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7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Biographie d'un suicide, 17 mai 2010
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu follet ; suivi d'Adieu à Gonzague (Poche)
Un très court et très célèbre roman de Drieu la Rochelle, qui relate les derniers jours d'Alain Leroy, toxicomane lucide qui se verra confirmer, au cours de ses dernières pérégrinations, le bien-fondé de son extrême lassitude. Devenu étranger à la vie comme à lui-même, il ne comprend plus ses amis embourgeoisés dans leur science ou leurs hobbies, amis aussi généreux que vains conseillers, moralistes et philosophes d'un soir qui croient tout résoudre en un tour de fume-cigarette.

C'est le récit mélancolique d'un ancien esthète, c'est également un livre sur la dépendance, à la drogue, aux femmes, au besoin de vérité, et finalement, sans doute, à la mort. Ce livre est, comme son héros, une voix sans issue. L'écriture est juste belle, à la fois simple et précise, épousant le regard désabusé d'un pur antihéros des temps modernes, dont le malheur est d'avoir trop compris.

Le deuxième texte, "Adieu à Gonzague", fut retrouvé dans les papiers de l'écrivain après sa mort. Il s'agit là encore de suicide, sous la forme d'une très courte lettre posthume adressé à un ami qui a réussi, lui, à mettre fin à ses jours, contrairement au narrateur. Ce dernier tente de saisir le mystère du personnage, son néant, et la réussite de son suicide. Troublant et vertigineux.
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Message initial: 13 avr. 11 08:56:03 GMT+02:00
Christelle dit:
Le livre semble bien triste. Votre commentaire en fait surgir toute la mélancolie. Votre phrase "dont le malheur est d'avoit trop compris" m'intrigue. Pourquoi un homme qui a compris beaucoup de choses devrait-il souhaiter la mort? Peut-être est-ce une compréhension pessimiste de la vie, un peu nihiliste. Qu'en pensez-vous?

La question de la dépendance semble centrale. Peut-être est-ce le problème justement. J'ai toujours pensé que ceux qui se jetaient dans la drogue perdaient ensuite l'instinct de survie, parce que ce produit fait perdre des facultés de lutte pour la vie...

J'avais vu que vous aviez commenté pas mal de Houellebecq (je ne m'y suis toujours pas mise tant sa vision du monde me semble terrible.Pas le courage encore.)Pourriez-vous cependant m'en conseiller un, pas trop dur et qui vous a plu? N'est-ce pas un peu dans cette veine pessimiste?

Bonne journée à Saintry (c'est votre nouvelle ville?). Je connais un peu l'Essone, mais pas du tout ce coin.

Publié le 13 avr. 11 08:57:47 GMT+02:00
Christelle dit:
Concernant les votes, je clique, mais ça ne marche pas. J'ai fini par ne plus m'en soucier, car cela devient tellement aléatoire et pénible qu'il vaut mieux laisser un petit mot pour parler de nos impressions. Cela vaut bien un VU, non?

En réponse à un message antérieur du 13 avr. 11 18:57:43 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 13 avr. 11 18:58:55 GMT+02:00
Zarak dit:
En effet, les VU sont de peu d'importance, rien ne vaut un petit mot... Je reconnais d'ailleurs que j'en laisse très peu, voire pas du tout moi-même, mais je lis toujours avec plaisir les critiques de ceux et celles qui ont la gentillesse de m'en laisser un.

Concernant Houellebecq, le mieux est de commencer par le commencement : Extension du domaine de la lutte. Et voir si cela vous plaît tant au niveau de la prose disons "lucide-anémique" que de la vision de la société contemporaine. Ensuite, chacun de ses romans décline l'une de ses visions du monde, tour à tour centrées sur le marché, le sexe, la solitude, la violence, la science, la représentation du réel... C'est pas gai par contre, mais j'ai toujours aimé les grands pessimistes, qui ont souvent beaucoup à nous offrir, même si on ne partage pas leur approche.

"Avoir trop compris", dans le cas du personnage de Drieu La Rochelle, signifie : avoir compris qu'il n'y a plus de vie, que les valeurs bourgeoises l'ont emporté, que la jeunesse est perdue et que les dernières illusions sont envolées. On peut bien sûr ne pas partager son choix de mourir pour ces quelques vérités...

J'habite en effet maintenant Saintry-sur-Seine suite à une embauche (mais je me devais de partir pour des raisons autant personnelles que professionnelles), coin magnifique, forêts à perte de vue à 50m de chez moi d'un côté, le brouhaha de la civilisation de l'autre, c'est pas déplaisant ;-)

En réponse à un message antérieur du 14 avr. 11 17:56:20 GMT+02:00
Christelle dit:
Je vous remercie pour vos réponses toujours détaillées et précises sur mes questionnements. C'est très sympathique de votre part de prendre le temps de me répondre. Je trouve que vous avez une approche littéraire des oeuvres très intéressantes. D'où le plaisir que j'ai lire à vos commentaires et à m'instruire.

Merci pour le conseil sur Houellebecq et la précision concernant Drieu de la Rochelle.

Par contre, j'aurais aimé savoir pourquoi vous trouvez que les auteurs pessimistes ont beaucoup à nous apprendre. En effet, je ne vois chez eux (et je pense à Zola notamment) que la qualité de dire ce qui ne va pas pour imposer un changement inexorable, sinon c'est la mort assurée ou la dépression. Avez-vous d'autres idées là-dessus? C'est un peu ce qui m'effraie justement chez Houellebecq: cette précision anatomique à exprimer l'horreur humaine. Pour Drieu, je ressens la même chose à la lecture de votre commentaire.

Très bonne journée ou soirée et merci pour vos enrichissantes réponses que je garde en mémoire pour mes futures lectures.

En réponse à un message antérieur du 14 avr. 11 20:05:15 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 14 avr. 11 20:09:37 GMT+02:00
Zarak dit:
Les pessimistes, c'est un goût personnel, que je ne tiens pas vraiment à imposer. N'ayant moi-même jamais vraiment réussi à prendre l'aventure humaine au sérieux, je ne pouvais qu'aimer ces auteurs, ils m'ont revigoré plus qu'abattu, car tel est l'effet que me procure la vérité. Mais la plupart des gens ressentent l'effet inverse, je le conçois.

Par contre, il y a pessimiste et pessimiste. Les pessimistes trop sérieux ne m'attirent plus trop, je préfère les pessimistes plus légers qu'on ne croit, et vaguement esthètes, un peu à la Cioran, vu par certains comme le dépressif le plus apocalyptique qui soit, mais que j'ai toujours trouvé génial, fin, profond, à ne pas systématiquement prendre au premier degré d'ailleurs.

J'aime, de manière générale, tous les auteurs qui parviennent à s'élever au-dessus de la comédie humaine pour nous en montrer tous les aspects les plus lumineux comme les plus ignobles.

Très heureux de vous enrichir, vraiment, j'espère juste ne pas vous mettre sur de mauvaises pistes :)

@ bientôt.

En réponse à un message antérieur du 15 avr. 11 09:11:40 GMT+02:00
Christelle dit:
Bonjour Zarak,

Intéressant votre point de vue sur le pessimisme. Il faudra que j'attaque Cioran un de ces quatre. On m'en a beaucoup parlé, mais je ne m'y suis jamais penchée. Je crois qu'il faut savoir avec les auteurs qui parlent de la part noire en l'homme prendre la bonne distance. Je sais que j'en suis capable par moments mais pas toujours. J'ai par exemple attendu la trentaine pour lire Sade...Et j'ai eu raison de patienter, il me fallait cette maturité pour l'aborder avec le recul nécessaire.

En réponse à un message antérieur du 15 avr. 11 21:17:52 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 15 avr. 11 21:18:36 GMT+02:00
Zarak dit:
J'ai lu mon premier Sade, Justine si je me souviens bien, à 16 ans :) Mais la prise de distance est quelque chose de totalement naturel chez moi, j'ai toujours fait le distinguo entre l'art et la vie pour ne pas me laisser "posséder" par les créateurs et leurs créations ; pour rester moi-même, en d'autres termes.

Pour Cioran, il faut accepter qu'un auteur cherche d'abord à détruire tout ce en quoi l'on croit et pour quoi on se bat (la vie, l'amour, la civilisation, le progrès, etc). Mais là encore, on peut le lire avec un certain détachement et voir ce qu'il y a derrière ce pessimisme : un esprit brillant, caustique, cultivé, parfois très drôle ; un esthète, un styliste de premier ordre, "aphoriste" de génie, romantique déçu qui a fait du désenchantement un sacerdoce.

Il n'a d'ailleurs pas fait qu'étaler son pessimisme, il s'est aussi livré à d'admirables exercices d'admiration, l'un des plus beaux livres écrit par un auteur sur des confrères contemporains ou non.

En réponse à un message antérieur du 17 avr. 11 20:06:49 GMT+02:00
Christelle dit:
Bonjour Zarak,

Désolée pour ce court intermède, mais je n'étais pas chez moi (et c'est encore le cas jusqu'à demain). Je n'ai pas pu me connecter à internet avant ce soir.

On sent effectivement dans vos commentaires un goût pour la dérision, pour cette mise à distance que, pour ma part, je ne fais pas naturellement.

Vous me mettez l'eau à la bouche concernant Cioran. A quand un commentaire? Je viens de lire le seul existant sur l'oeuvre à partir de votre lien, mais je l'ai trouvé un peu hermétique. Il ne m'a pas entré dans l'oeuvre et j'ai donc eu du mal à en saisir l'esprit.

Très bonne soirée (si vous vous connectez d'ici là) et merci encore pour vos bons conseils de lecture. Cela fait du bien de discuter avec des passionnés de littérature, vous l'êtes, il me semble.

En réponse à un message antérieur du 18 avr. 11 08:47:11 GMT+02:00
Zarak dit:
Bonjour Christelle, allons ne vous excusez pas des absences, de toute façon je reçois les réponses directement dans mon mail, donc vous pourriez répondre dans 3 mois que ça ne changerait pas grand chose :)

Pour Cioran, j'ai un commentaire (qui commence à dater) sur son premier livre, oeuvre de jeunesse (22 ans) un peu maladroite mais pleine de promesses :

Sur les cimes du désespoir

Mais on est loin des "Syllogismes de l'amertume", "De l'inconvénient d'être né" ou de "La tentation d'exister"...

Bonne soirée, et merci de même pour vos suggestions de lecture, entre passionnés il faut savoir s'entraider :)
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Zarak
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Lieu : Saintry-sur-Seine, Essonne, France

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