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Politiquement pas très correct !, 26 avril 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Passage à l'ennemie (Poche)
L''inspecteur Arjona, loyal et dévoué serviteur de la Police et candidement soumis aux concepts de son Ministre (« partisan actif de la tenue en laisse des adolescents par leur maître »), a pour mission d''infiltrer un groupe de jeunes délinquants. Accoutré d''un travestissement qu''il juge plutôt grotesque, il va donc s''introduire dans le groupe afin d''évaluer l''impact de la toxicomanie sur la population du quartier. Par excès de professionnalisme et afin de mieux leurrer ses jeunes « amis », il est contraint de s''adonner, en leur compagnie, aux fumettes répétées qui rythment allègrement leurs regroupements et finissent par embrumer son esprit. L'histoire originale se construit autour de l'ensemble des rapports que l'inspecteur Arjona rédige à l'intention de ses supérieurs pour leur faire part de ses diverses investigations. Le style adopte ainsi un caractère administratif tout en ironie. C'est drôle, très drôle car l''interprétation se nourrit de bien des sous-entendus au gré des observations relatées d''abord naïvement en bon zélateur puis de manière de plus en plus éclairée. Au fil de ces nombreux rapports, le lecteur perçoit la mutation qui s''opère chez l'inspecteur au point « qu''il ne compose plus un personnage, qu''il ne simule plus des façons empruntées, qu''il ne se prête plus à un sordide simulacre, mais qu'il est devenu ce simulacre. » Au point « qu''il ne contrefait plus Adrien Arjona, mais qu'il est Adrien Arjona, danseur de hip-hop, rappeur à ses heures, fumeur de hash, chômeur irrésigné dans un désert qui se proclame monde et dont il refuse d'être le complice' » Quant aux sarcasmes, à peine camouflés, sur certaines méthodes policières mises en place par le Ministre en question (nous sommes là en 2003 et inutile de préciser qui était ministre de l''Intérieur), ils pointent certaines exactions du service de l'ordre alors commanditées par des concepts et des analyses de société bien singuliers. L''ensemble n''est autre qu''une observation malicieuse des sociétés tant policière que des cités assorties de leurs clichés et préjugés bien souvent négatifs. Bien sûr, ces deux mondes sont en affrontement continuel et chaque partie campe, voire s'enracine sur ses positions alors que l'un est pour l'autre autant le plus proche complice que le pire ennemi. Aussi, dans cette histoire, l''ennemi prend surtout un « e » sous les traits de la jeune et énigmatique Dulcinée. Par sa simple présence, en renversant le cœur du dévoué inspecteur, elle va involontairement accélérer sa métamorphose (« car il s''agit d''une métamorphose et non d'une banale conversion ») et dévoiler la conscience de l''individu qui s''ignorait, jusque-là soumis aveuglément à sa mission et à ses supérieurs. Derrière cette subtile ironie, se dissimule une satire sociale caustique, un pamphlet sur une société qui condamne avant même de savoir. C''est un livre subtil et perspicace et j''ai vraiment été conquise tant par le fond que par la forme.
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Passage à l'ennemie 2020679086
Lydie Salvayre
Seuil
Passage à l'ennemie
Bienvenue
Politiquement pas très correct !
L''inspecteur Arjona, loyal et dévoué serviteur de la Police et candidement soumis aux concepts de son Ministre (« partisan actif de la tenue en laisse des adolescents par leur maître »), a pour mission d''infiltrer un groupe de jeunes délinquants. Accoutré d''un travestissement qu''il juge plutôt grotesque, il va donc s''introduire dans le groupe afin d''évaluer l''impact de la toxicomanie sur la population du quartier. Par excès de professionnalisme et afin de mieux leurrer ses jeunes « amis », il est contraint de s''adonner, en leur compagnie, aux fumettes répétées qui rythment allègrement leurs regroupements et finissent par embrumer son esprit.
L'histoire originale se construit autour de l'ensemble des rapports que l'inspecteur Arjona rédige à l'intention de ses supérieurs pour leur faire part de ses diverses investigations. Le style adopte ainsi un caractère administratif tout en ironie. C'est drôle, très drôle car l''interprétation se nourrit de bien des sous-entendus au gré des observations relatées d''abord naïvement en bon zélateur puis de manière de plus en plus éclairée. Au fil de ces nombreux rapports, le lecteur perçoit la mutation qui s''opère chez l'inspecteur au point « qu''il ne compose plus un personnage, qu''il ne simule plus des façons empruntées, qu''il ne se prête plus à un sordide simulacre, mais qu'il est devenu ce simulacre. » Au point « qu''il ne contrefait plus Adrien Arjona, mais qu'il est Adrien Arjona, danseur de hip-hop, rappeur à ses heures, fumeur de hash, chômeur irrésigné dans un désert qui se proclame monde et dont il refuse d'être le complice' »
Quant aux sarcasmes, à peine camouflés, sur certaines méthodes policières mises en place par le Ministre en question (nous sommes là en 2003 et inutile de préciser qui était ministre de l''Intérieur), ils pointent certaines exactions du service de l'ordre alors commanditées par des concepts et des analyses de société bien singuliers. L''ensemble n''est autre qu''une observation malicieuse des sociétés tant policière que des cités assorties de leurs clichés et préjugés bien souvent négatifs. Bien sûr, ces deux mondes sont en affrontement continuel et chaque partie campe, voire s'enracine sur ses positions alors que l'un est pour l'autre autant le plus proche complice que le pire ennemi.
Aussi, dans cette histoire, l''ennemi prend surtout un « e » sous les traits de la jeune et énigmatique Dulcinée. Par sa simple présence, en renversant le c½ur du dévoué inspecteur, elle va involontairement accélérer sa métamorphose (« car il s''agit d''une métamorphose et non d'une banale conversion ») et dévoiler la conscience de l''individu qui s''ignorait, jusque-là soumis aveuglément à sa mission et à ses supérieurs.
Derrière cette subtile ironie, se dissimule une satire sociale caustique, un pamphlet sur une société qui condamne avant même de savoir.
C''est un livre subtil et perspicace et j''ai vraiment été conquise tant par le fond que par la forme.
Véro
26 avril 2007
- Général:
5

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