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5.0 étoiles sur 5 Le berceau de la contre-culture, 24 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Midi-Minuit Fantastique - l'Intégrale, Vol. 1 (Relié)
Attention : Voici un monument historique !
La revue "Midi-Minuit Fantastique", qui tire son nom d'un Cinéma de Quartier parisien spécialisé dans la diffusion des films de "série B", s'impose aujourd'hui comme le berceau d'une presse à part, une presse cinématographique "autre", spécialisée dans une forme de cinéma longtemps, trop longtemps méprisée par l'intelligentsia, qui considérait que les films fantastiques, les films de science-fiction et autres films d'horreur ne méritaient par leur place dans l'Histoire du cinéma.
Soit la naissance -au sein de la presse- de la contre-culture, dont toutes les formes actuelles de diffusion, des fanzines aux blogs contemporains spécialisés dans le cinéma fantastique, les bandes dessinées et les comics, sont les descendants !

Sur Wikipedia, on peut lire que "le Cinéma bis est une expression cinéphilique désignant des films réalisés pour reprendre des recettes déjà éprouvées, mais tournés avec des moyens réduits et destinés au public populaire. Le Cinéma Bis désigne généralement un cinéma de genre : l’expression recouvre l’ensemble de la série B et de la série Z, mais également le cinéma d’exploitation et plus généralement les films destinés naguère au circuit des salles de quartier".
Et plus loin on apprend que "l’émergence de la notion du "Bis" est liée à une volonté de réhabiliter des films, des cinéastes oubliés. Cela passe d’abord par le retour de genres méprisés et considérés comme décadents, voire éteints : le Fantastique, l’Érotisme…".
Ainsi, lire ce premier recueil de l'anthologie "Midi-Minuit Fantastique", c'est découvrir le berceau d'une presse qui s'est lancée à la conquête d'un royaume à priori imprenable : Celui de la culture populaire, dimension si méprisée par les cinéphiles intellectuels de ce début des années 60.

Dès les première pages de ce premier tome (il y en aura quatre en tout), le constat est édifiant : Dans le N°1 de la revue, presque entièrement consacré au réalisateur Terence Fisher (le réalisateur principal des films de la Hammer), les rédacteurs de "Midi-Minuit Fantastique" citent les articles des revues cinéphiles spécialisée (comme les "Cahiers du cinéma" ou "Positif") et dressent le constat suivant : Terence Fisher et ses collaborateurs sont considérés comme la lie du cinéma. Des tâcherons racoleurs qui se complaisent dans une décadence thématique en pratiquant une débauche d'hémoglobine vulgaire et un érotisme honteux. Soit tout ce que recherchent les amateurs de ce type de cinéma, pour lesquels Fisher s'imposait alors comme une figure de proue !
Les rédacteurs vont ainsi se lancer dans une série d'articles héroïques, visant à réhabiliter l'auteur de Frankenstein s'est échappé ! et Le Cauchemar de Dracula, démontrant point par point toute la poésie et toutes les innovations conceptuelles d'un auteur majeur incompris des élites intellectuelles contemporaines, qui réalisait de belles images en technicolor pour exprimer une horreur diffuse, d'où une exceptionnelle propension à la métaphore, où le Vampire cachait à peine le riche aristocrate qui soumet le pauvre en son pouvoir, où le Monstre, parfois dissimulé sous les traits d'un être à l'apparence tout à fait commune, devenait l'incarnation de l'interdit libertinage, avec un refus absolu du romantisme à l'eau de rose (toute histoire d'amour finissant très mal !). Une manière de révéler les tréfonds de l'âme humaine sous le vernis d'une séduction des plus vénéneuses !

Mais le fait est que la plume des auteurs de "Midi-Minuit Fantastique" n'est pas de l'ordre du minable préadolescent en manque de sensations érotico-morbides. Les textes sont extrêmement bien troussés, richement documentés, avec un sens aigu lorsqu'il s'agit de repérer les multiples nivaux de lectures qui se dissimulent derrière le plus anodin des films de série B. Les rédacteurs de la revue font montre d'une verve de haute volée, pénétrante, pleine d'esprit et de poésie. Et bien que certains articles souffrent d'une évidente inexpérience en matière d'écriture (surtout au début), les rédacteurs se démènent afin que chaque article devienne un "mini-pamphlet" à lui-seul !
Il n'est donc pas étonnant de remarquer la vitesse avec laquelle les cinéastes concernés (Terence Fisher et ses acteurs fétiches Peter Cushing & Christopher Lee, le grand Merian C. Cooper et bien d'autres encore) ont répondu présents afin de participer à l'aventure de cette revue lancée par une bande de jeunes journalistes passionnés.

Lire ce premier tome de l'anthologie "Midi-Minuit Fantastique", c'est prendre conscience que toute la "culture geek" liée au cinéma populaire vient de là. Qu'il s'agisse des revues spécialisées actuelles ("Mad movies", "l'Ecran Fantastique", "Comics Box", etc.), des blogs (merveilleux terrains d'expression gratuits laissés à la disposition de toute une population de passionnés), des beaux ouvrages de genre (Les classiques du cinéma bis, Le Cinéma fantastique, 100 ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction, etc.), et même des simples commentaires "postés" sur Amazon (comme celui de votre serviteur...), tous ceux qui prennent aujourd'hui la plume pour exprimer leur amour du cinéma de genre doivent savoir que la source en est cette revue légendaire, qui comprendra vingt-cinq numéros de 1962 à 1971.

Comme l'ont déjà dit d'autres commentateurs, cette flamboyante réédition est une merveille jusqu'au bout des pages : Couverture splendide, douce au toucher avec un piqué d'enfer, images restaurées, police de caractère réactualisée juste ce qu'il faut pour être améliorée sans dénaturer le côté "old-school", photographies en couleur rajoutées avec parcimonie, ainsi que le dernier numéro inédit prévu pour le tome 4...
Ce premier tome est un bonheur de A à Z, avec un premier numéro consacré à Terence Fisher, un second aux "Vamps fantastiques", un troisième à King Kong (bourré de photos et de dessins rares, avec une lettre très touchante de Merian C. Cooper en personne !), un quatrième et un cinquième à "Dracula" et un sixième aux chasses du comte Zarroff.
En bonus, un DVD de plus de trois heures offre un prolongement pour les passionnés avec des documents d'époque. Bref, c'est un peu cher (les quatre tomes vous coûteront la bagatelle de 220 euros. Néanmoins je tiens le pari que dans l'avenir ils s'arracheront à prix d'or...), mais c'est incontournable...
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Message initial: 24 avr. 14 19:03:56 GMT+02:00
Présence dit:
Dans un autre domaine, je me souviens encore du premier numéro de "Enfer magazine", mensuel précurseur entièrement dédié au hard rock, très pointu, encore proche du fanzine (mais sans le côté analytique de Midi Minuit Fantastique que tu soulignes).

Encore un commentaire passionné et passionnant, critique et lucide. Merci.

Au fil de la lecture, j'ai découvert que les réalisateurs avaient contribué au magazine, et je me demande comment les uns et les autres ont pu passer outre la barrière de la langue. Pour que ce magazine ait trouvé un tel écho, je suppose qu'il ne devait pas exister d'équivalent anglosaxon à l'époque ?

En réponse à un message antérieur du 24 avr. 14 21:49:55 GMT+02:00
Tornado dit:
Si. Il y avait un équivalent, mais apparemment les français se sont montrés supérieurs. La barrière de la langue ne semblait pas un problème. Michel Caen, le chef de file de la revue, avait vécu des années à New-York. Il semble qu'il en ait profité pour draguer la superbe Barbara Steele (Barbara Steele 25x20cm Photographie en noir et blanc), voire même qu'il l'ait emballée ! Mais son compère reste évasif sur le sujet (dans l'introduction) !
Quoiqu'il en soit, ces journalistes (des étudiants, en médecine ou autre, qui se sont recyclés par passion), ont vécu une fabuleuse aventure.
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Tornado
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