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4.0 étoiles sur 5 Petit plaisir du soir..., 2 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Dark (CD)
Carpe Diem.

Un principe de vie décliné à l'infini et sous diverses formes depuis l'Antiquité, mais que je ne découvris et fis mien qu'en janvier 1990, secoué comme tous les adolescents de ma génération par le suicide de Neil Perry dans "Le cercle des poètes disparus", brillant film de Peter Weir, véritable hymne à la Liberté, qu'il est si bon de revoir à l'heure où la Pensée Unique menace et où l'abrutissement de masse se propage de façon indécente chez des jeunes déculturés et privés de tout réflexe d'auto-questionnement.

Cueillir au jour le jour les roses de la vie est un acte inné chez les enfants. Rappelez-vous ces petits moments si insignifiants mais finalement marquants, comme l'ouverture des pots de colle Cléopâtre parfumés à l'amande dans lequel nous ne pouvions nous empêcher de plonger le nez pour nous faire des fix innocents, ou bien encore cette précieuse pièce de deux francs que l'on tenait serrée au fond de sa poche à la sortie de la piscine, sachant avec une conviction inébranlable qu'elle allait dans les minutes suivantes se transformer via le distributeur en un paquet de fraises Kysmache, récompense ultime après l'éprouvante séance d'une demi-heure de sauts bruyants et désordonnés dans le petit bassin.

L'adulte, plongé dans les tourments de ses responsabilités pesantes, peine parfois à remplacer ces fragiles instants de bonheur quotidien, qui pourtant ne manquent pas mais auxquels nous n'accordons peut-être plus l'importance qu'ils méritent... Prend-t-on toujours le temps de savourer ces alternatives aux crocodiles et bananes Haribo que peuvent représenter le sourire fugace de sa femme prête à partir au travail, maquillée et sexy ? L'affirmation, confiante et ferme, d'un fils de sept ans : "Papa, c'est Motörhead !" alors que se font entendre les premiers accords de "(We Are) The Road Crew" ? Cette cigarette irremplaçable partagée entre collègues ayant échappé au syndrome de la rentrée-dans-le-rang-des-trentenaires-désormais-responsables caractérisé entre autres par un anti-tabagisme agressif ? Cette chaleur apaisante dégagée par le second verre de vodka-pamplemousse ? Et bien évidemment l'écoute égoïste et personnelle d'un disque fraichement acquis, ou ressorti de sa collection après une hésitation interminable devant son mur de CDs ?

"The Dark" de Metal Church fait justement partie de ces albums "petit plaisir du soir" qu'on se retrouve inconsciemment à sortir de l'étagère bien plus souvent qu'à son tour, et ce malgré un artwork aussi cheap qu'affligeant digne d'une affiche cinéma de série B et une photo du groupe désolante, présentant notamment un Kurdt Vanderhoof version "j'ai 11 ans et une coupe au bol", un Duke Erickson au regard vitreux affublé de bandanas pour le moins tendancieux, et un David Wayne évoquant Val Kilmer qui aurait troqué sa poignante incarnation de Jim Morrison pour un costume de Michel Polnareff. Une faute esthétique impardonnable pour tous les fans du premier album à la plastique irréprochable sur lequel un simple coup d'œil suffit encore à nous plonger dans son ambiance sombre et malsaine. Force est d'avouer que concernant "The Dark", les deux malheureux points rouges censés représenter les yeux de la Bête qui nous attend dans la cabane de jardin de Kurdt prêtent à sourire, et qu'on imagine plus ce monstre sous les traits de Gizmo que de Samara (The Ring). Et ne parlons même pas du pitoyable paillasson, photoshopé "Welcome" avec les moyens de l'époque, qui rajoute une couche de kitsch au tableau qui n'en avait pourtant pas besoin !

Mais soyons indulgents, et revenons en 1980. Nous somme à San Francisco, et quatre individus à l'allure louche, encombrés de vinyles, de housses de guitare et de packs de bières, se dirigent d'un pas décidé vers un immeuble décrépi. Parmi eux, un certain Lars Ulrich. La bande de potes vient quotidiennement squatter l'appart' d'un dénommé Kurdt Vanderhoof, guitariste de son état, pour y répéter et écouter à un volume inconvenant les sorties Heavy Metal récentes importées d'Europe. Chemin faisant, l'alcool aidant, les blagues fusent. "Encore quelques yards et nous pourrons nous prosterner sur l'autel du Heavy Metal" lance l'un des jeunes hardos en ponctuant sa phrase d'un rot bien sonore. "Ouais mec, chez Kurdt, c'est l'Église du Metal" lui répond son collègue en allumant une clope...Les semaines passent et le petit studio conserve le surnom de "Metal Church". Vanderhoof, qui n'a toujours pas de patronyme pour le groupe qu'il est venu fonder en Californie décide de lui attribuer ce nom qui, finalement, sonne bien. Metal Church vient de voir le jour.

Cependant, en 1981, Lars part tenter sa chance à Los Angeles, et Kurdt, dont le projet tourne en rond, décide de rentrer chez lui, dans son Nord natal, à deux heures de Seattle, plus précisément à Aberdeen, petite ville connue pour être le lieu de naissance d'un autre Kurt. Il y fonde rapidement un nouveau combo du nom de Shrapnel avec d'anciens potes du lycée : Craig Wells à la seconde guitare, Duke Erickson à la basse, Kirk Arrington derrière les fûts et, Mike Murphy, rapidement remplacé par David Wayne, au micro. Il faudra attendre 1983 pour que Shrapnel redevienne Metal Church, qui donnera son premier concert sous ce nom le 4 mai 1984 au D&R Theater d'Aberdeen.

Après des années de galère, le groupe acquiert en quelques mois une stature internationale et réussit à vendre 70 000 copies de son légendaire debut-album pressé sur le label indépendant Ground Zero. La légende veut que les amis Hetfield et Ulrich aient négocié en 1985 le contrat liant Metal Church à leur maison de disques Elektra pour la réédition de ce premier full-length. Le groupe part en tournée durant toute l'année 1985, ouvrant pour Metallica en pleine conquête du monde. L'avenir sourit enfin à Kurdt.

"The Dark" sort le 2 décembre 1986 dans deux contextes différents. Le premier, dramatique, est celui du décès de Cliff Burton (27 septembre 1986) à qui l'album est bien évidemment dédié. Le second est celui de l'explosion médiatique de la musique extrême. "The Dark" succède en effet chronologiquement à "Master of Puppets" sorti en mars, "Peace Sells..." sorti en juillet, et "Reign in Blood" sorti en octobre. Tous ces disques seront des succès commerciaux, et ce second Metal Church marchera également fort, se classant 92ème dans le Billboard et bénéficiant d'une diffusion régulière du clip "Watch the Children Pray" sur MTV.

Le style du groupe a cependant évolué. L'ambiance "Evil" du précédent album qui rappelait souvent Mercyful Fate a disparu, laissant place à un Thrash teinté de Heavy Metal, moins crade, mais toujours aussi enthousiasmant. Bien que Terry Date soit toujours crédité en tant qu'ingé son, la production a cette fois été confiée à Mark Dodson (futur Anthrax, Suicidal Tendencies, Infectious Grooves), et se caractérise par un son plus lisse, plus propre et particulièrement puissant. Sans surprise, c'est la batterie de Kirk qui est mise à l'honneur et l'auditeur en fait les frais dès le premier titre qui porte bien son nom. Punaise, quel morceau ! C'est bien une tonne de briques qu'on se prend sur la tête à l'écoute de ce missile au refrain imparable "Hear the time bombs begin to click / I'll hit you like a ton of bricks". Et on n'a pas le temps de s'en remettre que "Start the Fire", up-tempo ravageur déboule dans nos oreilles. Ah, si l'album entier avait été à la hauteur de ces deux merveilles !

Mais si le disque regorge de très bons morceaux comme le furieux "Over my Dead Body" traitant de l'accoutumance à la drogue dure, le surprenant "Method to your Madness" souvenirs de guerre de David, ancien médecin militaire, ou bien le magistral "Line of Death", d'autres titres, sans être vraiment mauvais, restent relativement anecdotiques, à l'instar de "The Dark" dans lequel la voix de Wayne poussée à son paroxysme devient presque pénible, ou de "Psycho" dont on ne retient rien malgré des centaines d'écoutes, la ligne de chant ne contrebalançant pas assez le riffing pourtant terrible. On pourra également citer la ballade "Watch the Children Pray", qui, tout en restant sympathique, surfe peut-être un peu trop sur l'enthousiasme suscité à l'époque par "Fade to Black"...

"The Dark" est donc un bon album parmi tant d'autres, de fort bonne facture sans pour autant être un chef d'œuvre, qui a le pouvoir de transformer votre journée harassante en une bonne soirée, tranquillement calé dans votre fauteuil à deux mètres en face de vos puissantes enceintes. Si en plus, il vous arrache un sourire grâce à sa cover hilarante, que demander de plus ?

Sachons profiter de ces petits plaisirs avant de mourir, peut-être demain. Et c'est en pensant au regretté David Wayne (01/01/1958- 10/05/2005), victime d'un accident de la route, que je relis ces lignes de Walt Whitman, découvertes dans "Le Cercle des Poètes Disparus" :

O Captain! My Captain!

O Captain! My Captain! Our fearful trip is done;
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring
But O heart! Heart! Heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.
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