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24 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Savoir tirer les leçons du passé..., 30 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La crise financière française de 1789-1799 (Broché)
La France de 2013 ressemble étrangement, sur certains points, à celle de 1789. Le prince n’est plus le même, mais la coexistence d’une dette énorme, fruit des règnes de Louis XIV et de ses successeurs Louis XV et Louis XVI, et de déficits qui perdurent d’année en année, ainsi que la stagnation économique, y font penser.
Mais ce n’est pas tout…

Turgot, on s’en souvient, avait été renvoyé et l’approche libérale avec lui. Et, de ministre des Finances en ministre des Finances, des expédients étaient trouvés pour tenter de reporter le problème de la dette et acheter la paix sociale.

En 1789, donc, Necker, malgré ses qualités reconnues, en tant que l’un des plus grands banquiers d’Europe, se trouva confronté à des demandes pressentes, de toutes parts, de recourir à l’émission de monnaie papier. Parmi eux Marat, qui accusait Necker, dans son journal L’ami du peuple, d’être « un misérable cherchant uniquement à s’enrichir en puisant dans les deniers publics ».
Necker, connaissant bien les effets pervers de ce type d’émissions, tenta au mieux de résister, mais l’Assemblée Nationale, fin 1789 – début 1790, trouva un compromis en prônant l’émission de billets reposant sur la confiscation des biens de l’Eglise.

En 1720, John Law, sous le règne de Louis XV, avait été l’inventeur de la planche à billets et, indirectement, des banqueroutes qui s’ensuivent, avec toutes les conséquences qu’elles engendrent.
Même si, cette fois, il y avait des contreparties officielles, avec les gages sur les propriétés de l’Eglise, nul n’ignorait que les grandes émissions de monnaie précédentes s’étaient soldées par la ruine. Mais il en allait de « la volonté du peuple » et « cela attachera(it) l’intérêt des citoyens au bien public ». Les objections tombèrent donc. D’autant que les lois naturelles ne jouaient plus « au sein d’une nation qui est gouvernée par une constitution », plutôt que par « un régime despotique » (M. Matrineau).

Fi, donc, des multiples effets connus de ce que presque tout le monde considérait bel et bien comme « la plus effroyable catastrophe que la France ait jamais connue ».
Les assignats, générateurs qui plus est d’un intérêt de 3%, furent donc émis en avril 1790 pour la somme, colossale à l’époque, de 400 millions de livres (le franc ne devenant la monnaie officielle qu’en 1795).

Très rapidement, et c’est là que l’on peut trouver un inquiétant parallèle de plus avec aujourd’hui, les résultats se firent dans un premier temps sentir dans toute l’économie, soulageant à la fois les créanciers, le gouvernement, le commerce et le peuple, relançant par ailleurs le crédit.
Mais il ne fallut pas 5 mois pour que le gouvernement ait tout dépensé et que le pays tout entier réclame une nouvelle émission de papier.
Toute l’énergie et la verve d’un Mirabeau, au rang des adversaires influents de la monnaie papier, ne suffira pas. Malgré sa réelle conscience des dangers de l’inflation, il finit par céder à la pression et s’incliner, conforté en particulier par le rapport de Montesquieu du 27 août 1790, soutenant une nouvelle émission, jusqu’à finalement militer ardemment, dans ses discours, pour celle-ci.
Necker dut démissionner et quitter la France, pour la plus grande joie de Marat, Hébert, Desmoulins et autres fanatiques de la guillotine.
Et, malgré l’opposition convaincue d’un Du Pont de Nemours, d’un Maury ou même cette fois de Talleyrand, la verve de Mirabeau fit la différence et une nouvelle émission de 800 millions de nouveaux assignats fut votée par 508 voix contre 423.

A l’encontre des engagements solennels tenus alors, les émissions reprirent de plus belle, différentes régions commençant à leur tour à émettre leurs propres assignats, tandis que les « billets de confiance » et leur lot de fraudes en tous genres, achevèrent de pervertir le système, alors même que les premiers assignats, échangés contre des terres, au lieu d’être retirés de la circulation comme prévu, furent recyclés sous la forme de petits billets.
Et d’importantes nouvelles émissions nationales se succédèrent, toujours avec les mêmes engagements solennels à ce que ce soit la dernière, chacun se trouvant comme grisé par cette monnaie papier qui engendrait une inflation ressemblant à de la prospérité.

Mais le pouvoir d’achat de toute cette monnaie déclinait de plus en plus vite, sans que l’on en cerne les causes a priori, les explications les plus folles courant à ce sujet, suscitant la mort de coupables désignés.
Les manufactures, quant à elles, déclinèrent brutalement, cessant leur activité les unes après les autres et le commerce s’effondra à son tour. Exactement comme cela s’était toujours passé dans tous les pays (Autriche, Russie, Amérique, …) qui avaient tenté de bâtir la prospérité sur de la monnaie non convertible.
Effondrement de l’épargne, développement des paris, jeux d’argent et spéculation s’ajoutent à ce sombre tableau, de même que la corruption, qui prit une ampleur inquiétante, touchant jusqu’à certains législateurs (même Mirabeau s’y fit prendre).

Le nombre de débiteurs devint de plus en plus important et, sous l’influence de certains manipulateurs usant de leur pouvoir auprès des représentants à l’Assemblée, ils en déduisirent que leur intérêt était de déprécier la monnaie. D’où les pressions pour conduire à de nouvelles émissions, selon un mouvement irrépressible. Ce qui entraîna, bien sûr, une chute accélérée de la valeur de la monnaie.

Il est à noter que des limitations des montants maximaux à émettre étaient à chaque fois votées pour la suite, et à chaque fois bafouées.
De même, toujours cette conviction que les vieilles lois de l’Economie ne seraient plus valables dans le contexte de la fin du XVIIIème siècle, que les conditions ne sont pas les mêmes. Exactement comme certains le diraient aujourd’hui au début du XXIème siècle.

Et toujours cette idée, très en vogue encore à l’heure actuelle, que c’est l’inflation qui nous sortira d’affaire… (ce que les ménages, eux, ressentent bientôt autrement…).
Andrew Dickson White cite une phrase énoncée par Daniel Webster, qui demeure très juste et d’actualité, selon laquelle « de tous les artifices mis en place pour duper les classes laborieuses, aucun n’a été plus efficace que celui qui les trompe avec la monnaie papier. »

Puis ce furent les confiscations des grandes propriétés de propriétaires terriens (qui fuirent le pays), servant de garantie aux nouvelles émissions (cela nous rappellera cette idée, très en vogue encore aujourd’hui, consistant à « prendre l’argent là où il se trouve »).

Cette fuite en avant et la folle inflation qui se développaient devinrent visibles aux gens.
Dès lors, on commença à leur trouver toutes sortes d’explications et de coupables tout désignés (les riches, les commerçants, …), afin de tenter de dissimuler la vérité au sujet de cette monnaie de singe.
Encouragés par Marat, des pillages de magasins eurent lieu à Paris (il recommandait aussi de pendre les marchands). Il fallait alors calmer la foule (en l’achetant), puis chercher à gagner du temps.
Ce qui fut fait de trois manières complémentaires :

1°) par l’emprunt forcé, prélevé sur les « riches » et garanti sur les terres confisquées.
Cela ne suffisant pas, on introduisit la taxe progressive, ce qui permit de toucher aussi les petits propriétaires (l’impôt progressif sur le revenu, largement admis aujourd’hui malgré son caractère contestable, date donc de cette période, puisqu’il a été mis en place le 22 juin 1793).

2°) le désaveu porté aux premiers assignats, portant l’effigie du roi, et censés avoir bénéficié aux plus riches, porté par un Danton au sommet de sa gloire.

3°) la loi du « Maximum », suggérée par Saint Just et soutenue par l’éloquence d’un Barrère, qui revint à une sorte de blocage des prix.
Mais cela provoqua, bien entendu, la pénurie et l’instauration de tickets de rationnement.
Les cessations d’activité, les délations de fermiers ou commerçants ne respectant pas strictement la loi (mais aussi la guillotine), se multiplièrent.

Bientôt, Cambon incrimina les achats d’or et d’argent, allant jusqu’à fermer la Bourse le 13 novembre 1793.
Mais malgré tout le génie, la compétence et le courage de Cambon, qu’Andrew Dickson White qualifie de « spécialiste le plus important de tous les temps », le désastre se révélait inéluctable, face aux lois de la nature.
Ainsi, « la monnaie papier du pays semblait posséder un pouvoir magique pour transformer la prospérité en adversité et l’abondance en famine. L’année 1794 fut exceptionnellement fructueuse et pourtant, avec l’automne, la pénurie de provisions fit son apparition et en hiver, ce fut la misère ».

Pendant ce temps-là, la valeur en francs du Louis d’or s’envolait, tandis que la valeur de 100 francs en papier chuta jusqu’à 2,5 francs en or.
Or, la concentration de la monnaie papier se faisait presque exclusivement entre les mains de la classe ouvrière, des employés et des hommes à faibles ressources, sur qui les énormes pertes tombèrent, de même que la famine, les financiers et hommes disposant de grands moyens se révélant plus avisés et « suffisamment astucieux pour placer le plus possible de ce qu’ils possédaient dans de produits dont la valeur demeurait permanente ».
Les épargnants furent aussi les grands perdants de la très forte inflation qui s’était développée (comme du temps de l’hyperinflation allemande des années 1920, qui engendra l’arrivée d’Hitler au pouvoir à la décennie suivante).

L’arrivée au pouvoir du Directoire, après que la guillotine ait accéléré son œuvre, ne changea pas vraiment les choses, car les nouvelles émissions se poursuivirent, « dans des quantités plus importantes que jamais », aux assignats s’ajoutant les mandats, censés être plus sûrs (ce qui ne sera évidemment pas le cas).

Ce n’est que le 18 février 1796 que le matériel destiné à imprimer les assignats fut solennellement détruit, après que 45 000 millions de francs aient été ainsi émis, le pouvoir d’achat de tout ce papier n’ayant pratiquement plus aucune valeur.
Enfin, en février 1797, le cours légal des assignats et mandats fut supprimé, ceux-ci devenant sans valeur après mai.
« Les souffrances aiguës provenant de la ruine (…) durèrent presque 10 ans, mais la période de reprise dura plus longtemps que la génération qui suivit. Cela nécessita 40 années pleines pour apporter le capital, l’industrie, le commerce et le crédit à leur niveau au début de la Révolution ».

En somme, « pour guérir une maladie de caractère temporaire, on administra un poison corrosif qui a dévoré les organes vitaux de la prospérité française ».
Et c’est ainsi que Napoléon Bonaparte put s’emparer du pouvoir et refusa toujours, quant à lui, de recourir aux assignats quoiqu’il advienne, évitant ainsi les crises financières.
Mais cela se fit au prix du retour à la monarchie et de « millions de vies qu’il fallait ajouter aux millions qui avaient été sacrifiées pour la Révolution ».

Cet ouvrage, paru en 1912, est en fait issu de conférences sur la Révolution française menées en 1876 par Andrew Dickson White, plusieurs fois ministre aux Etats-Unis, mais aussi ambassadeur et homme d’affaires. Il se voulait une mise en garde à l’intention de ses contemporains américains.

La relation de cause à effet entre politique et politique économique vaut dans les deux sens et c’est là que la mise en garde contre les dangers de l’inflation et des illusions persistantes à son sujet, garde toute son actualité.
N’oublions pas que la Révolution française trouve son origine dans la faillite du Trésor Public, qui a obligé Louis XVI à convoquer les Etats généraux.

L’effet premier de l’inflation est, en effet, toujours la reprise. Mais ce n’est que plus tard que les effets toxiques deviennent apparents.
Au regard de ces enseignements, il apparaît, une fois de plus, qu’on a bien tort de trop négliger les leçons du passé…
Et c’est là que la lecture de cet ouvrage trouve tout son sens.
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Afficher les messages 1-10 sur 35 de cette discussion.
Message initial: 31 oct. 13 14:41:53 GMT+01:00
Les liens n'étant, a priori, pas possibles dans un commentaire, je vous conseille de visionner les deux vidéos suivantes, particulièrement instructives, conseillées en fin de ce volume :

http://www.youtube.com/watch?v=7zvNV-vkEzc

http://www.youtube.com/watch?v=U4aRuiO1OuQ

Elles permettent de mieux réaliser l'ampleur de la crise et les dangers qui nous guettent...
Comme l'indique en toute fin l'intervenant, il est regrettable que nos politiques ne connaissent pas leur Histoire et ne puissent, de ce fait, tirer comme il se doit les leçons du passé. Quant aux français, il indique avec le sourire que notre fainéantise à ouvrir les livres d'Histoire ne permet pas non plus de comprendre davantage ce qui se profile.
On risque, hélas, de s'en apercevoir un peu trop tard à nos dépens...

En réponse à un message antérieur du 12 nov. 13 22:03:09 GMT+01:00
haclimacli dit:
Merci pour vos messages. Cordialement

En réponse à un message antérieur du 14 nov. 13 22:35:33 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 14 nov. 13 22:38:46 GMT+01:00
Titus dit:
Cher Johann,

Votre exposé est impressionnant, et à le lire je me dis que la France n'est jamais et probablement ne sortira jamais de ses mauvais discours et pratiques.

Pour la période récente, le livre aurait aussi pu parler de l'immédiate après-guerre (nous n'avons pas eu le courage d'opérer la même réforme monétaire que les Allemands ; et je ne parle pas de la suite...)

Pauvres de nous.

En réponse à un message antérieur du 15 nov. 13 19:16:40 GMT+01:00
Pauvres de nous, en effet...
La capacité à tenir compte des leçons du passé est malheureusement très faible. Et c'en est assez désespérant.
Même nos voisins (Espagne, Angleterre, ...) ont su engager au moins les quelques efforts minimaux qui permettront de redresser la tête (et commencent à en voir les premiers effets). Il est à craindre que la France ne soit à la traîne et on commence bien à parler de nous comme du prochain "grand malade" de l'Europe.
Il va falloir encore trop de temps pour que les mentalités évoluent (et on n'en dispose, hélas, plus). Je crains que notre pays ne s'en remette pas avant longtemps...

Publié le 16 nov. 13 18:39:49 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 16 nov. 13 19:27:47 GMT+01:00
L. ROBERT dit:
Ecoutez, Johan, comment OSEZ-VOUS soutenir encore la mondialisation libérale, après la parution, il y a maintenant vingt ans, d'un ouvrage fondamental du Prix Nobel français d'Economie Maurice Allais, conclusions qui montrent indubitablement que :

C'EST BIEN LA MONDIALISATION LIBERALE QUI EST LA CAUSE RACINE DE LA CRISE QUI DETRUIT L'EUROPE, DEPUIS 1975 ET SOUS NOS YEUX.

-----

Je me permets donc, Johan, de reproduire ci-dessous un message dont l'essentiel du texte est en fait un plagiat des conclusions, souvent recopiées mot-à-mot, de l'ouvrage du (seul) Prix Nobel d'Economie français Maurice Allais « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : L'évidence empirique » publié en 1999 et qui reprend et développe une thèse qu'il avait déjà publié en 1994 « Combats pour l'Europe, 1992-1994 », m'étant limité à ajouter à ses conclusions, à titre d'illustrations, des anecdotes tirées de faits divers de l'époque, et quelques réflexions générales personnelles (mentionnées dans des parenthèses, ainsi que dans le post-scriptum), mais sans modifier, je l'espère et je le pense, l'argumentation originale Maurice Allais.

-

« Depuis aujourd'hui trente-cinq ans (c'est à dire de puis 1975, date qui marque la fin brutale des "Trente Glorieuses" en Europe) que l'Organisation de Bruxelles poursuit inexorablement une politique de libre-échange mondialiste, l'économie française (et européenne de l'Ouest) se caractérise, au travers des fluctuations conjoncturelles, par une tendance de fond : la destruction des emplois, la destruction de l'industrie, la destruction de la croissance.

Suivant l'idéologie dominante depuis trente-cinq ans, le libre-échange mondialiste doit bénéficier à tous les pays et, dans chaque pays, à tous les groupes sociaux. L'emploi doit s'accroître et la croissance se développer. Cependant, la réalité est tout autre. CE QUE L'ON A CONSTATE , C'EST UNE DESTRUCTION DES EMPLOIS, UNE DESTRUCTION DE L'INDUSTRIE, UNE DESTRUCTION DE LA CROISSANCE.

La réalité, c'est que, non seulement le taux de croissance a été réduit de plus de moitié entre la période 1950-1975 (AVANT la mise en application de la politique de libre-échange mondialiste de l'Organisation de Bruxelles) et la période 1975-2010 (APRES la mise en application de la politique de libre-échange mondialiste de l'Organisation de Bruxelles), mais que le sous emploi a augmenté démesurément, et que les inégalités se sont considérablement accrues. Le groupes dirigeants de l'économie (par exemple, l'Oréal) sont devenus de plus en plus riches, alors que les pauvres sont devenus de plus en plus pauvres.

En fait, cette évolution mène à une destruction progressive de l'économie française (et européenne) et, par là même, à une destruction inéluctable de la société française (et européenne).

(Bien entendu, il ne s'agit pas de remettre en cause les avantages incontestables et incontestés de l'organisation d'un libre-échange entre des entités économiquement, socialement et politiquement comparables, comme cela a été initialement le cas en Europe de l'Ouest, depuis l'entrée en vigueur du Marché Commun jusque vers 1975. Ce dont il est question ici, c'est du libre-échange mondialiste, c'est-à-dire de l'absence de préférence communautaire européenne).

Les partisans du libre-échange mondialiste soulignent que grâce aux délocalisations et aux importations en provenance des pays à bas salaires, jamais les prix dans les hypermarchés n'ont été aussi bas.

- Mais c'est là oublier que les consommateurs ne sont pas seulement des acheteurs. Ils sont également des producteurs qui gagnent leur vie et qui paient des impôts.

- Mais c'est là oublier que, pour ces consommateurs, la contrepartie réelle de ces importations à bas prix est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leur salaire, et des impôts accrus (il n'y a pas que les impôts directs !) pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l'emploi.

- Mais c'est là oublier que les consommateurs sont aussi des citoyens habitants dans des agglomérations urbaines, et qu'au fur et à mesure que le chômage et la pauvreté générés par la mondialisation augmentent, l'insécurité et l'instabilité des banlieues s'accroissent (Vous exigez des exemples ?).

Dès lors, les avantages APPARENTS des produits bon marché sont plus que contrebalancés par leurs coûts économiques et sociaux de toutes sortes.

QUEL EST LA CAUSE PROFONDE CETTE EVOLUTION ? C'est INCONTESTABLEMENT la politique de libre-échange mondialiste mise en oeuvre depuis trente-cinq ans par l'Organisation de Bruxelles. Personne à ce jour n'a été capable d'en donner une explication alternative en accord avec les données de l'observation (A moins que vous, Beal, ...).

(Bien sûr, il existe des facteurs aggravants complémentaires, tels qu'une immigration excessive depuis les années 1960, ou une instabilité naturelle, et d'ailleurs croissante, du système monétaire et financier mondial - et bien d'autres facteurs encore. Et si vous tenez absolument à expliquer par la prise en compte d'effets du troisième ordre, les phénomènes qui relèvent à l'évidence d'effets du premier, libre à vous ! Ne comptez toutefois pas sur moi pour vous suivre dans cette voie)

Les pays à bas salaires représentent aujourd'hui des milliards d'hommes et de femmes (contrairement à l'Irlande, qui ne représentait que quelques millions d'hommes et de femmes), et leur compétition ne peut qu'entraîner inexorablement dans les pays développés (et, tout particulièrement, en Europe) un nivellement des salaires (euphémisme, qui cache une stagnation - en réalité une baisse - des bas salaires par rapport aux coûts du logement, premier poste dans le budget de ces catégories sociales, et un accroissement considérable depuis trente ans des écarts entre ces bas salaires et les très hauts revenus) et une explosion du sous-emploi (ce qui rend désormais, en Europe, VOUS le savez PARFAITEMENT, toute croissance économique SIGNIFICATIVE impossible, sous quelque hypothèse que ce soit, à quelque horizon que ce soit).

Au regard des faits, il est totalement impossible de soutenir que la destruction des emplois, la destruction de la croissance depuis trente cinq ans sont dues au progrès technique, aux rigidités sociales, ou à une conjoncture momentanément défavorable.

Si l'on considère les délocalisations et leurs implications, c'est incontestablement un comportement insensé que de poursuivre une politique économique qui enrichit ceux qui détruisent les emplois nationaux, et qui ruine ceux qui s'obstinent à employer leurs compatriotes.

Une telle politique, à vrai dire suicidaire (et pourtant voulue par la très grande majorité de la classe politique française et européenne, de « Gauche » comme de « Droite », et au service de laquelle se met la très grande majorité de la classe médiatique française et européenne, de « Gauche » comme de « Droite », sans compter quelques « opportunistes » et « carriéristes » de tous poils...), détruit peu à peu l'économie française (et européenne) et, par ses implications de toutes sortes, mène à la destruction de notre société.

Cette évolution va inexorablement se poursuivre, à moins qu'elle ne finisse par susciter partout (en Europe) des désordres sociaux qui contraindraient à un changement radical de politique ceux là même qui veulent imposer au monde une Idéologie erronée (comme toute Idéologie !) et ses Dogmes (On peut toujours rêver... Il est toutefois bien plus probable que les tenants de l'Ordre social et de l'Ordre racial ont encore chez nous de très beaux jours devant eux, n'est-ce pas ?). »

(PS : Si j'étais Chinois, je serais bien évidemment partisan du libre échange mondial, car cela serait alors dans mon intérêt : contrairement à une idée préconçue que l'on trouve encore chez certains idéologues, l'histoire économique du monde au cours de ces trente dernières années nous a empiriquement appris que le libre échange entre des Régions très riches et des Régions très pauvres n'enrichit pas les plus riches et n'appauvrit pas les plus pauvres mais, au contraire, enrichit les plus pauvres et appauvrit les plus riches - même si l'enrichissement des plus pauvres est, peut-être, plus grand que l'appauvrissement des plus riches, rendant ainsi, suivant une expression célèbre, le bilan du libre échange mondial « globalement positif », à la plus grande satisfaction des Adorateurs du libre échange ! Lorsque les Régions sont de richesses sensiblement comparables, comme cela était initialement le cas en Europe occidentale, le libre échange aboutit à ce que la richesse des plus pauvres s'accroît simplement plus vite que la richesse des plus riches - ce qui a effectivement été initialement observé en Europe de l'Ouest avant l'entrée dans l'Union européenne des pays de l'Europe centrale, et ce qui n'est effectivement en rien choquant).

Un commentaire ? Non, sans commentaire.

PS : Néanmoins, comment résister à l'envie de vous rappelez que la confrontation de la République Populaire de Chine, premier Etat confucianiste de l'Ere moderne, et des États-Unis d'Amérique, dernier Etat judéo-christiano-musulman de l'Ère classique, provoquant un déplacement du centre de gravité du Monde de l'Atlantique vers le Pacifique, sera certainement, avec l'émergence progressive de l'Inde, l'événement majeur du vingt-et-unième siècle. La fin du travail, le réchauffement climatique et la maîtrise génétique de son évolution par l'Homme devraient constituer trois autres événements significatifs du siècle présent. Ces événements devraient avoir des conséquences très importantes sur l'histoire de l'Humanité pour les cinq prochains siècles. Ajoutons pour mémoire - évènement mineur celui-là - que la disparition, commencée au début du vingtième siècle, de l'Europe en tant que foyer de civilisation humaine sera probablement achevée vers la fin de ce siècle.

Tout le reste, Johan, fruit de notre aveuglement, est insignifiant.

NB : Si vous ne connaissez pas Maurice Allais, c'est pour une raison très simple : après son premier ouvrage de 1994 attribuant à la " mondialisation " la fin des " Trente Glorieuses ", il fut interdit de radio, de télévision et d'expression sur tous les journaux, magazines et grandes maisons de presse [seul l'obscur Éditeur Clément Juglar accepta de publier ces ouvrages contraires à la Pensée Unique, qui ne figurèrent jamais sur les présentoirs des libraires, qui furent évidement des flops totals quant aux ventes, et qui furent passés sous silence dans l'ensemble des périodiques français (Maurice Allais était Prix Nobel, tout de même !), à l'exception notable du journal " Le Monde " qui publia une critique incendiaire de « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : L'évidence empirique ». Seul le journal l'Humanité accepta de publier quelques articles de cet économiste LIBÉRAL, tout en précisant que le journal le faisait au titre de la " Liberté d'expression ", mais que les propos de Maurice Allais n'engageaient que lui, et en aucun cas le journal. Je dois avouer, qu'en temps réel, je n'ai jamais entendu parlé de ces ouvrages, même si je connaissais évidemment le nom du Prix Nobel Maurice Allais. Maurice Allais est mort le 9 octobre 2010.

-----

Bien sûr, Johan, il est clair que, lisant quelques lignes de votre " prose ", on comprend vite que vous être un idéologue " pur ", tellement extrémiste et fanatique du Libéralisme, du Libre-échangisme et de la Mondialisation " heureuse " qu'aucun FAIT, qu'aucun raisonnement [donc basé sur la RAISON et pas sur le SENTIMENT, comme l'éthymologie du terme en porte témoignage] ne saurait vous faire changer d'avis ! Soit.

Que vous avez les yeus fermés, et n'avez d'oreilles que pour les Chiens de Garde journaleux, pour qui " Même nos voisins (Espagne, Angleterre, ...) ont su engager au moins les quelques efforts minimaux qui permettront de redresser la tête (et commencent à en voir les premiers effets) " ! Dans six mois, vous reproduirez ici leurs " arguments " expliquant pourquoi ces effets ont fait long feu, à la suite de quelque nouvelle péripétie - un mauvais coup des Chinois ou des Altermondialistes, sans doute...

" Il est à craindre que la France ne soit à la traîne... " Evidememnt, l'Europe libérale se porte à Merveille depuis toujours ! Il n'y a que la France qui va de plus en plus mal, depuis les " Trente Cinq Heures "..., la FRance qui n'a jamais suivi les " Bon Elèves " de l'Europe, successivement l'Irlande, l'Angleterre, l'Espagne, l'Islande, le Portugal, la Grèce, l'Italie et, mainteant, l'Allemagne... Evidemment, comme si l'Allemagne avec un Euro-Mark à moins de 1.4 avec le dollard pouvait aller mal !

Codialement.

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PS : " la France n'est jamais et probablement ne sortira jamais de ses mauvais discours et pratiques. " Alors, mon cher Titus, sur les conseils de Johan, émigrez donc en Espagne, en Angleterre, en ... Moi, je vous conseille quand même Angleterre car, au moins, eux, moins NOC que nous, ils ne sont pas emprisonnés dans l'Euro ! Effectivement, comme les Etats-Unis dont ils font partie, ils existeront encore à la fin du siècle présent, quand tous les autres Etats de l'Union Européenne auront disparus depuis longtemps ! Et que Johan et vous continuerez à s'époumoner en coeur :

DU LIBERALISME ! DU LIBERALISME ! DU LIBERALISME ! ENCORE PLUS DE LIBERALISME !

C'EST PROUVE : IL N'Y A QUE CELA QUI MARCHE !

CE N'EST QUE PAR LE LIBERALISME QUE LA FRANCE POURRA, APRES EN ETRE MORTE, RECUSSITER !

En réponse à un message antérieur du 17 nov. 13 11:32:47 GMT+01:00
B. Ludovic dit:
Bonjour,

Je n'ai pas lu le livre de Andrew Dickson White, mais il me semble, à vous lire, qu'à aucun moment, le remboursement de la dette de la France n'est remis en question !
Les révolutionnaires, quasiment tous nantis, plus ou moins acoquinés à des banques privées, n'ont fait que trouver des palliatifs pour continuer à honorer la dette abyssale française.

Je ne remet pas an cause les conséquences désastreuse d'utiliser une "monnaie de singe" pour l'économie (bie nque cela puisse convenir à certains, voir les USA...), mais si on occulte l'entêtement à vouloir rembourser une dette créée par une monarchie désinvolte poussée par la main-mise des financiers sur l'Etat alors ce livre perd tout son intérêt.

Ensuite, la "prise" de pouvoir de Napoléon s'explique en grande partie par le désir de se "refaire" en pillant les états voisins ... pour rembourser la dette ! D'ailleurs à peine au pouvoir, ses amis banquiers lui ont demandé de créer la "Banque de France", banque privée destinée à berner les français.

La révolution de 1789 est un échec car c'est une révolution qui s'est cantonnée à prendre le pouvoir monarchique pour le mettre dans les mains des bourgeois (négociants, finannciers, notables, etc.). Sous la pression populaire il y a eu quelques avancées après 1793. Mais il n'a jamais été question de "donner" le pouvoir au peuple.

Napoléon, encore lui, est "arrivé" à point nommé afin de faire massacrer les forces vives du peuple sur les champs de bataille pour le "bien" de l'Empire...

Quant à faire le parallèle avec l'Espagne, oui les effets de la politique néolibérale, digne successeur des créateurs des assignats, commence à faire effet : chômage qui explose chez les jeunes, hôpitaux qui ferment, maladies "oubliées" qui resurgissent, explosion des inégalités, etc.
C'est ça votre projet de société idéale ?
Où compterez vous vivre quand ça explosera ? Dans un quartier derrière miradors comme en Afrique du sud ? Sur une île gardée avec Bettencourt ?...

Publié le 17 nov. 13 18:20:57 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 18 nov. 13 17:52:20 GMT+01:00
Claude 72 dit:
Bonsoir Johan,
L'histoire est un éternel recommencement , mais les évènements même s'ils se ressemblent ne se produisent pas de la même façon.
J'ai travaillé quarante deux ans dans l'industrie de mécanique de précision où j'ai pu apprendre et effectuer par la suite mon métier d'ajusteur-outilleur de 1955 à 1996 où j'ai pu bénéficier du système de départ en pré- retraite.
Ceci étant j'ai donc connu les trente glorieuses où le mot "chômage" faisait sourire.
Puis est arrivé 1973 ,le choc pétrolier qui a engendré cette crise qui perdure encore aujourd'hui.
Je n'ai pas la prétention de détenir toute la vérité en matière d'économie et de politique,(les deux étant à mon humble avis étroitement liées ).
Le gros problème c'est que de nos jours c'est le monde du "fric" qui est malade.
Personnellement je suis un européen convaincu ( l'Europe est un facteur de PAIX ) ,mais permettez -moi de vous dire Johan que je m'oppose à cette mondialisation ultra libérale qui fait l'enrichissement d'une minorité de "nantis" au détriment du monde du travail (toutes professions confondues) pour moi un patron de PME qui gère sa société doit être inséré au monde du travail.
Pour argumenter mes convictions , lorsque l'on voit ces centaines d'entreprises avec leur "savoir faire" très rentables économiquement que les politiques (toutes tendances confondues) ont laissées partir pour fabriquer les mêmes produits dans certains pays où des enfants de dix ans travaillent dans des conditions lamentables.
Alors OUI!à une mondialisation de la coopération et du progrès et NON! à une mondialisation libérale qui ne fait qu'élargir le fossé entre les plus nantis et les plus pauvres.
Telle est ma façon de voir.
Ceci étant Johan , même si mon analyse n'est pas rigoureusement semblable à la vôtre,
je vous félicite pour cet article qui est en quelque sorte un rappel historique ,que l'on ne peut contester et je vous donne un VU bien sur pour votre travail de recherche que vous avez su mettre dans ce commentaire.
Bien cordialement.
Claude72
Désolé mon vote ( VU ) n'a pas été pris en compte
Ce matin ô miracle le VU a été comptabilisé , même si l'on ne cautionne pas tout, ce travail de recherche est un bon travail et "amazon a su le reconnaitre.

En réponse à un message antérieur du 17 nov. 13 18:55:34 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 17 nov. 13 19:13:28 GMT+01:00
L. Robert,

Je vois que vous êtes venu réagir à 11 de mes commentaires d’un coup (réactions que je n’ai pas encore eu le temps de lire pour l’instant à part celle-ci). Quelle passion j’ai donc déclenché en vous ! Et merci pour toutes ces généreuses « mauvaises notes » que vous vous êtes senti le devoir de m’attribuer par la même occasion… Mais l’important est que j’ais permis à toute votre haine de s’extérioriser et d’ainsi faire que vous vous sentiez beaucoup mieux. En ce sens, mes commentaires sembleraient donc pas si inutiles (puisque c’est de cela qu’il s’agit lorsque vous cliquez sur « Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? »). Ils permettent au moins de susciter les passions.
Et vous avez voulu exprimer clairement l’outrage ainsi occasionné par quelqu’un qui OSE penser autrement que ce que VOUS pensez (preuve d’une très grande ouverture d’esprit !). Il fallait donc me sanctionner et me reprendre de toute urgence, me dénoncer, ainsi que dénoncer tout ce que je peux représenter à vos yeux (c’est trop d’honneur ! Je ne fais qu’exprimer quelques idées personnelles, à mon niveau très modeste et en toute indépendance, fruit de mes lectures certes inconvenantes, mais vers lesquelles ma liberté de conscience me mène).

« Comment OSEZ-VOUS… », dîtes-vous donc. Pardon, donc, si je me permets de développer des idées qui vont à l’encontre des vôtres. Et quelle honte d’oser aller à l’encontre de ce que ce grand Maurice Allais, prix Nobel d’Economie, tout de même ! a pu affirmer.
Vous suggérez d’ailleurs que je ne puis en aucun cas avoir lu, ni connaître Maurice Allais, puisque je suis forcément ignare.
Sachez, même si cela vous contrariera certainement, que j’ai lu (intégralement, il va sans dire) au moins deux ouvrages de votre idole, et même assisté à l’une de ses conférences. Ce qui ne m’offre aucune médaille de vertu, on peut le constater avec dépit.

Mais, loin de m’en laisser conter, je vais tenter de répondre, point par point, à vos remarques, car contrairement à vous, je les prends avec respect et considération, car ne prétends nullement détenir de quelconques vérités et reste donc humble et tout à fait serein. En cela, oui, votre réaction est « utile », en ce qu’elle engage ce qu’on appelle le « débat », l’un des aspects les plus intéressants de nos démocraties (mais peut-être n’êtes-vous pas très « démocrate » ?).

1- Maurice Allais, donc, disiez-vous… Le prix Nobel, obtenu pour récompenser certains de ses travaux (bien délimités, je le rappelle, puisqu'un prix Nobel d'Economie sanctionne des travaux sur un élément particulier étudié par son auteur, élément particulier qu'il se trouve que je connais d'ailleurs assez bien pour l'avoir étudié dans le cadre de mes études passées), attribue-t-il un certificat de vertu à son bénéficiaire ? En fait-il, du jour au lendemain, quelqu’un d’omniscient ?
Et, si oui, comment expliquer que de nombreux Nobels aient des pensées aussi opposées ?
Comment expliquer aussi, puisque vous exécrez les libéraux, que des économistes libéraux aient obtenu le Nobel (et ils sont nombreux !) ? Une erreur, sans doute ? Ou une injustice, un scandale, peut-être ?

2- Vous jugez opportun de souligner (tout en majuscule) à quel point il est une évidence incontestable que la mondialisation est à l’origine de tous les maux. Soit. Mais alors, tous ceux qui prétendent le contraire, argumentation à l’appui (et éventuellement prix Nobel eux aussi, dans certains cas) seraient des imbéciles ?
Et tous les maux du monde n’auraient qu’une seule source, imparable ; la mondialisation, vous dis-je… ?
Et Maurice Allais lui-même, dans ses dernières années, ne s’est-il pas laissé aller à quelques excès de suffisance (en parlant notamment « d’évidence », ce qui est quelque peu présomptueux) ? Mais il ne serait pas le premier… ni le dernier.

3- Si l’on prend maintenant votre texte de Maurice Allais (dont je n’ai pas très bien compris qui l’a plagié), vous (ou Maurice Allais) faites état d’une destruction des emplois, de l’industrie et de la croissance. Soit. Mais pourquoi la mondialisation, ou la politique européenne en la matière, en serait-elle l’unique responsable ? Puisque cela vous arrange ?
Ce texte mêle d’ailleurs constats et raccourcis éloquents vers l’unique responsable (ce qui ressemble davantage à un point de vue qu’à une véritable démonstration).
D’autre part, il omet d’observer les différences entre pays.
L’état actuel de la France, par exemple, serait-il donc dû à vos deux grands ennemis : le libre-échange et le libéralisme ? Certes bien commode, mais un peu simpliste. Et d’autant plus simpliste qu’on ne peut vraiment pas affirmer sans rire que nous nageons dans le libéralisme en France, que ce soit en 2013 ou avec les gouvernements précédents, qu’ils soient de droite ou de gauche. Ou alors vous ne savez tout simplement pas ce qu’est le libéralisme (à part quelque chose de « pas bien »). Mais de cela on ne peut vous en vouloir, car peu de monde s’y intéresse vraiment et serait capable d’être juste en en parlant, par simple ignorance (et sans que je prétende là que ce soit le Graal).

4- Toujours cette litanie sur « les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ». Désolé, mais ce n’est que récitation. Et vous feriez honte à Maurice Allais avec de telles idées reçues véhiculées avec une telle facilité (et un semblant d’humanisme). A moins que ce ne soit de lui-même… ?

5- Plus grave, vous en venez à caricaturer les « mondialistes » (terme jeté en pâture), en les assimilant à des êtres primaires qui seraient prêts à toutes les compromissions (délocalisations, bas salaires, …), du moment que l’on offrirait au peuple des prix bas dans les hypermarchés. Et qui ne mesureraient donc pas toutes les conséquences de leurs actes (qui sont d’ailleurs ceux des acteurs de l’Economie et de personne d’autre).
A l’inverse, vous préconisez la fermeture des frontières… Essayez seulement, et vous verrez les effets qui s’en suivront. Avec les formules simples, on a parfois de bien mauvaises surprises… (peut-être, aussi, pourrions-nous prendre en modèle la Corée du Nord, entre autres, pourquoi pas ? Très peu pour moi, en tous les cas).

6- Même assimilation, ensuite, entre pauvreté, insécurité, instabilité dans les banlieues et mondialisation. Pas un peu simpliste, quand même ?... Vous paraissez bien sûr de vous-même cher monsieur, donneur de leçons.
Et je vous fais remarquer au passage que l’on pourrait tout à fait reprendre l’ensemble de votre texte et remplacer mondialisme par ce qu’on veut, en y retrouvant la même cohérence. Exemples : protectionnisme, socialisme, communisme, politiques « de droite » , ou je ne sais quoi d’autre. C’est donc un article bien présomptueux (et je ne m’appelle pas « Beal »).

7- Vous trouvez ensuite d’autres coupables, comme si le libre-échange ne suffisait pas…
Ainsi, un grand classique ressurgit : ce serait la faute à l’immigration, ou au système monétaire et financier, « et bien d’autres choses encore »… jusqu’à évoquer des « effets du troisième ordre », bien mystérieux. Cherchons des coupables, la Révolution est en marche !...

8- Coupable suivant : les « pays à bas salaires », dont vous craignez terriblement qu’ils ne nous causent beaucoup de tort (laissons-les mourir, c’est leur problème ; ce n'est pas moi qui dit, bien évidemment, je précise). Terriblement simpliste, et surtout extrêmement pessimiste. En effet, je ne partage en rien vos idées bien sombres. On sait depuis longtemps que le commerce n’est pas un jeu à somme nulle.

9- Vous continuez ensuite avec des affirmations bien péremptoires, appuyées soi-disant sur « les faits » (qui ne sont que ceux que votre pessimisme ambiant vous conduit à sélectionner) et des certitudes du type « il est totalement impossible de soutenir que ». Peut-être… si l’on se conforme à votre schéma de pensée (mais vous avez beaucoup de mal à admettre qu’il puisse en exister d’autres).
Et qui dit que le progrès technique serait durablement « destructeur » (d’emplois et de croissance) ? Pas Maurice Allais, en tous les cas, qui connaissait bien la pensée de Joseph Schumpeter…
Et la conjoncture ? Qu’est-ce que la conjoncture ? Le fruit des politiques engagées par les Etats, entre autres… Et ce sont bien les politiques eux-mêmes qui se réfugient derrière ce faible argument. Pas grand monde à part eux, si ? (oui, les journalistes, bien sûr, quelques économistes en mal de reconnaissance, …).

10- Donc, les désordres finiraient pas mener à un changement de politique salvateur… mais êtes-vous sûr qu’il irait dans le sens de vos idées ? Prudence. Il n’est pas certain qu’il faille souhaiter une nouvelle révolution. Vous risqueriez d’avoir de bien mauvaises surprises…

11- Gare, ensuite, à ne pas tomber dans la nostalgie du passé. C’était toujours mieux avant…
Le monde a changé et vous ne pouvez raisonner avec les schémas passés. Et ce que « l’histoire économique du monde nous a empiriquement appris » est tributaire de l’interprétation que vous en donnez. Il n’y a pas unanimité en la matière. Prudence, donc !
Et n’admettre aucun commentaire (« Un commentaire ? Non, sans commentaire ») est faire preuve d’une suffisance effrayante, que je me garderais bien d’avoir pour ma part. Et cela rejoint le début de cette intervention, où je notais que vous ne supportiez pas les idées « adverses » aux vôtres et le débat.

12- Quelle présomption, ensuite, ou quels dons de visionnaire, en anticipant le passage de la Chine au stade de nouveau « centre de gravité du monde » et autres « événements significatifs ». Rien n’est fait encore.
Quant à mon « aveuglement », c’est trop d’honneur encore, puisque je ne représente que moi-même et me limite à quelques modestes commentaires d’ouvrages dans lesquels je résume, pour l’essentiel, la pensée de leur auteur. Je n’entends donner aucune leçon aux autres (ce qui n’est pas votre cas) et ne prétends détenir aucune « vérité » (contrairement à ce que vous OSEZ faire). Mon soi-disant « aveuglement » n’a donc probablement d’égal que le vôtre (c’est du moins ce que pourrait penser, par exemple, une tierce personne qui défendrait encore un autre point de vue que le vôtre ou le mien ; laquelle aurait raison ? Vous, bien sûr, j’imagine).

13- « L’interdiction de radio, de télévision et d’expression » de Maurice Allais… jamais entendu parler. Encore une posture ? Ou un fantasme à la mode (à l’image d’un Jean-Marie Le Pen, qui avait souvent l’occasion de dire et répéter, dans les médias, des choses de nature identique). Va pour les médias qui invitent toujours un peu les mêmes présumés « experts » et autres bien-pensants, mais de là à prétendre qu’il était « interdit de… », il me semble que vous exagérez !

14- Et pour finir, le meilleur : Je suis donc, bien sûr, un « idéologue », doublé d’un « extrémiste » (je n’OSE imaginer, quant à ce dernier qualificatif, ce que certains lecteurs de cette page pourraient penser de vous et vos propos si tempérés en les lisant…).
Et votre propre prose, elle, si assurée et pleine de certitudes ne saurait faire de vous un
idéologue du même acabit, bien sûr… Laissez-moi rire ! Et, bien entendu, vous avec votre grande ouverture d’esprit (et surtout vos très fortes certitudes, bien supérieures aux miennes puisque cela est exprimé de manière non équivoque), seriez bien davantage susceptible de « changer d’avis ». J’en reste pantois… et surtout dubitatif.
Mais rassurons-nous ; votre raisonnement à vous, tellement scientifique et « empirique », montre que vous êtes, vous, un « être de raison » et « de sentiment ». Vu ainsi, on n’a plus besoin de vous envoyer des fleurs. Vous vous en chargez très bien seul.

15- Ah, une dernière chose : où avez-vous vu que l’Europe serait « libérale » ? Dans vos meilleurs fantasmes, sans doute ? (et ils ont l’air bien ,nombreux).

Bref, ce n’est pas en pratiquant l’insulte à peine voilée que l’on va bien loin.
Pour mieux asseoir vos arguments, vous êtes prêt à tout pour caricaturer l’autre, le diaboliser selon vos propres modes de pensée (très fermés, ne vous en déplaise). Votre longue intervention n’est malheureusement assise sur aucun « fait empirique » ou affirmation incontestable. Elle se voudrait, peut-être scientifique ; elle n'est qu'affirmations (hostiles) gratuites.
Au moins, je ne me prétends pas donneur de leçon. Et c’est là que vous vous égarez totalement.
Mais le plus triste, et de loin, c’est que vous ne SUPPORTEZ PAS ceux qui pensent autrement que vous. Votre manque de tolérance me semble bien regrettable. Mais ainsi êtes-vous fait et il apparaît évident que vous n’entendez pas changer, cette posture étant certainement pour vous très confortable. Et il est bien paradoxal que vous croyiez voir en les autres ce qui semble malheureusement vous caractériser au premier chef (et je le dis, pour ce qui me concerne, sans aucune haine, ni colère).

En réponse à un message antérieur du 17 nov. 13 19:36:27 GMT+01:00
Bonjour B. Ludovic,

Merci pour votre réaction plus courtoise que votre prédécesseur immédiat.
Je comprends votre colère et partage certains points de votre intervention.
En revanche, je ne comprends pas l'idée de "l'entêtement à vouloir rembourser une dette créée par une monarchie désinvolte". Il me semble que lorsqu'on est bien heureux de pouvoir emprunter de l'argent pour faire fonctionner ses projets (pour un particulier) ou son Economie (pour un Etat), la moindre des choses est de rembourser (ce à quoi on s'engage au départ, par contrat).
Ensuite, que certains aient fait de mauvais choix, emprunté pour de mauvaises raisons ou autres considérations, cela ne regarde pas les prêteurs.
Le prêteur, dans certains cas, peut d'ailleurs éventuellement être vous ou moi (rappelons-nous, par exemple de ce fameux emprunt russe, qui a occasionné la ruine de tant de gens modestes). Sous quel prétexte ne vous rembourserait-on pas ce qu'on vous doit ?
Et surtout, vous savez bien que c'est la signature de la France qui est engagée lorsqu'elle emprunte. Que se passera-t-il si on ne rembourse pas ? Les prêteurs accepteront-ils encore de vous prêter ? Pas si sûr.

Ensuite, je ne puis être d'accord, bien sûr, avec l'idée que la politique dite "néolibérale" soit le "digne successeur des créateurs des assignats". Par nature, c'est absolument incompatible, car justement opposé.

Enfin, où voyez-vous que je parle de "Cité idéale" ? Vous avez dû confondre avec Platon... (et, si vous connaissez le détail de ce qu'il suggère, très peu pour moi).
Quant à votre dernière question, désolé, mais pas plus que vous peut-être je n'ai les moyens d'aller vivre ailleurs quand "cela explosera". Je serai aussi victime de vous des événements, je les subirai avec la même force.

En réponse à un message antérieur du 17 nov. 13 21:16:03 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 17 nov. 13 21:17:16 GMT+01:00
Bonsoir Claude,
Merci pour votre réaction tempérée et où je retrouve bien votre ouverture d'esprit, qui ne vous empêche nullement d'avoir vos idées propres tout en respectant celle des autres, même si vous n'y adhérez pas.
Vous m'avez toujours fait l'honneur de venir lire mes commentaires et faire partager vos propres expériences, allant même jusqu'à partager certaines lectures communes, pour lesquelles vous avez fait valoir votre point de vue.
Un état d'esprit fort appréciable.

Sur le présent sujet, lorsque vous dites "OUI!à une mondialisation de la coopération et du progrès et NON! à une mondialisation libérale qui ne fait qu'élargir le fossé entre les plus nantis et les plus pauvres", comment peut-on établir la distinction entre les deux ? Où s'arrête ce qui relèverait de la coopération et du progrès et ce qui, à l'inverse, proviendrait du libéralisme ? Ce qui est bon d'un côté et ce qui est mal de l'autre ? Ne croyez-vous pas que c'est un peu trop tranché ? (et qu'est-ce qui pourrait laisser penser que quelqu'un comme moi, par exemple, souhaiterait ou approuverait ou serait, plus simplement, indifférent à "l'élargissement du fossé entre les plus nantis et les plus pauvres", que vous évoquez ? Si vous me connaissez un peu, à travers les courts échanges que nous avons déjà eus, vous savez bien qu'il n'en est rien).

Mais peu importe. J'apprécie votre spontanéité et votre reconnaissance du travail effectué, quoi qu'il vaille (et c'est un vrai travail, vous le savez d'autant mieux que vous ne déméritez pas en la matière, loin de là).

Bien cordialement.
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Johan Rivalland
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