7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
Un livre qu'on ne quitte pas, 3 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Croire et détruire: Les intellectuels dans la machine de guerre SS (Broché)
Dans l'une des dernières pages de son livre, après évoir évoqué l'après-guerre des intellectuels dont il a suivi la trace tout au long de "Croire et détruire", Christian Ingrao écrit "Né de la mort du IIIème Reich, le renouveau de la démocratie n'impliquait-il pas l'occultation de la mémoire de l'angoisse, au prix de l'incompréhension d'un nazisme qui, dès 1945-1949, était déjà un objet d'histoire". "Croire et détruire", très précisément, résulte d'une démarche qui cherche à comprendre, analyser et expliquer les mécanismes à la base de l'engagement d'un groupe d'intellectuels et d'universitaires qui vont adhérer au nazisme, à la SS puis intégrer le RSHA, l'office central de la sécurité de l'état nazi, et le grand ordonnateur de la destruction des juifs en Europe. Le livre de Christian Ingrao montre, dans une démarche rigoureuse, implacable mais passionnante, comment ces hommes, enfants au cours de la 1ère Guerre Mondiale, ont vécu une jeunesse tenaillée par l'idée qu'un "monde d'ennemis" entoure l'Allemagne, et veut sa disparition. Cette crainte de la perte d'identité, de la destruction du peuple allemand, Christian Ingrao la tient pour le moteur essentiel de l'engagement vers les thèses volkisch des hommes dont il suit le parcours. Le parti nazi, à un moment, va fédérer tous ces activistes volkisch qui se sont engagés, au travers de différentes organisations, pour venir notamment en aide aux européens de souche allemande vivant hors des frontières de la république de Weimar. Il y ajoute un élément déterminant, que Christian Ingrao appelle le "nordicisme", et qui est le fondement raciste de la vision du monde nazi. Christian Ingrao démonte alors, pas à pas, les étapes de l'adhésion des intellectuels à la doctrine nazi (il utilise des termes extrêmement fort, que l'on n'accole généralement pas au nazisme, et parle notamment de ferveur, d'utopie, pour certaines actions d'humanitarisme), puis de leur intégration aux services du nouveau régime. Plus tard, ces juristes, économistes, sociologues, vont être amenés à quitter les bureaux de l'administration centrale berlinoise pour diriger, après l'invasion de l'URSS, les groupes d'intervention qui vont assassiner, par dizaines de milliers, les hommes juifs, puis leurs femmes et leurs enfants. Christian Ingrao, à travers les faits, les écrits, les interrogatoires de Nuremberg, explique pourquoi et comment ces hommes vont mettre en oeuvre les ordres du génocide, comment ils vont le vivre, y faire face, l'expliquer à leurs troupes puis, face à leurs juges, le justifier. Cette partie du livre est éprouvante, mais c'est personnellement la première fois que je lis une analyse de faits pour lesquels, jusqu'à présent, les commentaires moralisateurs et horrifiés tenaient lieu d'explication. L'absence de recours à toutes les explications habituelles, telle que le fanatisme, la maladie mentale, la soif de réussite, quel qu'en soit le prix, est un des aspects les plus frappant de ce livre, qui peut surprendre certains lecteurs. Cette volonté de creuser profond était déjà évidente dans le livre précédent de C. Ingrao, "les chasseurs noirs", mais elle prend ici une tout autre ampleur car elle concerne non plus une unité isolée, atypique dans sa constitution et son commandement, mais le coeur de la machinerie nationale-socialiste, les services dans lesquels des personnes éduquées, intelligentes, humaines en fait, élaborent consciemment des plans visant à rayer de la surface de la terre des dizaines de millions d'individus -outre les juifs, le RSHA envisage la disparition de plus de 20 millions de personnes à l'Est- puis, sur le terrain, s'impliquent directement dans la mise en oeuvre de ces plans. Les spécialistes du sujet seront en mesure de juger utilement de la pertinence de la thèse développée dans cet ouvrage, et d'en mesurer l'apport réel. Pour ce qui me concerne, "Croire et détruire" constitue un document saisissant, un voyage d'une force extraordinaire aux confins d'une guerre inhumaine menée par des hommes qui, tous, ont été convaincus d'agir pour un idéal, et pour ce qui leur paraissait être le "bien". Il m'a accompagné pendant plusieurs semaines durant lesquelles j'ai saisi tous les instants disponibles pour me plonger avec passion dans sa lecture.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
Croire et détruire: Les intellectuels dans la machine de guerre SS 2818501687
Christian Ingrao
Fayard/Pluriel
Croire et détruire: Les intellectuels dans la machine de guerre SS
Bienvenue
Un livre qu'on ne quitte pas
Dans l'une des dernières pages de son livre, après évoir évoqué l'après-guerre des intellectuels dont il a suivi la trace tout au long de "Croire et détruire", Christian Ingrao écrit "Né de la mort du IIIème Reich, le renouveau de la démocratie n'impliquait-il pas l'occultation de la mémoire de l'angoisse, au prix de l'incompréhension d'un nazisme qui, dès 1945-1949, était déjà un objet d'histoire".
"Croire et détruire", très précisément, résulte d'une démarche qui cherche à comprendre, analyser et expliquer les mécanismes à la base de l'engagement d'un groupe d'intellectuels et d'universitaires qui vont adhérer au nazisme, à la SS puis intégrer le RSHA, l'office central de la sécurité de l'état nazi, et le grand ordonnateur de la destruction des juifs en Europe. Le livre de Christian Ingrao montre, dans une démarche rigoureuse, implacable mais passionnante, comment ces hommes, enfants au cours de la 1ère Guerre Mondiale, ont vécu une jeunesse tenaillée par l'idée qu'un "monde d'ennemis" entoure l'Allemagne, et veut sa disparition. Cette crainte de la perte d'identité, de la destruction du peuple allemand, Christian Ingrao la tient pour le moteur essentiel de l'engagement vers les thèses volkisch des hommes dont il suit le parcours.
Le parti nazi, à un moment, va fédérer tous ces activistes volkisch qui se sont engagés, au travers de différentes organisations, pour venir notamment en aide aux européens de souche allemande vivant hors des frontières de la république de Weimar. Il y ajoute un élément déterminant, que Christian Ingrao appelle le "nordicisme", et qui est le fondement raciste de la vision du monde nazi. Christian Ingrao démonte alors, pas à pas, les étapes de l'adhésion des intellectuels à la doctrine nazi (il utilise des termes extrêmement fort, que l'on n'accole généralement pas au nazisme, et parle notamment de ferveur, d'utopie, pour certaines actions d'humanitarisme), puis de leur intégration aux services du nouveau régime.
Plus tard, ces juristes, économistes, sociologues, vont être amenés à quitter les bureaux de l'administration centrale berlinoise pour diriger, après l'invasion de l'URSS, les groupes d'intervention qui vont assassiner, par dizaines de milliers, les hommes juifs, puis leurs femmes et leurs enfants. Christian Ingrao, à travers les faits, les écrits, les interrogatoires de Nuremberg, explique pourquoi et comment ces hommes vont mettre en oeuvre les ordres du génocide, comment ils vont le vivre, y faire face, l'expliquer à leurs troupes puis, face à leurs juges, le justifier. Cette partie du livre est éprouvante, mais c'est personnellement la première fois que je lis une analyse de faits pour lesquels, jusqu'à présent, les commentaires moralisateurs et horrifiés tenaient lieu d'explication. L'absence de recours à toutes les explications habituelles, telle que le fanatisme, la maladie mentale, la soif de réussite, quel qu'en soit le prix, est un des aspects les plus frappant de ce livre, qui peut surprendre certains lecteurs. Cette volonté de creuser profond était déjà évidente dans le livre précédent de C. Ingrao, "les chasseurs noirs", mais elle prend ici une tout autre ampleur car elle concerne non plus une unité isolée, atypique dans sa constitution et son commandement, mais le coeur de la machinerie nationale-socialiste, les services dans lesquels des personnes éduquées, intelligentes, humaines en fait, élaborent consciemment des plans visant à rayer de la surface de la terre des dizaines de millions d'individus -outre les juifs, le RSHA envisage la disparition de plus de 20 millions de personnes à l'Est- puis, sur le terrain, s'impliquent directement dans la mise en oeuvre de ces plans.
Les spécialistes du sujet seront en mesure de juger utilement de la pertinence de la thèse développée dans cet ouvrage, et d'en mesurer l'apport réel. Pour ce qui me concerne, "Croire et détruire" constitue un document saisissant, un voyage d'une force extraordinaire aux confins d'une guerre inhumaine menée par des hommes qui, tous, ont été convaincus d'agir pour un idéal, et pour ce qui leur paraissait être le "bien". Il m'a accompagné pendant plusieurs semaines durant lesquelles j'ai saisi tous les instants disponibles pour me plonger avec passion dans sa lecture.
Wik
3 janvier 2012
- Général:
5

|
Détails de l'évaluation
Lieu : France
Classement des meilleurs critiques: 3.994
|