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5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Superbe !, 28 octobre 2012
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Ce roman a reçu le prix Nebula en 2011 et, bien que ce ne soit certainement pas un livre qu'un large public puisse apprécier (surtout au sein du lectorat SF/Fantasy, hélas, car ce livre leur est en quelque sorte dédié), je comprends absolument pourquoi il a été ainsi récompensé : c'est tout simplement un VRAI roman. Une histoire simple, sobre, mais aussi puissante, très personnelle et qui a un parfum d'authenticité rarement rencontré.

Le récit est écrit à la première personne du singulier, par le personnage central du livre, Morwenna. La jeune fille écrit son journal (à l'envers de façon à ce qu'il ne puisse pas être lu facilement !) et ce fait ne parait jamais comme un artifice pour faire passer émotions et informations. L'écrivain disparait complètement, seule Morwenna reste. Morwenna et le lecteur, qui comprend petit à petit ce qui a conduit à la situation présente.

La qualité d'écriture de ce roman, intime et fluide, est exceptionnelle. J'ai parfois pensé à un autre livre, Sunshine (sans les digressions toutefois) ou aux livres de Victoria Clayton, qui aime semer ses romans de références littéraires avec beaucoup d'enthousiasme et sans aucune pédanterie.
Dans un même genre, très intime, envoûtant et avec une part limitée de surnaturel - pas parce qu'on doute de son existence, mais plutôt parce qu'il est si bien intégré à l'histoire qu'il n'est pas le centre de l'intrigue, même s'il en est le moteur - la série de Septenaigue de Juliet Marillier est du même excellent tonneau (Soeur des cygnes, Tome 1 :, Soeur des cygnes, Tome 2 :, Fils de l'ombre 1, Fils de l'ombre 2).

L'histoire se passe en Angleterre, dans les années 80. Ce choix n'a rien d'anodin, illustrant le souhait de l'auteur d'échapper à la tyrannie des récits actuels, où rien ne peut être envisagé sans internet et téléphones portables. De plus, le récit est un ode permanent à l’essor de la "ScienceFi" pendant cette époque et présente, peut-être avec une certaine malice, les difficultés d'alors à se procurer les livres ainsi qu'à partager sa passion avec d'autres lecteurs. Nul doute que bien des lecteurs de ma génération se reconnaîtront dans cette quête fébrile, à l'époque où rien n'était jamais acquis immédiatement.

Mori a dû quitter le pays de Galles où elle a grandi, entouré de sa soeur jumelle, de ses grands-parents, de ses oncles et tantes, de ses amis, pour aller vivre chez son père, qu'elle ne connaît pas. Celui-ci vit chez ses trois soeurs, qui semblent le dominer entièrement, et Mori est envoyée sans délai dans la pension so british du coin où toute la famille paternelle féminine a défilé.

Quelque chose de terrible s'est passé. On ne sait pas quoi exactement, si ce n'est qu'il y a, bizarrement (bizarrement car le récit est si pragmatique, et que Mori est une scientifique dans l'âme) une histoire de de "fées", une mère inquiétante (folle ? mauvaise ? sorcière ?), un accident qui a coûté la vie à la soeur jumelle et laissé Mori avec une patte folle et douloureuse, et enfin des services sociaux indifférents au fait que Mori n'ait pas été élevée par sa mère mais par tout le reste de sa famille : Mori n'a que quinze ans et doit être remise à la garde de son père.

Mori devrait être terriblement malheureuse, mais elle semble faire contre mauvaise fortune bon coeur, malgré la situation qui n'a rien de réjouissant : elle souffre beaucoup de sa jambe et hanche accidentées, elle n'a plus personne d'aimant à ses côtés, l'école où elle atterrit la rebute complètement et, brusque et solitaire, elle n'a rien pour attirer la sympathie. On devine rapidement qu'elle se remet peu à peu d'un choc violent, aussi psychologique que physique, que l'accident qui a coûté la vie à sa soeur n'était pas un hasard, mais un risque encouru volontairement pour sauver le monde du mal et que Mori, malgré la situation si douloureuse, ne regrette rien.

Mori est courageuse, stoïque même. Elle supporte la vie de la pension, se réfugiant dans ses livres, ayant au moins le confort d'être une excellente élève et de pouvoir échapper aux nombreuses activités sportives du fait de son état de santé. A la place elle lit. Elle lit aussi le matin, avant le réveil général du dortoir, durant la demi-heure du soir avant l'extinction des feux, elle lit pendant les cours ennuyeux, elle lit pendant les pauses, bref elle lit en permanence, enchaînant sans coup férir lecture sur lecture !
Les connaisseurs auront ainsi le plaisir de croiser des auteurs connus (ce n'a presque jamais été mon cas, mais je n'en ai pas été gênée). Mori adore Ursula le Guin, Delany, Zelazny and Heinlein (même si elle trouve sa fantasy nulle), découvre les premiers livres de Pern d'Anne McCaffrey.

La vision de cette école très typée, avec son règlement non écrit qui régit subtilement le classement interne des élèves, le manque total d'intimité, les dons significatifs de gâteaux, les points donnés ou retirés par les préfets ou les professeurs, rappellera à bien des lecteurs français la vision donnée par la lecture des Harry Potter !

Plus qu'être une élève brillante, Mori est précoce, peut-être même sur-douée. Et le rendu d'une personne à la fois très jeune et très intelligente est exceptionnel. Mori n'est pas naïve, a l'esprit large, mais garde une certaine candeur très touchante malgré son ton, toujours ferme, pragmatique et passionné. On entend réellement penser une jeune fille brillante de quinze ans, sans jamais aucune fausse note, c'est incroyable d'authenticité.

Le pan "magique" de l'histoire, quoique fondamental, est assez peu développé et ne peut pas constituer un élément d'appel pour le lecteur. L'idée de fond est pourtant très intéressante : la magie présentée ici (une magie non reconnue, jamais publique) est telle qu'il n'est jamais possible de savoir si l'acte magique a porté ses fruits au non ! J'ai trouvé cette idée excellente et bien mise en scène.
Comme le dit si bien un commentateur du côté anglais d'Amazon, Federhirn : "It is a story featuring fairies and magic, but not in any way I've ever encountered them before. This book is set in our world, not any other, and you may soon find yourself wondering whether it is really a book about believing in fairies and magic, rather than a book about actual fairies and magic. Things are so subtly interwoven and so grounded that I was not sure of my narrator, which made the novel very interesting."

Ce livre, qui part dans une ambiance très sombre, est pourtant très positif : c'est l'histoire d'un deuil, du deuil d'une soeur pour sa soeur jumelle, du deuil de l'enfance. L'aspect "magique" est plus un à-côté, un des paramètres de ce qu'est Mori. Le courage stoïque de cette jeune fille, qui refuse de se laisser submerger par le désespoir et qui arrive, par un moyen ou un autre, à supporter son nouveau cadre de vie, à se faire des amis qui partagent sa passion et qui réapprend à aimer la vie, à lui faire confiance, est remarquable.

Il est bien difficile de mettre en valeur ce roman dont les qualités sont dans la sobriété, je vais donc rajouter quelques passages que j'ai trouvés frappants :

"One of the things I've always liked about science fiction is the way it makes you think about things, and look at things from angles you'd never have thought before.
From now on, I'm going to be positive about sexe"

[à propos de sa mère]
"I've seen her wear a wedding dress to go shopping, and a winter coat in July, and be barely covered in January. Her hair is long and black and even combed and tamed it looks like a nest of snakes. If she wore a burberry and a silk scarf it would like a disguise, a cloth dragged over an altar where something had been sacrified"

[à propos de son grand-père paternel, qu'elle vient de rencontrer pour la première fois]
"I like Sam. I was sorry to say goodbye. I wrote down his adress and gave him mine in school. I wanted to talk to him about being Jewish and what Sharon had said, and about my thought about being a rich Jew, but I didn't want to with my father there. He made it awkward. It's easier with Sam. For one thing I don't have to feel grateful to him, and for another, he doesn't have to feel guilty about me".

[reportant l'une des frustrantes conversations avec l'une des "fées", Glorfindel]
"'Half way', Glorfindel said, and he didn't mean I was half hald dead without her [sa soeur] or that she was halfway through or any of that, he meant that I was halfway throught 'Babel 17' and if I went on I would never find out how it came out.
There may be stranger reasons for being alive.
There are books. There's Auntie Teg and Grampar. Thre's Sam, and Gill. There's interlibrary loan. There are books you can fall into and pull up over your head. There's the distant hope of a karass sometime in the future. There's Glorgfindel who really cares about me as much as a fairy can care about anything".

"I miss the mountains. I didn't miss them before, except in thinking how unattractively flat it was here. But now I have been home and had them around me for a while, I miss them actively, more than my living family, more than being able to shut the toilet door. It's not really flat here, it rolls, and I can see the mountains of North Wales in the distance when it's clear. But I miss having the hills tucked up around me".

"It makes me melancoly to remember, but a little bit of the security and excitement commes through from the way I was feeling in the memory. Memories are like carpets, I keep them piled up in one big pile in my head and don't pay much attention to them separately, but if I want to, I can get back in and walk on them and remember".

"(I do not miss my toys. I wouldn't play with them anyway. I am fifteen. I miss my childhood)".

[à propos de magie, mais qui s’adapte très bien au contexte actuel de la “bagarre” livre numérique/livre papier]

“And with books especially, books as objects are not what books are, it’s not what’s important about them”.

[un passage amusant alors qu'elle est à l'hôpital pour une extension très douloureuse de sa jambe accidentée et qu'elle cogite sur l'état d'esprit et les compétences de son médecin, qui a forcément, se dit-elle, un certain niveau d'étude, non ?]
"Only one more day in the rack. I'm starting to wonder if sadists could get three 'As' at A Level, but if Dr. Abdul was a sadist he'd come around and gloat more. It's clear he's entirely indifferent. He didn't look at my face at all, and barely even at my leg, it's just the x-rays that interrested him. I'm trying to see this as a good thing. Three 'As' at A Level is starting to seem like a very small thing to hold so much weight of trust".

(Remarque : d'après Wiki, ce roman paraîtra en français en 2014, aux éditions Denoël, collection "Lunes d'encre").
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Afficher les messages 1-10 sur 15 de cette discussion.
Message initial: 28 oct. 12 20:54:38 GMT+01:00
Un récit à la première personne avec 5 étoiles, bigre !
J'aurais une question :
C'est un livre d'ambiance, où il y a une intrigue ? (A part la découverte progressives des événements ayant couté la vie à sa soeur)
Comme tu le présentes, ce sont les aventures d'une pauvre gamine qui a perdu sa soeur et qui est déracinée et transplantée dans un nouvel environnement.
Si j'avais mauvais esprit (tout le monde s'accorde pour penser que ce n'est pas le cas, ce qui me rassure) et si il y avait un brin de romance dans cette histoire, je dirais qu'il s'agit d'un inédit de Jane Austen, qu'elle aurait écrit suite à un résurrection Zombie pendant les années 80.

En réponse à un message antérieur du 28 oct. 12 21:09:27 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 28 oct. 12 21:24:07 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
C'est un livre d'ambiance en effet, mais c'est tout sauf une pauvre gamine : elle a plus de maturité à elle toute que nous deux réunis ! Et ce n'est pas du tout misérabiliste mais plein d'énergie et de foi en l'avenir.
Psychologiquement c'est une merveille. Rien à voir avec un JA cependant.
Je l'aurais aisément turbolu si j'avais pu, mais ça ne peut pas plaire à tout le monde. L'histoire c'est avant tout une année de la vie de Mor, c'est un roman tranche de vie. J'adore qd les auteurs se dédluannent des

En réponse à un message antérieur du 28 oct. 12 21:17:28 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
Se dédouannent voulais-je des obligations tyranniques des genres et font leur petite tambouille !
Quand à la romance il n'y en a aucune...bien qu'il en ait presque une : Mor veut un ami avec lequel coucher, elle trouve son bonheur ; mais être amoureuse ne l'intéresse pas du tout, elle est très pragmatique.
En fait il est impossible de trouver rien de sucré là-dedans. Pourtant j'ai adoré !

En réponse à un message antérieur du 28 oct. 12 21:23:40 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 28 oct. 12 21:26:12 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
(et Victoria Clayton, mon auteur contemporain non fantastique préféré, que des 5*, écrit tjs à la première personne. Ce n'est pas que je n'aime pas, mais que je trouve le procédé trop souvent galvaudé pour créer une émotion et une empathie factices. Seuls les meilleurs s'en sortent. Et centrer son récit sur une seule personne, en utilisant la 3° personne, et parvenir à susciter émotion et sympqthie, ça c'est le top !)

En réponse à un message antérieur du 28 oct. 12 22:54:57 GMT+01:00
Bon, je tenterai si c'est traduit.
Ça n'a pas l'air très long, en plus.

En réponse à un message antérieur du 29 oct. 12 07:05:17 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
Je ne crois pas que ce sera traduit, ce n'est pas assez commercial et les choix des éditeurs français sont, par la force des choses, très étriqués.
De toute façon il y a de fortes chances que ça t'ennuierait bcq ; c'est féminin, contemplatif et très teinté littérature générale.

En réponse à un message antérieur du 29 oct. 12 08:05:01 GMT+01:00
Ce serait étonnant. C'est le genre de bouquin très valorisant pour un éditeur Français (pas commercial, tirant sur la littérature blanche, auréolé d'un prix prestigieux, je mets ma main au feu que ça sera traduit)
Donc, sinon, il n'y a pas d'intrigue ?

En réponse à un message antérieur du 29 oct. 12 09:45:44 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 29 oct. 12 09:46:19 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
Tu crois vraiment que les éditeurs de sff cherchent des faire-valoirs dans leur traductions ? Moi j'ai plutôt l'impression qu'ils réservent ça à leurs auteurs français, traduisant ce qui est susceptible de remplir les caisses. Je ne pense pas qu'un prix littéraire étranger aide à la vente chez nous (du moins dans les grandes largeurs).
Sinon, pour l'intrigue, voyons, c'est un point qui ne me tracasse jamais beaucoup... Dans le sens mystère haletant soulevé dès le début du livre qui pousse à tourner les pages fébrilement, non. C'est le genre de roman où on se laisse porter. On apprend quelques petites choses au fur et à mesure, mais tous comptes faits, pas grand chose. C'est l'histoire de Mor avant tout, c'est une vie qui parait banale de l'extérieur, mais qui est vue de l'intérieur et pimentée un peu par l'aspect magique et beaucoup par la personnalité puissante de l'héroïne.

En réponse à un message antérieur du 29 oct. 12 09:52:02 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 29 oct. 12 09:53:44 GMT+01:00
Guinea Pig dit:
Tiens, voilà un com parfait, du côté uk ; celui à 5* de Federhirn (le dernier en date):
http://www.amazon.co.uk/Among-Others-Jo-Walton/product-reviews/1472100433/ref=sr_1_1_cm_cr_acr_txt?ie=UTF8&showViewpoints=1

En réponse à un message antérieur du 29 oct. 12 11:50:21 GMT+01:00
Vos commentaires me donnent plutôt envie de le lire.
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