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5.0 étoiles sur 5 CHRONIQUE DE PHILIPPE MANOEUVRE MAGAZINE ROCK&FOLK, 24 janvier 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Presence (CD)
CHRONIQUE DE PHILIPPE MANOEUVRE MAGAZINE ROCK&FOLK MAI 1976 N°112 Page 112
7° Album 1976 33T Réf : Swang Song SS 8416 us - WEA 59402
Le premier morceau, "Achille' Last Stand", il est épique. Led Zeppelin est de retour depuis quelques secondes, et on dirait que la guerre de Troie va avoir lieu. Dès l'introduction de la guitare, en fait. Si mes souvenirs sont exacts, c'est là un clin d'oeil de Jimmy Page aux entrelacs du Mahavishnu Mc Laughlin précédent "Meeting Of The Spirit". Mais trente seconde plus tard, vous avez compris pourquoi vous achetez toujours les disques de Led Zep alors que vous aviez oublié jusqu'à l'existence de Mahavishnu : le premier est un groupe de rock'n'roll, de blues, il vit. Ecoutez : qui d'autre pourrait se permettre cette escalade où les riffs se chevauchent, ponctués par la voix de Robert Plant, redevenu l'espace d'un grand départ le barde celte ? Personne non plus ne peut se hisser autant de voiles que Jimmy Page sur un bateau aussi étroit... Tout là-bas au fond, John Bonham, souffle court, rythme une infernale cadence. Et, remarquable second abord, John Paul Jones ! sa basse évoque l'irrésistible furie adolescente, l'humeur imprévisible des conquérants invincibles. Et puis il y a les trois guitares : la première riffle sourdement (à droite), une seconde de pointille à gauche, et la dernière n'est pas la moindre, qui surgit de nulle part (de l'éther) et dialogue avec un Plant vite échevelé, gémissant sensuellement dans des registres jamais encore osés auparavant.
Une courte flèche de vibrato, des roulements crescendo : dès ce moment, on comprendra que tout le putain de disque ne va être qu'un killer mis en scène par et autour des guitares de Jimmy Page. Se rend-on bien compte qu'à lui tout seul il fait aussi mal que les deux types de "Rock'n'Roll Animal" ? Les trois autres s'éloignent, refermant le morceau (dont l'esprit rappelle vaguement un "Immigrant Song" porté à la puissance dix) sur lui-même. Et Bonham sort un truc inédit sur ses cymbales. John Paul Jones agonise comme un sanglier traqué dans sa bauge.
"For You Life" est pris sur un tempo plus lent. Jimmy, le bottleneck aux doigts légers, racle mes cordes de sa Les Paul, et se retrouve face à un Plant qui vante ses produits : "Don't you want coke...coke... Hey... Cocaine !?"
Jimmy décline froidement l'offre, et la pression monte, jusqu'à la libération d'un chapelet de notes envoyées très vite. La batterie vous serre les tempes, et la guitare vomit, gémit, se tord sur le carrelage. Plant est maléfique comme un pusher gris de poussière, les riffs douloureux s'enfoncent comme des épingles dans ses paupières. Un solo, qui fait alterner graves et aigus avec une maestria de virtuose, s'ensuit. A ma connaissance, cette chanson est la plus négative qu'ait jamais mis en scène le Zeppelin. Heureusement, la face se termine plus joyeusement, sur un exercice de voltige dont les règles définitives furent posées avec "Houses Of The Holy" (cf. "The Crunge"). Page oppose un minuscule riff bâtard et soul à souhait. Le "Royal Orleans" est signé par tout le groupe et représente l'apothéose du reggae lourd comme j'avais toujours espéré en entendre. A noter les deux fausses sorties : inutile de vous relever.
La face deux commence par un blues spatial quasi-trowerien. Jimmy paresse lentement avant de lâcher la vapeur. Et Plant chauffe sa voix sur le tapis de métal chromatique. Mais les foules veulent du sang et de l'acier. Et Jimmy, qui connaît si bien les besoins des foules, donne le signal d'un break magistral. Et aussitôt, John Paul Jones fait gargouiller la basse de l'année. Les autres en restent tout chose, particulièrement Plant qui s'explique :
- "C'est ma faute"
(note : oui, c'est de sa faute si le groupe ne tourne plus, ne peut se libérer son énergie sur scène. Et c'est ce qui nous vaut la démesure agressive de ce disque, énergie comme on n'en avait pas entendu depuis les débuts du groupe, depuis l'époque où ils se ramassaient des bouteilles dans les amplis). Et puis il y a un solo d'harmonica amené à toute vitesse, et Bonham fait un sort à sa timbale ; Page prend un solo surprise, frappe dans épargner sa sueur, ni ses doigts, étire le thème, et vooshhhh.... plus rien. "Nobodys Fault But Mine" s'achève comme dans un rêve. C'est un rêve.
"Candy Store Rock" est taillé sur mesure pour les fans de Gene Vincent. Et l'énorme Zeppelin a su retrouver tout ce qui entoure les deux premiers albums Capitol : rythmique urgente, voix vibrant froidement, la magie de la guitare de Galloping Jimmy qui, mieux que quiconque, retrouve les accords cristallins et roués de Cliff Gallup (*).
"It's allright", conclut Plant. Pour sûr !
"Hots On For Nowhere" a lui aussi une structure fracturée au premier abord (n'oublions pas que Plant béquillait et boitait et a fait les séances dans un fauteuil, plusieurs fois la sensation du mal à l'aise et d'amputation surgira ainsi de nulle part). Le refrain est pourtant joyeux. La guitare fait la plonge, ils tiennent là un hit en puissance. Le solo est régulier et pris en rubis sur l'ongle, une espèce en voie de distinction ("Get it while you can", comme disait Janis).
Oh, non ! le dernier ! Une intro rapide, et puis la basse qui pose une trame archétypique et rugueuse, noire et sanglante. Le blues, baby. Et tout de suite une lame surgit à droite. Mais de l'autre côté un ampli de guitare crachote et gémit, sursaturé déjà, et incapable de monter plus fort. Alors la lame s'abaisse et descend, jusqu'à ce que l'autre puisse la prendre, comme aux temps bénis des All Stars, quand Clapton et Page jammaient leur "Tribute To Elmore". Et tous ceux qui se sont désespérés pendant des nuits de la trop courte taille de "When The Levee Breaks" (sur l'album "+ % & §") vont enfin trouver l'accomplissement. Précisons enfin que cet album a été enregistré en moins de temps qu'il n'en faudrait à Rick Manchinchose pour brancher la moitié de ses synthétiseurs, laissons Robert nous affirmer que "C'était notre coup de poing sur la table , notre quitte ou double" et allons plus loin. D'ores et déjà "Presence" s'impose comme un chef-d'oeuvre, ne serait-ce qu'au niveau des parties de guitares. Alors, si j'ajoute qu'il y a deux blues et plusieurs mélodies. Je vous prierai de bien vouloir insérer dans vos cerveaux rongés par l'incertitude que, Led Zeppelin s'impose à nouveau comme le champion incontestable du rock (heavy, métal, blues, hard, boogie) des années soixante-dix, la brûlante flamme d'Albion.
.
(*) guitariste de Gene Vincent
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Message initial: 23 avr. 14 21:34:48 GMT+02:00
superbe chronique, pas etonnant on connait le sieur!!

Publié le 23 avr. 14 21:36:40 GMT+02:00
[Supprimé par l'auteur le 23 avr. 14 21:36:52 GMT+02:00]
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