|
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le juge et l'assassin (DVD)
"Le Juge et l'Assassin", Bertrand Tavernier, 1976, couleurs.Intelligent, sensible, sentimental même, Bouvier (Michel Galabru), l'Assassin, est tout à la fois anarchiste et croyant, sinon mystique, anticlérical et militariste, socialiste et élitiste, et dans ses manières, tour à tour peuple et aristocrate. Assassin et poète, arrogant et délicat, candide et roublard, il porte en lui tous les courants, rétrogrades et progressistes, du siècle qui va s'achever. Ils se bousculent en lui. Est-ce la folie qui ouvre ainsi Bouvier à toutes les contradictions du temps? Ou est-ce l'impossible cohabitation de tant d'idées contradictoires dans un cerveau qui le rend fou ? Le Juge (Philippe Noiret), chasseur en chambre, méticuleux, sournois, souvent lâche, parfois audacieux, mais toujours très sûr et très conscient de son bon droit, et trop lisse, et trop propre, et trop gras, répugne, fascine, et surtout alerte notre bonne conscience d'honnêtes gens. Qu'il est facile d'être bon citoyen, bon fils, et honnête homme, quand, depuis l'enfance, toute une société n'a été là que pour vous guider, vous protéger de toute mésaventure. Mais à peine est-il menacé, et gravement, que Monsieur le Juge se découvre, et dans la violence, et dans la bestialité, touche du doigt sa solitude, et est prêt à rompre avec les convenances et les principes de toute une vie. Un autre juge (Jean-Claude Brialy), plus sensible du fait de son homosexualité qui l'exclut du corps social, et plus critique du fait de sa mise en disponibilité, préfère disparaître que subir l'écoeurante autosatisfaction de la bourgeoisie toute puissante. L'ancienne ouvrière, maîtresse de Noiret (Isabelle Hupert), ira retrouver ses camarades en grève et affronter les fusils de la troupe. Un fait divers pour toute l'histoire d'une fin de siècle. Et rien n'y manque, ni l'antisémitisme, ni la charité intéressée, ni l'Alsace et la Lorraine, ni l'armée et sa revanche, ni le prolétariat et son premier éveil, ni la science, la vraie et la fausse, celle qui est au service de l'homme et celle qui est aux ordres de la société, ni la foi paysanne, ni les charmes ambigus du Tonkin et de la Cochinchine. Je jette cela pèle-mêle, mais dans le film, chaque allusion est à sa place, suffisante pour être reconnue, comprise, sans alourdir le propos qui reste d'une clarté exemplaire pour une telle fresque. Ce film est grand ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
Détails de l'évaluationArticle
EUR 9,99 EUR 9,98
Commentateur
|