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Ce commentaire fait référence à cette édition : Howl and Other Poems (Broché)
40 petites pages à la typographie aérée composent ce recueil, mais dans ces 40 pages, quelle force, quelle émotion, quelle ferveur de langage et de pensée! Né en 1926 et mort en 1997, Ginsberg demeure à mon avis l'un des phares non seulement de la "beat generation", mais plus généralement de la poésie contemporaine, et "Howl" est sans doute avec "Kaddish" ce qu'il a écrit de plus mémorable. Ce poème d'une quinzaine de pages au rythme incantatoire fit l'objet en 1956 d'un procès pour obscénité. Il est vrai qu'aux yeux d'une société bornée le génie peut parfois paraître obscène. Flaubert et D.H. Lawrence en savent quelque chose. "Howl", comme son titre l'indique, est en fait un cri, un hurlement d'agonie et d'épouvante, un déferlement de mots hallucinant et halluciné. De quoi parle-t-il? De la folie, du désespoir, de la solitude, de l'inhumanité du monde en général et de celle des Etats-Unis en particulier. "We are blind and live our blind lives out in blindness", dit William Carlos Williams dans sa préface. "But poets are not blind, they see with the eyes of the angels. This poet sees through and all around the horrors he partakes of (...). He avoids nothing but experiences it to the hilt. He contains it. Claims it as his own and laughs at it." Personnellement, ce qui me fascine dans "Howl", c'est que cinquante plus tard, il n'a jamais été aussi actuel, aussi pertinent, aussi subversif. Ginsberg y vilipende le roi-dollar, le dieu-pétrole et la décadence morale inhérente selon lui au capitalisme et au matérialisme. Je cite: "Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose blood is running money! (...) Moloch whose skyscrapers stand in the long streets like endless Jehovahs! Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity and banks! (...) Moloch! Moloch! Robot apartments! Invisible suburbs! Skeleton treasuries! Blind capitals! Demonic industries! Spectral nations! Monstrous bombs! Mad generation!" Qui croirait que ces objurgations sont vieilles d'un demi-siècle? Si les vrais poètes sont ceux qui voient "très loin en avant", comme disait Borges, alors Ginsberg est indiscutablement l'un des plus purs poètes que le vingtième siècle ait produit. En plus de "Howl", vous trouverez dans ce recueil quelques oeuvres de moindre notoriété, mais néanmoins passionnantes, comme "A supermarket in California", "In the baggage room at Greyhound" ou le superbe "America" dont l'un des vers devint carrément un slogan de la contre-culture dans les années 70: "America, go fuck yourself with your atom bomb!" L'obscénité de Ginsberg, finalement, était surtout idéologique, mais c'est souvent celle-là que la société pardonne le moins facilement.
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