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5.0 étoiles sur 5 Mravinsky, le cosaque de l'âme russe, 9 mars 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tchaikovsky : Symphonies n° 4, n° 5 et n °6 "Pathétique" (CD)
Le légendaire enregistrement d'Evgeny Mravinski n'a jamais quitté le catalogue (vinyle et CD) depuis 1961

La 4ème symphonie s'ouvre sur une fanfare ébouriffante, une charge de cosaques. Comme pour la 5ème de Beethoven, "le destin frappe à la porte". Fidèle à son image d'autoritariste, Mravinsky nous l'assène dans une perspective inexorable. Pour Mravisnky l'homme russe sait faire face à un destin qui ne peut jamais être un long fleuve tranquille. Comme dans les ouvertures dramatiques, Roméo et Juliette ou Francesca da Rimini, les thèmes s'entrechoquent dans des méandres aventureux. La clarté de la mise en place symphonique est d'une exemplarité qui explique le succès jamais démenti de cette trilogie discographique. Le discours est viril et contrasté, les instrumentistes se relaient comme autant de solistes de concertos. Mravinski exalte la quintessence de l'âme russe, l'extériorisation excessive des sentiments que l'on retrouve sur les visages des films d'Eisenstein. Jamais une seconde d'ennui ou le moindre sentiment de répétition ne vient ternir ce long mouvement d'une précision orchestrale idéale.

Toujours dans cette 4ème symphonie, dans l'andantino, l'étrange et féérique dialogue des bois et flûtes, tellement articulé sous la baguette du chef, nous rappelle à quel point Tchaïkovski est un orchestrateur de génie. Tendre, nostalgique, mélancolie des steppes et de la forêt, à chacun de construire ses images, la palette du maître propose toutes les couleurs possibles.

Mravinsky fait preuve d'une verve amusée voire survoltée tant dans le Scherzo en pizicatti que dans la fête débridée du final. Impossible de cravacher un orchestre avec plus d'énergie pour chasser toute angoisse, mais attention, le thème initial scandé par une fanfare toujours aussi offensive s'interpose... sans grand succès.

Dans la 5ème symphonie, on retrouve bien entendu ces tensions dramatiques, les affres exacerbés qui hantaient l'âme du compositeur russe. Les premières mesures, sombres, avec leur thème accablé à la clarinette renvoient à l'évidence au fatum (destin), esprit qui structure les trois symphonies. Ce mouvement ne retrouve pas la douleur habituellement rencontrée sous la baguette de Mravinsky. Une fois de plus le chef énergique s'introduit dans la musique, dresse un auto-portait de son énergie, de son souci de perfection en sculptant avec détermination le phrasé. C'est passionnant à chaque mesure, car passionnée et sans aucune dérive vers un misérabilisme désuet.

Dans l'andante cantabile, Mravinsky impose un léger vibrato au cor solo qui avec la reprise de la clarinette et du hautbois attenue le climat lugubre de la mélodie au bénéfice d'une complainte plus aérienne. Le tempo assez rapide évite une fois de plus tout épanchement dans ce mouvement qui semble parfois trop développé. Le flot musical insouciant et méditatif nous entraîne dans la lignée de ses chants russes, orthodoxes ou non, et de leur touchante ferveur. Dans la valse, la fluidité des cordes apporte enfin la lumière espérée. Dans le final Andante ' Allegro ' Presto, Mravisnky joue la carte de la furie, de la danse, s'oppose au destin. Martial, souverain, le chef a vaincu. Magnifique et fort, sans la moindre lourdeur, point faible de maintes interprétations de ce mouvement.

Dans l'ultime 6ème symphonie dite "Pathétique", je ne vais pas me répéter. Il faudrait une chronique pour elle seule, et d'ailleurs pourquoi ? Dans ce chant du cygne, on retrouve dans la douloureuse exposition la présence d'un destin aussi terrible qu'omniprésent. Et justement, Mravinsky évite le pathétisme suggéré par le sous-titre. Sa direction reste carrée, puissante, sans la langueur que certain attribue trop promptement aux musiques slaves. La valse qui sert de second mouvement n'a jamais si bien mérité son tempo Allegro con grazia. Dans le célèbre adagio final, Mravinsky-Tchaikovsky livrent enfin leurs sombres pensées. Loin des effusions grandiloquentes, le chef russe maintient une douloureuse sobriété qui nous étreint. Certes, la violence dans le refus de l'inexorable est bien là, mais dans une pudique intériorité.

C'est cela l'univers de Mravinski, tout sauf un Tchaïkovski larmoyant, mais un trait incisif, un rubato musclé, une intensité déraisonnable des climats et des sentiments. Aucun chef occidental n'a su, à ma connaissance, déchaîner un torrent symphonique aussi décoiffant dans cette musique. Ce qui n'empêche pas de belles interprétations romantiques ou romanesques d'exister avec des orchestres également superlatifs (Ormandy, Mutti, Karajan...).
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Message initial: 27 nov. 12 02:49:41 GMT+01:00
[Supprimé par l'auteur le 27 nov. 12 02:57:37 GMT+01:00]

Publié le 27 nov. 12 02:57:04 GMT+01:00
Brodzki dit:
Il faut découvrir le tsunami que déchaîne HvK dans sa version filmée des symphonies 4,5 et 6 enregistrée à Berlin en1973 et parue chez Unitel/Deutsche Grammophon en un DVD.
Version récompensée, comme elle le mérite, par un "Choc du Monde de la Musique" et un "Diapason d'or". Version qui a également donné lieu à ce commentaire éclairé, paru dans le NYork Times:
" D'autres ont rendu plus de mélancolie... mais jamais plus de puissance et de beauté intense et contrôlée que Karajan dans ces films Unitel"...
Tchaikovsky - Symphonies Four, Five And Six - Herbert Karajan/Berliner Philharmoniker

En réponse à un message antérieur du 27 nov. 12 10:58:06 GMT+01:00
Merci Brodzki pour cette suggestion. Karajan a toujours été en osmose avec Tchaïkovski. Ce DVD doit être passionnant voire envoutant. Je viens de trouver un extrait sur Youtube qui confirme cette supposition. (Mvt 4 de la cinquième...) même sur les conditions approximatives d'un PC, quelle fougue !

Je possède l'intégrale : Symphonies - Ballets - Concertos et je dois dire que le maestro allemand est bien le seul qui a su me faire écouter avec intérêt la 3ème symphonie qui m'a toujours semblé la plus faible de la série (subjectivité ?) En plus, on trouve dans ce coffret le concerto pour violon avec Christian Ferras !

Coïncidence : je viens de publier ce matin dans le blog DEBLOCNOT (coir mon profil) un long article sur Karajan et son enregistrement du Requiem Allemand de 1964. Connaissant votre passion pour ce chef, vous ne serez sans doute pas totalement d'accord avec mes propos (très documentés). Vous y serez le bienvenu et pouvez laisser un commentaire en fin d'article...
Cordialement.

En réponse à un message antérieur du 30 déc. 13 18:41:46 GMT+01:00
Gaëtan dit:
Heu, tout petit bémol en passant, les "diapasons d'or" sont distribués par copinage des rédacteurs avec éditeurs de disques, promoteurs événementiels, annonceurs, etc. le tout avec ce manque de sérieux qui rassure sur la stabilité de l'univers : la constance des hommes est préservée. Ouf.

Ce qui n'empêche pas d'excellents disques d'en être récompensés, parmi les autres. C'est comme les voitures d'occasion vendues par un arnaqueur, vous n'êtes pas à l'abri de tomber sur la bonne.

Ceci dit sans rien enlever à la qualité de votre commentaire : je vais m'intéresser à cette version Karajan.

Voilà voilà
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