec le corps. La moire des étoffes était, comme la splendeur de sa peau, quelque chose de spécial et n’appartenant qu’à elle. Ses yeux, ses diamants étincelaient ; le poli de ses ongles continuait la finesse des pierres qui chargeaient ses doigts ; les deux agrafes de sa tunique, soulevant un peu ses seins, les rapprochaient l’un de l’autre, et il se perdait par la pensée dans leur étroit intervalle, où descendait un fil tenant une plaque d’émeraudes, que l’on observait plus bas sous la gaze violette….En la prenant par les deux poignets, il l’attira doucement, et il s’assit alors sur une cuirasse, près du lit de palmier que couvrait une peau de lion. Elle était debout. Il la regardait de bas en haut, en la tenant ainsi entre ses jambes et il répétait : comme tu es belle ! Comme tu es belle ! »
Peu après :
« … Mathô lui saisit les talons, la chaînette d’or éclata, et les deux bouts, en s’envolant, frappèrent la toile comme deux vipères rebondissantes. Le zaïmph tomba ; l’enveloppant ; elle aperçut la figure de Mathô se courbant sur sa poitrine… Et les baisers du soldat , plus dévorateurs que les flammes, la parcouraient ; elle était comme enlevée dans un ouragan, prise dans la force du soleil… »
Rappelons que le bris de la chainette chevillière en or signifie alors la perte de la virginité.
Mais l’histoire n’attend pas et pour obtenir la bienveillance du dieu Moloch, les Carthaginois procèdent au sacrifice de leurs enfants qui sont jetés vivants dans un brasier.
La victoire contre les Mercenaires sera à ce prix et par la suite la cruauté d’Hamilcar sera inouïe aussi bien à l’égard des ambassades que des prisonniers.
Pour être complet, mais cela n’est pas le sujet du roman, rappelons qu’il y eut une seconde Guerre Punique de 218 à 201 avant J.C., avec pour point culminant la campagne d’Italie avec les éléphants d’Hannibal Barca qui traversa les Pyrénées et les Alpes avec ses pachydermes. Puis la défaite des Carthaginois lors de la bataille de Zama en 202.
La troisième Guerre Punique (149-146) déclenchée par une offensive massive des Romains aboutit à la destruction complète de Carthage après un siège de trois ans.
L’analyse de cette œuvre de Gustave Flaubert dénote tout d’abord l’immense travail de recherche historique et archéologique auquel s’est livré l’auteur. Il a d’ailleurs effectué un long séjour en Tunisie sur le site de Carthage afin de se pénétrer des lieux. Il ressuscite avec minutie et souci du détail pour nous un épisode peu connu de l’histoire de Carthage. Les spécialistes y trouvent aujourd’hui encore une mine d’informations notamment au sujet des techniques de combat et de siège de l’époque.
Ensuite il y a l’aspect poétique de l’œuvre : l’imagination de Flaubert passionné d’Antiquité dès son plus jeune âge, et son style magique, ce style qui est « la chair même de la pensée », parviennent à suggérer l’atmosphère riche de magnificence, de luxe et de faste, mais aussi de misère, l’ascétisme mystique et les superstitions cruelles, l’héroïsme et la lâcheté.
Seule la psychologie des personnages est en demi-teinte : ce sont des êtres simples guidés par des traditions et des pulsions simples. Les rivalités d’ambition et les luttes d’influence sont omniprésentes pour justifier les comportements.
Finalement, Salammbô est peu présente, mais ses apparitions sont à chaque fois un moment de rêve.
C’est un grand roman d’aventure, une épopée riche de sensualité et de violence, teinté d’un pittoresque barbare indéniable. Rien à voir avec Madame Bovary ! Qui pourrait dire que c’est le même auteur qui a écrit les deux ?
Le lecteur non averti pourra certainement éprouver quelque lassitude dans les longueurs inhérentes au récit des combats, à ce tourbillon de sang , de soleil, de feu, d’ors, de rubis, d’étoffes éclatantes et d’incendies.
Certains ont critiqué la pompe et le clinquant, les monstruosités, la sauvagerie, le cannibalisme et les tortures décrites avec force détails.
Mais la qualité d’évocation de cette immense et fabuleuse civilisation quasi millénaire disparue depuis deux mille ans sans laisser de traces prévaut. C’est une œuvre hors du commun, un objet littéraire mal identifié !
En 1862, lors de sa publication, le roman suscita la critique des Goncourt et de Sainte Beuve, mais les louanges de Victor Hugo, Baudelaire, George Sand et Théophile Gautier.
J’ai mis un mois à lire ce stupéfiant et inoubliable roman, trente ans après ma première lecture.
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Gerard Müller
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