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entre sa réalité et ses fictions, 23 avril 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La zone d'inconfort : Une histoire personnelle (Poche)
Dans cet ouvrage, Franzen se lance le difficile défi de se raconter lui-même, de son enfance 'middle-class' dans les années 70 jusqu'à l'âge adulte, c'est l'histoire parfois drôle, parfois terriblement banale d'un adolescent qui cherche sa place. Cette sorte d'autobiographie initiatique est en effet centrée sur cet effort constant du jeune et moins jeune Franzen pour s'intégrer, être populaire, se faire une opinion, et enfin grandir. Comme lors de ses précédents romans, la prose de l'écrivain est élégante et limpide, ce qui rend la lecture naturelle et accroche le lecteur dès les premières pages. Il confirme ici également son talent pour décrire les relations humaines ( en désordre : compétitivité, jalousie, amour filial') et il est très intéressant pour le lecteur assidu de Jonathan Franzen de découvrir les fondements des Corrections dans sa propre vie, d'imaginer le travail de l'écrivain pour tisser une famille entière en s'inspirant librement de ce qu'il connait le mieux de la vie familiale. On y trouvera aussi l'origine de certains personnages de Freedom, et le questionnement direct de l'auteur sur les questions d'environnement. Et malgré tous ces points communs et ces fondements de l'écriture, The Discomfort Zone ne fait pas l'effet d'un condensé jubilatoire de l'oeuvre de Franzen. On ne peut bien sûr pas reprocher à une biographie d'être auto-centrée, mais ce qui fait à mon sens le talent de Franzen, sa façon de disséquer avec brio les rapports humains, se trouve ici légèrement étouffé sous les questionnements intimes de l'auteur. La relation avec sa mère est passionnante et semble être la seule que Franzen ose approcher ici (peut-être car elle est décédée?), on découvre ce personnage réactionnaire et attendrissant, comme un flash-back des Corrections qui donne vie à cette biographie. C'est en effet l'impression laissée que le meilleur dans la vie de Jonathan Franzen a en fait été décrit dans ses romans, en plus drôle, et en plus détaillé qu'ici. Au lieu de la fiction familiale polyphonique que l'auteur maîtrise si bien, le lecteur se trouve ici face à une histoire personnelle un peu frustrante, qui ne semble pas décoller de la question fondamentale de l'outsider brillant cherchant sa place parmi la plèbe. Le récit n'est pas totalement prétentieux, heureusement, grâce à l'auto-dérision permanente de l'auteur, qui livre quelques humiliations très amusantes de son enfance et surtout se moque de ses propres questionnements, car après tout, qui peut prétendre avoir été très fin durant son adolescence? On découvre des anecdotes réjouissantes autour des farces orchestrées par Franzen et ses amis qui passent du canular simple au véritable happening artistique lorsque les lycéens parviennent à subtiliser toutes les tables et chaises de leur établissement et à les empiler dans une seule salle, ou encore désactivent toutes les cloches, qui laissent à la place de la sonnerie habituelle un silence confus et poétique. Malheureusement, suivant l'intérêt de chacun pour les divers thèmes que l'auteur allégorise sur sa propre vie, on pourra trouver des longueurs. Personnellement, l'observation des oiseaux qui ne m'avait pas du tout gênée dans Freedom, car distillée dans une histoire plus grande qu'elle, m'a paru ici d'un ennui mortel, malgré un symbolisme évident. Le fil rouge, cette place que cherche à se faire l'auteur, ne semble pas suffisant à tenir le lecteur en haleine pendant tout le récit, le suspense du futur de l'auteur étant déjà éventé. Cette incitation romanesque aurait pu être instillée selon moi par un développement plus poussé des relations avec sa famille, qui réservent les analyses les plus intéressantes du livre. Mais après tout Franzen a peut-être plus de pudeur à disséquer en public ses proches qu'il n'a à créer des personnages fictionnels névrosés, la fiction se révélant chez lui bien plus excitante que la réalité. http://harcelementtextuel.wordpress.com/2012/03/28/jonathan-franzen-the-discomfort-zone-25/
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La zone d'inconfort : Une histoire personnelle 2757810111
Jonathan Franzen
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La zone d'inconfort : Une histoire personnelle
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entre sa réalité et ses fictions
Dans cet ouvrage, Franzen se lance le difficile défi de se raconter lui-même, de son enfance 'middle-class' dans les années 70 jusqu'à l'âge adulte, c'est l'histoire parfois drôle, parfois terriblement banale d'un adolescent qui cherche sa place. Cette sorte d'autobiographie initiatique est en effet centrée sur cet effort constant du jeune et moins jeune Franzen pour s'intégrer, être populaire, se faire une opinion, et enfin grandir.
Comme lors de ses précédents romans, la prose de l'écrivain est élégante et limpide, ce qui rend la lecture naturelle et accroche le lecteur dès les premières pages. Il confirme ici également son talent pour décrire les relations humaines ( en désordre : compétitivité, jalousie, amour filial') et il est très intéressant pour le lecteur assidu de Jonathan Franzen de découvrir les fondements des Corrections dans sa propre vie, d'imaginer le travail de l'écrivain pour tisser une famille entière en s'inspirant librement de ce qu'il connait le mieux de la vie familiale. On y trouvera aussi l'origine de certains personnages de Freedom, et le questionnement direct de l'auteur sur les questions d'environnement. Et malgré tous ces points communs et ces fondements de l'écriture, The Discomfort Zone ne fait pas l'effet d'un condensé jubilatoire de l'oeuvre de Franzen.
On ne peut bien sûr pas reprocher à une biographie d'être auto-centrée, mais ce qui fait à mon sens le talent de Franzen, sa façon de disséquer avec brio les rapports humains, se trouve ici légèrement étouffé sous les questionnements intimes de l'auteur. La relation avec sa mère est passionnante et semble être la seule que Franzen ose approcher ici (peut-être car elle est décédée?), on découvre ce personnage réactionnaire et attendrissant, comme un flash-back des Corrections qui donne vie à cette biographie. C'est en effet l'impression laissée que le meilleur dans la vie de Jonathan Franzen a en fait été décrit dans ses romans, en plus drôle, et en plus détaillé qu'ici. Au lieu de la fiction familiale polyphonique que l'auteur maîtrise si bien, le lecteur se trouve ici face à une histoire personnelle un peu frustrante, qui ne semble pas décoller de la question fondamentale de l'outsider brillant cherchant sa place parmi la plèbe.
Le récit n'est pas totalement prétentieux, heureusement, grâce à l'auto-dérision permanente de l'auteur, qui livre quelques humiliations très amusantes de son enfance et surtout se moque de ses propres questionnements, car après tout, qui peut prétendre avoir été très fin durant son adolescence? On découvre des anecdotes réjouissantes autour des farces orchestrées par Franzen et ses amis qui passent du canular simple au véritable happening artistique lorsque les lycéens parviennent à subtiliser toutes les tables et chaises de leur établissement et à les empiler dans une seule salle, ou encore désactivent toutes les cloches, qui laissent à la place de la sonnerie habituelle un silence confus et poétique. Malheureusement, suivant l'intérêt de chacun pour les divers thèmes que l'auteur allégorise sur sa propre vie, on pourra trouver des longueurs. Personnellement, l'observation des oiseaux qui ne m'avait pas du tout gênée dans Freedom, car distillée dans une histoire plus grande qu'elle, m'a paru ici d'un ennui mortel, malgré un symbolisme évident.
Le fil rouge, cette place que cherche à se faire l'auteur, ne semble pas suffisant à tenir le lecteur en haleine pendant tout le récit, le suspense du futur de l'auteur étant déjà éventé. Cette incitation romanesque aurait pu être instillée selon moi par un développement plus poussé des relations avec sa famille, qui réservent les analyses les plus intéressantes du livre. Mais après tout Franzen a peut-être plus de pudeur à disséquer en public ses proches qu'il n'a à créer des personnages fictionnels névrosés, la fiction se révélant chez lui bien plus excitante que la réalité.
http://harcelementtextuel.wordpress.com/2012/03/28/jonathan-franzen-the-discomfort-zone-25/
jean-pierre
23 avril 2012
- Général:
5

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