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Je suis un empêcheur de tourner en rond, 13 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nanni Moretti, 4 films : Le Caïman + Palombella rossa + La messe est finie + Bianca (DVD)
NB Enfin, ce coffret qui pour la première fois incluait Palombella Rossa, longtemps inédit en dvd en France, et qui était réservé à une autre enseigne culturelle est disponible plus largement. Comme il reprend Bianca et La Messe est finie, qui se trouvaient dans ce coffret Cahiers du cinéma ( La messe est finie & Bianca), je reproduis ci-dessous mon commentaire en le modifiant en fonction des apports de ce coffret. -------------------------------- Même si quelques personnalités intéressantes ont émergé dans le cinéma italien ces dernières années (ex. Paolo Sorrentino ou Matteo Garrone), il fait peu de doutes que les personnalités singulières ayant une certaine stature ne sont pas légion et qu'elles se limitent malheureusement à Marco Bellocchio (voir mon commentaire sur Vincere) et Nanni Moretti. Quel crève-coeur que ce cinéma naguère si créatif n'ait plus qu'une poignée de vrais créateurs audacieux à aligner! Comme Woody Allen, Nanni Moretti a ses inconditionnels et ses détracteurs. C'est sans doute que, comme Allen, il s'est créé un personnage proche de lui par certains côtés, l'a peaufiné en l'interprétant, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus ni dissocier ses films de lui, ni le dissocier d'eux. Pourtant, tout comme Allen même si cela lui a pris plus de temps, il a un goût certain pour la mise en fiction et s'est amusé avec son personnage, jusqu'à lui dire d'une certaine façon adieu dans le film qui a logiquement signé sa consécration (Palme d'Or à Cannes), le très sensible La Chambre du fils. Disons tout de suite que ce commentaire ne vise aucunement à convaincre qui que ce soit, et certainement pas les personnes qui ne seraient pas persuadées du talent de Moretti, ou tout simplement celles qui le trouvent difficilement supportable. En revanche, j'aimerais attirer l'attention de ceux qui n'auraient découvert Moretti qu'avec La Chambre du fils, Le Caïman ou Habemus Papam, ou bien avec les films avec lesquels il s'est fait connaître plus largement en France, Journal intime et Aprile, de la valeur de ce coffret. Comme la description fournie sur la page du coffret Cahiers du cinéma est déjà complète, je me bornerai à dire qu'il s'agit là des premiers films où Moretti reconnaît avoir prêté plus d'attention à la trame et aux émotions. Ses trois premiers films, qui pour le coup intéresseront essentiellement les mordus, sont en ce sens des brouillons, où il construit son personnage et petit à petit s'amuse avec lui. De réalisateur dans Sogni d'oro, son 3ème film, il devient instituteur dans Bianca (1984) et prêtre dans La Messe est finie (1985), ces changements de métier pour chaque nouveau personnage ne s'accompagnant pas d'un changement de nom. Le choix du nom, Michele Apicella, est d'ailleurs un signe du fait qu'il le construit avec lui-même (Apicella est le nom de la mère de Moretti) tout en étant un autre (le prénom différent). Les traits caractéristiques de ce personnage à facettes jusqu'à Palombella Rossa (1989) est qu'il a tendance à être malaimable, voire irascible, qu'il a un côté redresseur de torts, qu'il veut le bien des autres contre leur gré et quoi qu'il arrive. D'où le côté irritant de cet éternel insatisfait qui n'a de cesse que tout le monde soit modelé à son image et que la société des hommes prenne un autre chemin. Un empêcheur de tourner en rond, tête à claques et attendrissant, tour à tour ou tout en même temps. Si ces films sont des comédies - il y a même dans Bianca des gags potaches du meilleur effet - ils ne sont évidemment pas dépourvus d'un certain vague à l'âme, et ont un aspect de satire sociale évident, toutefois tempéré par l'autodérision dont Moretti fait preuve en construisant son personnage. Ce cocktail d'humour, d'ironie, d'autodérision et de mélancolie qui est devenu sa marque est précisément ce que je trouve irrésistible dans ses films, en particulier dans ces deux films qui ont constitué un saut qualitatif important dans son oeuvre. Bianca est à mon sens le premier film vraiment réussi de Moretti, encore très en prise sur son inspiration première, mais qui le montrait en progrès en termes de réalisation - il en fera d'autres dans chacun de ses films suivants, à commencer par La Messe est finie. Bianca bénéficie en outre de la présence chaleureuse de Laura Morante, qu'il ne retrouvera - pour son meilleur rôle sans doute - que dans La Chambre du fils. Palombella Rossa marque un autre saut, et le film n'est pas très aisé à appréhender. Son histoire d'homme politique, communiste, et joueur de water-polo qui erre autour d'un bassin et que l'on renvoie sans cesse à ce qu'il a pu dire à la télé, que l'on sollicite pour devenir coach ou gourou, ne peut se décrypter que si on le replace dans le contexte d'une Italie fortement marquée par le Parti communiste, au début de sa déroute idéologique à la fin des années 80. Cela étant, le film saura amuser et toucher même ceux à qui échapperont certains dialogues et détails. Le lien à l'enfance, toujours très fort, permet un ancrage émotionnel à ce film qui est sans doute par ailleurs un des plus spéculatifs de Moretti. La réflexion sur les notions de responsabilité et de mémoire sont bien dans la droite ligne de ses films précédents, et c'est une des raisons pour lesquelles on sera d'autant moins désarçonné qu'on aura découvert Bianca et La Messe est finie au préalable. Le Caïman, bien plus tardif (2006) et bénéficiant des évolutions diverses des films de Moretti, ressemble à ces trois autres films au sens lui aussi bat un peu la campagne et privilégie les ruptures de récit et de ton assez brusques. Si sa portée politique n'est pas douteuse, il est évident que ce n'est pas - ou en tout cas pas seulement - un film 'sur' Berlusconi. Film à la structure complexe portant sur un créateur en crise, comme beaucoup d'autres de ses films, reflet désenchanté d'une société et d'une culture en capilotade, il brasse beaucoup et ne réussit sans doute pas tout ce qu'il entreprend. Mais c'est une oeuvre riche et pleine de contradictions, beaucoup plus que celles que l'on reconnaît à son auteur, qu'on présente toujours comme étant très - trop - sûr de son fait. NOTES SUR LE COFFRET BAC FILMS Ce coffret vaut d'autant plus l'achat qu'il est globalement de bonne qualité. Les copies des films plus anciens sont très correctes, sans doute aussi bonnes qu'elles peuvent l'être avec le matériau d'origine. Seule la numérisation du Caïman laisse à désirer : un comble étant donné que c'est le film le plus récent! Palombella Rossa a droit à une copie correcte mais manquant tout de même de définition. Tous les films sont présentés en VOSTF et en VF. Les suppléments du Caïman, 'Une histoire italienne' et 'Le journal intime du Caïman' (60'), sont inclus ici et servent de complément indispensable pour se rafraîchir la mémoire et accompagner le film : enfin un making-of vivant et mieux qu'anecdotique, normal, c'est Moretti qui l'a torché lui-même! Comme bonus avec Palombella Rossa, on trouve un beau court métrage de Moretti, 'La dernière cliente'. Pour Bianca et La Messe est finie, il n'y a hélas pas les entretiens qui se trouvaient dans le coffret des Cahiers du cinéma, mais des interventions de Noël Simsolo, qui contiennent de bonnes choses sur Moretti en général et sur les films en question. Ajoutons en outre aux passionnés ou à ceux qui commenceraient à se passionner pour Moretti qu'il existe deux ouvrages conséquents sur lui en français, tous deux agrémentés de nombreux entretiens et tous deux de qualité: Nanni Moretti de Jean Gili et Nanni Moretti d'Eugenio Renzi.
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Nanni Moretti, 4 films : Le Caïman + Palombella rossa + La messe est finie + Bianca B0079QO6PI
Silvio Orlando
BAC Films
Nanni Moretti, 4 films : Le Caïman + Palombella rossa + La messe est finie + Bianca
Bienvenue
Je suis un empêcheur de tourner en rond
NB Enfin, ce coffret qui pour la première fois incluait Palombella Rossa, longtemps inédit en dvd en France, et qui était réservé à une autre enseigne culturelle est disponible plus largement. Comme il reprend Bianca et La Messe est finie, qui se trouvaient dans ce coffret Cahiers du cinéma (La messe est finie & Bianca), je reproduis ci-dessous mon commentaire en le modifiant en fonction des apports de ce coffret.
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Même si quelques personnalités intéressantes ont émergé dans le cinéma italien ces dernières années (ex. Paolo Sorrentino ou Matteo Garrone), il fait peu de doutes que les personnalités singulières ayant une certaine stature ne sont pas légion et qu'elles se limitent malheureusement à Marco Bellocchio (voir mon commentaire sur Vincere) et Nanni Moretti. Quel crève-coeur que ce cinéma naguère si créatif n'ait plus qu'une poignée de vrais créateurs audacieux à aligner!
Comme Woody Allen, Nanni Moretti a ses inconditionnels et ses détracteurs. C'est sans doute que, comme Allen, il s'est créé un personnage proche de lui par certains côtés, l'a peaufiné en l'interprétant, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus ni dissocier ses films de lui, ni le dissocier d'eux. Pourtant, tout comme Allen même si cela lui a pris plus de temps, il a un goût certain pour la mise en fiction et s'est amusé avec son personnage, jusqu'à lui dire d'une certaine façon adieu dans le film qui a logiquement signé sa consécration (Palme d'Or à Cannes), le très sensible La Chambre du fils.
Disons tout de suite que ce commentaire ne vise aucunement à convaincre qui que ce soit, et certainement pas les personnes qui ne seraient pas persuadées du talent de Moretti, ou tout simplement celles qui le trouvent difficilement supportable. En revanche, j'aimerais attirer l'attention de ceux qui n'auraient découvert Moretti qu'avec La Chambre du fils, Le Caïman ou Habemus Papam, ou bien avec les films avec lesquels il s'est fait connaître plus largement en France, Journal intime et Aprile, de la valeur de ce coffret.
Comme la description fournie sur la page du coffret Cahiers du cinéma est déjà complète, je me bornerai à dire qu'il s'agit là des premiers films où Moretti reconnaît avoir prêté plus d'attention à la trame et aux émotions. Ses trois premiers films, qui pour le coup intéresseront essentiellement les mordus, sont en ce sens des brouillons, où il construit son personnage et petit à petit s'amuse avec lui. De réalisateur dans Sogni d'oro, son 3ème film, il devient instituteur dans Bianca (1984) et prêtre dans La Messe est finie (1985), ces changements de métier pour chaque nouveau personnage ne s'accompagnant pas d'un changement de nom. Le choix du nom, Michele Apicella, est d'ailleurs un signe du fait qu'il le construit avec lui-même (Apicella est le nom de la mère de Moretti) tout en étant un autre (le prénom différent). Les traits caractéristiques de ce personnage à facettes jusqu'à Palombella Rossa (1989) est qu'il a tendance à être malaimable, voire irascible, qu'il a un côté redresseur de torts, qu'il veut le bien des autres contre leur gré et quoi qu'il arrive. D'où le côté irritant de cet éternel insatisfait qui n'a de cesse que tout le monde soit modelé à son image et que la société des hommes prenne un autre chemin. Un empêcheur de tourner en rond, tête à claques et attendrissant, tour à tour ou tout en même temps.
Si ces films sont des comédies - il y a même dans Bianca des gags potaches du meilleur effet - ils ne sont évidemment pas dépourvus d'un certain vague à l'âme, et ont un aspect de satire sociale évident, toutefois tempéré par l'autodérision dont Moretti fait preuve en construisant son personnage. Ce cocktail d'humour, d'ironie, d'autodérision et de mélancolie qui est devenu sa marque est précisément ce que je trouve irrésistible dans ses films, en particulier dans ces deux films qui ont constitué un saut qualitatif important dans son oeuvre. Bianca est à mon sens le premier film vraiment réussi de Moretti, encore très en prise sur son inspiration première, mais qui le montrait en progrès en termes de réalisation - il en fera d'autres dans chacun de ses films suivants, à commencer par La Messe est finie. Bianca bénéficie en outre de la présence chaleureuse de Laura Morante, qu'il ne retrouvera - pour son meilleur rôle sans doute - que dans La Chambre du fils.
Palombella Rossa marque un autre saut, et le film n'est pas très aisé à appréhender. Son histoire d'homme politique, communiste, et joueur de water-polo qui erre autour d'un bassin et que l'on renvoie sans cesse à ce qu'il a pu dire à la télé, que l'on sollicite pour devenir coach ou gourou, ne peut se décrypter que si on le replace dans le contexte d'une Italie fortement marquée par le Parti communiste, au début de sa déroute idéologique à la fin des années 80. Cela étant, le film saura amuser et toucher même ceux à qui échapperont certains dialogues et détails. Le lien à l'enfance, toujours très fort, permet un ancrage émotionnel à ce film qui est sans doute par ailleurs un des plus spéculatifs de Moretti. La réflexion sur les notions de responsabilité et de mémoire sont bien dans la droite ligne de ses films précédents, et c'est une des raisons pour lesquelles on sera d'autant moins désarçonné qu'on aura découvert Bianca et La Messe est finie au préalable.
Le Caïman, bien plus tardif (2006) et bénéficiant des évolutions diverses des films de Moretti, ressemble à ces trois autres films au sens lui aussi bat un peu la campagne et privilégie les ruptures de récit et de ton assez brusques. Si sa portée politique n'est pas douteuse, il est évident que ce n'est pas - ou en tout cas pas seulement - un film 'sur' Berlusconi. Film à la structure complexe portant sur un créateur en crise, comme beaucoup d'autres de ses films, reflet désenchanté d'une société et d'une culture en capilotade, il brasse beaucoup et ne réussit sans doute pas tout ce qu'il entreprend. Mais c'est une oeuvre riche et pleine de contradictions, beaucoup plus que celles que l'on reconnaît à son auteur, qu'on présente toujours comme étant très - trop - sûr de son fait.
NOTES SUR LE COFFRET BAC FILMS
Ce coffret vaut d'autant plus l'achat qu'il est globalement de bonne qualité. Les copies des films plus anciens sont très correctes, sans doute aussi bonnes qu'elles peuvent l'être avec le matériau d'origine. Seule la numérisation du Caïman laisse à désirer : un comble étant donné que c'est le film le plus récent! Palombella Rossa a droit à une copie correcte mais manquant tout de même de définition. Tous les films sont présentés en VOSTF et en VF.
Les suppléments du Caïman, 'Une histoire italienne' et 'Le journal intime du Caïman' (60'), sont inclus ici et servent de complément indispensable pour se rafraîchir la mémoire et accompagner le film : enfin un making-of vivant et mieux qu'anecdotique, normal, c'est Moretti qui l'a torché lui-même! Comme bonus avec Palombella Rossa, on trouve un beau court métrage de Moretti, 'La dernière cliente'. Pour Bianca et La Messe est finie, il n'y a hélas pas les entretiens qui se trouvaient dans le coffret des Cahiers du cinéma, mais des interventions de Noël Simsolo, qui contiennent de bonnes choses sur Moretti en général et sur les films en question.
Ajoutons en outre aux passionnés ou à ceux qui commenceraient à se passionner pour Moretti qu'il existe deux ouvrages conséquents sur lui en français, tous deux agrémentés de nombreux entretiens et tous deux de qualité: Nanni Moretti de Jean Gili et Nanni Moretti d'Eugenio Renzi.
LD
13 mai 2012
- Général:
5

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Détails de l'évaluation
Lieu : Paris, France
Classement des meilleurs critiques: 4
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