Commentaire client

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le disque à Lanois ..., 20 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oh Mercy (CD)
N’en déplaise aux fans (il en faut, mais leur avis ne vaut rien, ils ne sont pas lucides), depuis sa doublette ô combien magique du milieu des sixties (« Highway 61 revisited » / « Blonde on blonde »), Dylan n’avait sorti en cette fin des 80’s que deux disques dignes de sa réputation (« Blood on the tracks » en 1975, « Infidels » en 1983) … sur au moins une vingtaine de parutions tant en live qu’en studio. Ce qui fait pas une bonne moyenne.
En gros, Dylan était à la rue artistiquement. Il s’en foutait peut-être, il s’en foutait sûrement, mais il était out. Pire, à part des folkeux attardés dans un autre espace-temps, genre Billy Bragg, plus personne débarquant dans le trouble marigot du music-business ne le citait. Ses deux dernières parutions, « Down in the groove » en studio et le live « Dylan & The Dead » avaient été deux flops tant critique que commercial retentissants. Dylan, pas plus sourd ni plus con qu’un autre, le savait. Et comme souvent quand il se sent largué, il va tenter un coup de poker. Va se livrer pieds et poings liés (enfin, pas aussi facilement, les premières prises de contact et séances d’enregistrement ont soi-disant été houleuses) à un jeune producteur canadien, Daniel Lanois, alors sur un nuage. Lanois vient de produire des disques qui ont démesurément cartonné pour Peter Gabriel (« So ») et U2 (« Joshua tree »), bosse sur le « Yellow moon » des Neville Brothers (c’est pendant les séances de ce disque que Dylan viendra l’observer et en profitera pour recruter quelques musiciens). Lanois, c’est le type à total contre-courant de la tendance des 80’s. Non pas qu’il n’utilise pas toutes les technologies high-tech, mais il s’en sert juste pour sonner « rustique ». Les disques produits par Lanois donnent la priorité au feeling et aux instruments en bois.
« Oh mercy » va être salué comme le disque de la (énième) renaissance de Dylan. Lanois y est certes pour beaucoup (il joue aussi, surtout de la guitare sous toutes ses formes, sur pratiquement tous les titres). Mais il faut aussi reconnaître à Dylan le mérite d’avoir sorti on ne sait trop d’où ni comment un paquet de compositions qui tiennent la route.
« Oh mercy » est un disque qui fait semblant de se chercher, d’hésiter entre deux directions. Les quatre premiers titres présentent en alternance des ballades folk d’inspiration très 60’s (« When teardrops fall », « Ring them bells ») et des choses beaucoup plus chaloupées, remuantes, swinguantes, le groove New Orleans revisité par Dylan (l’inaugural « Political world », « Everything is broken »). Le lien entre les deux tendances est assuré par la mise en place sonore de Lanois, ça sonne cool, tranquille, apaisé, la jam à la belle étoile à côté d’un feu de camp, asseyez-vous en cercle, Papy Dylan va vous en raconter une bonne … Le côté « funky » (même si Dylan et funky sont antinomiques, Dylan est tout sauf funky) ne réapparaîtra qu’à l’avant-dernier titre (« What was it you wanted », avant un final (« Shooting star ») plutôt rock (mais le rock revisité par Lanois, c’en est pas vraiment) très dans le son et l’esprit de « Infidels ».
Le cœur de « Oh mercy », c’est la ballade folk tranquille, Dylan retrouve d’ailleurs souvent son harmonica. C’est du Dylan, on peut pas se tromper, mais il y a un aspect détendu peu fréquent chez lui. C’est aussi (le boulot de Lanois est colossal) une façon de chanter, de faire reposer les titres sur sa voix, à laquelle on n’était pas habitué. Dylan, qui n’a jamais eu une voix agréable, et qui se complaisait dans les tonalités (per)sifflantes, arrogantes, commence à avoir cette sonorité très rauque assez pénible qui ne le quittera désormais plus. Là, sur ce « Oh mercy », il n’hésite pas à la mettre en avant. De toutes façons, il a pas vraiment le choix, l’instrumentation est souvent limitée à sa portion la plus congrue, et ça se joue à rien : « What good I am » pour moi ne « passe » pas, la voix de Dylan ne s’appuie sur pratiquement rien, elle agit comme un repoussoir. Il suffit de pas grand-chose (des arrangements d’orgue, un petit solo de guitare bluesy à l’arrière plan) pour qu’un titre très voisin (« Disease of conceit ») apparaisse beaucoup plus réussi.
Et puis, il y a deux titres somptueux, « Man in the long black coat » (la ballade a minima hors d’âge, ça a l’air tout con, beaucoup s’essayent à ce genre d’exercice, peu le réussissent), et « Most of the time » (mélodie calée sur une superbe ligne de basse et des nappes de synthé, c’est évident et original en même temps). Le genre de titres en état de grâce que l’on croyait ne plus entendre de Dylan.
On le sentait à nouveau concerné, capable de refaire de bons disques, les fans y ont cru dur comme fer. Ce sera pour lui l’occasion de partir dans une fuite sans fin en avant (en avant, hum … pas toujours, malheureusement) pour le bien nommé « Neverending Tour », Dylan n’envisageant plus l’avenir que façon baladin (son job c’est être sur une scène quasiment tous les soirs et chanter, jusqu’à ce que mort s’ensuive, et ça fait vingt-cinq ans que ça dure). Par contre dans sa discographie, ce très bon « Oh mercy » restera sans suite digne de ce nom dans les 90’s, avant un virage folk-blues qui n’en finit plus de diviser les dylanmaniacs entamé par « Time out of mind » (moi j’aime bien voire plus, mais comme je suis pas fan de Dylan, mon avis compte pas non plus …).
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles 
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui Non

[Ajouter un commentaire]
Publier un commentaire
Pour insérer un lien produit, utilisez le format : [[ASIN:ASIN titre-produit]] (De quoi s'agit-il?)
Amazon affichera ce nom avec vos soumissions, y compris les chroniques de clients et les posts de discussion. (Plus d'informations)
Nom :
Badge :
Ce badge vous sera affecté et apparaîtra avec votre nom.
There was an error. Please try again.
Consultez lintégralité des directives ">ici.

Remarque Officielle

En tant que représentant de ce produit, vous pouvez publier un commentaire officiel sur cette évaluation. Il apparaîtra immédiatement au-dessous de l'évaluation, quelle que soit l'emplacement où celle-ci est affichée.   Plus d'informations
Le nom et le badge suivants seront affichés avec ce commentaire :
Après avoir cliqué sur le bouton Publier, vous serez invité à créer votre nom public qui sera affiché avec toutes vos contributions.

Ceci est-il votre produit ?

Si vous êtes l'auteur, l'artiste, le fabricant ou un représentant officiel de ce produit, vous pouvez publier un commentaire officiel sur cette évaluation. Il apparaîtra immédiatement au-dessous de l'évaluation, quel que soit l'emplacement où celle-ci est affichée.  Plus d'informations
Sinon, vous pouvez toujours publier un commentaire normal sur cette évaluation.

Ceci est-il votre produit ?

Si vous êtes l'auteur, l'artiste, le fabricant ou un représentant officiel de ce produit, vous pouvez publier un commentaire officiel sur cette évaluation. Il apparaîtra immédiatement au-dessous de l'évaluation, quel que soit l'emplacement où celle-ci est affichée.   Plus d'informations
 
Délai système expiré

Nous n'avons pas pu vérifier si vous représentez le produit. Veuillez réessayer ultérieurement, ou réessayez maintenant. Sinon, vous pouvez publier un commentaire normal.

Puisque vous avez déjà publié un commentaire officiel, ce commentaire apparaîtra dans la section du commentaire ci-dessous. Vous pouvez également modifier votre commentaire officiel.   Plus d'informations
Le nombre maximal de commentaires officiels a été atteint. Le commentaire apparaîtra dans la section du commentaire ci-dessous.   Plus d'informations
Aller s'identifier
 

Remarques


Trier par: Le plus ancien en premier | Le plus récent en premier
Afficher les messages 1-1 sur 1 de cette discussion.
Message initial: 24 oct. 13 13:41:29 GMT+02:00
Connais pas celui-là, mais j'aime bien Blood on the tracks, surtout pour Tangled up in blue. Everything is broken a été repris par....impossible de me souvenir, je croyais que c'était kenny Wayne Shepherd.
‹ Précédent 1 Suivant ›

Détails de l'évaluation

Article

Commentateur

Lester Gangbangs
(TESTEURS)    (TOP 500 COMMENTATEURS)   

Classement des meilleurs critiques: 347