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Ce commentaire fait référence à cette édition : Bartleby le scribe (Poche)
La célèbre nouvelle d'Herman Melville saisit par son incongruité. On reste un peu perplexe, voire abasourdi, ne sachant pas très bien ce que l'auteur a voulu nous dire, ce qu'il a cherché à dépeindre, si tout cela a un sens. C'est peut-être précisément ce qui fait la force de la nouvelle et explique son succès. Les niveaux de lecture sont multiples, chacun peut donner un sens à l'histoire et au personnage, ou bien encore accepter l'absurde, accepter que certaines choses, surtout lorsqu'il s'agit de choses humaines, échappent à toute logique.Parmi les multiples débats et interprétations de l'œuvre, il est tentant d'y voir une satire de Wall Street, une critique du monde du travail (surtout aujourd'hui) ; pourtant nul discours social ou politique est vraiment présent dans le récit. En revanche, on peut y trouver, comme dans d'autres œuvres de Melville, la question centrale de l'autorité. Il est proprement fascinant de voir comment la passivité de Bartleby, son calme tranquille, désarme et fait céder l'autorité. Mais Bartleby n'a rien d'un rebelle. Loin de lui toute révolte ou opposition. "Il préfèrerait pas", c'est tout... Tout comme le narrateur, on passe par différents sentiments au fil de la lecture, de la stupeur à l'agacement en passant par la compassion. Si l'originalité du personnage séduit dans la première partie, très vite on assiste à une montée dramatique, inexorable, sans issue, que la fin tragique vient confirmer. En s'isolant, en se marginalisant à ce point, en sortant des règles sociales établies, Bartleby finit par se priver de toute relation. Et l'absence de relation mène à la mort. Si elle n'est pas mise au service d'un combat, d'une cause, d'une conviction, ce que l'on pourrait interpréter comme une formidable résistance non violente se révèle en réalité mortifère. La parabole de Melville - si s'en est une - est loin d'être un hymne chimérique à l'oisiveté, comme on pourrait le croire un instant au début. Elle tente peut-être de démontrer au contraire que l'on ne peut pas vivre en pur esprit, que l'épanouissement de l'homme passe par le travail, par un certain effort, voire par de nécessaires compromis et renoncements entre le rêve et la réalité ; et surtout il passe par la capacité de dire oui, d'accueillir, d'échanger avec ses semblables et donc de s'y confronter dans l'arène sociale. Une mention spéciale pour le style de Melville, et l'excellente traduction de Pierre Leyris, qui soutiennent magnifiquement la tension narrative. Ainsi que pour l'édition FolioPlus Classique et le très utile et intéressant dossier d'Olivier Rocheteau. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
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