Un livre navrant bien au contraire par son orientation politique manifeste et sa lecture parfois négationniste !
Normal quand le livre est post-facé par le directeur de l'Institut d'Action Française, institut de formation politique , œuvrant " inlassablement, en ces temps de démission nationale, à la formation d'une élite militant sans relâche pour le maintien de la souveraineté de la France et de ses traditions chrétiennes face à toutes les sirènes du mercantilisme européiste et mondialiste... ". On ne peut pas mieux faire comme confusion des genres.
Normal venant d'un auteur ayant fait l'apologie (c'est mon regard subjectif, donc sujet à caution) du saint cardinal Bellarmin, présenté comme "protecteur" du savant italien (une vision un peu angéliste).
Je ne sais si le précédent lecteur s'est penché sur le cas Galilée à travers ce seul ouvrage... ou s'il n'est pas lui-même l'auteur ou l'éditeur de l'ouvrage : personnellement j'ai passé (et continue d'y passer) plusieurs années de ma vie sur l'étude de cette "affaire", complexe en effet. Le recoupement d'informations, qu'elles viennent des écrits de Galilée même (le Sidereus Nuncius, les Dialogues, les lettres coperniciennes), les recherches d'Alexandre Koyré (les Etudes Galiléennes sont un minimum), Stillmann Drake (l'ouvrage chez Acte Sud est accessible et excellent), Ludovico Geymonat (toujours dispo chez certains bouquinistes), Fabien Chareix (une étude d'histoire des sciences pure), les Opere traduits en italien et en anglais, les minutes du procès elles-mêmes, les publications du collège de réflexion de l'Eglise (les différents écrits de Poupard notamment et le Studi Galileiani de 1983), révèlent effectivement moins une opposition entre science et foi qu'entre savoir antique et expériences nouvelles, entre libre exploration du monde et enfermement dogmatique dans un modèle aristotélicien et thomiste (des "gros mots" que, j'ose le croire, comprend le précédent lecteur).
Galilée était bien un personnage ambivalent, à la fois génial et arrogant, téméraire et intriguant, désintéressé et cupide, ce qui fait son grand intérêt, au delà de sa contribution intellectuelle.
Pour autant, placer cette affaire sur le registre de la "non preuve" scientifique apportée par Galilée au procès est un non sens ! C'est penser en homme du XXI° siècle et non en philosophe de la nature du XVII°, aux pensées subordonnées à l' Ordre du Monde d'Aristote ! Galilée n'a pas été condamné parce qu'il s'était placé sur le terrain de la Théologie comme l'affirme l'ouvrage, mais parce que ses délateurs et juges l'y ont placé (lire attentivement la Lettre à Christine de Lorraine écrite d'après un échange de Galilée avec le Père Castelli). Il ne faut pas inverser les choses !
C'est également faire "pudiquement" abstraction des jeux de pouvoirs au moment de la Contre-Réforme catholique face au Protestantisme: une Eglise qui veut que son autorité ne soit pas baffouée. Transition subtile, défendre l'Eglise en avançant les théories d'un protestant est un grand écart qui me surprend ! Tenter de jeter le discrédit sur Galilée parce qu'il n'adhère pas à la théorie des marées de Kepler, dès lors qu'il a développé la sienne, est un peu facile, vu d'où nous sommes: nous connaissons la réponse... eux-deux émettaient des hypothèses audacieuses pour l'époque ! Et la cinématique de Galilée était démonstrativement logique. Les intuitions de Kepler, bien que justes, n'étaient fondées sur aucune physique. Etrange inversion des arguments, quatre siècles après le fameux procès...
Ce que j'aime dans l'étude historique, c'est lorsqu'elle tente de démystifier les choses pour tenter d'approcher les faits. Reconnaissant une certaine sympathie pour le bonhomme, je n'en cherche pas moins à être critique par rapport à l'image effectivement positiviste qu'on en a trop souvent. Pour autant, je ne peux accepter que, sous couvert de dresser ce même portrait critique, on en vienne à dénaturer un fait pour le transformer en nouvelle idéologie: pour caricaturer, une Eglise qui serait plus scientifique que le fondateur de la science lui-même ! Faut-il le rappeler, en tant qu'Institution et communauté de pouvoir, l'Eglise n'a pas protégé Galilée ! Il ne faut pas porter la vertu de quelques ecclésiastiques éclairés (Castelli, Mersennes, Clavius, Piccolomini) à toute la communauté, comme il n'est pas sage de jeter l'opprobe sur toute une communauté religieuse à cause d'individus fondamentalistes.
Ce livre aura au moins une vertu: montrer que la liberté de penser n'est jamais acquise et que le vrai philosophe se doit toujours de peser les arguments d'adversaires réactionnaires ou dogmatiques (petit clin d'oeil à "L'essayeur" écrit par Galilée, en réponse à "La Balance Astronomique").
La vérité sur l'affaire Galilée
