Commentaire client

4 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Plus que zéro?, 12 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Michael Jackson (Broché)
C'était il y a un quart de siècle - déjà. Le choc "Moins que zéro". A la face d'une Amérique qui se fantasmait propre sur elle, celle des années-fric de Ronald Reagan, un jeune débutant surdoué jetait le portrait désespérant et désespéré d'une jeunesse dorée, friquée et défoncée. Trash et vacuité, main dans la main, une danse macabre. On se souvient encore du premier livre de Bret Easton Ellis, on se souvient d'en être sortis sonnés, exsangues, avec le sentiment d'un roman générationnel indépassable, définitif. Hyper-contemporain, hyper-réaliste, "Michael Jackson" (un titre sans doute choisi comme un marqueur de l'air du temps, vide et superficiel) s'impose avec fracas comme la grande réussite du genre en France. Puissant et décapant. Certes, Montpellier n'est pas L.A.; Luc, Walken, Léonard, Ronan et les autres - la jeunesse des classes "moyennes", parquée dans des filières universitaires sans avenir - n'y vont pas aussi fort dans la défonce et le sexe. On picole en bande (toujours), on se roule des joints (parfois), on se frotte les uns aux autres, on tchatche (beaucoup, sans doute une spécificité française), on s'envoie des vannes, on bande, le sexe obsède, les couples se font, se défont. Une jeunesse pulsionnelle (les coups partent plus vite que leurs ombres), vive et vibratile. Des existences énergiques et vides, creuses parfois jusqu'au dégoût et à l'envie de vomir. Rien de romanesque dans ce roman: une jeunesse qui ressemble à ces banquettes de moleskine orange sale dans les bars qu'elle fréquente. Il n'y a plus d'idéaux: c'était l'affaire des parents, les "vieux"; la politique paraît chose désuète, ringarde, à l'image de ces défilés du 1er mai que l'on regarde passer sur le bord du trottoir et qui paraissent d'un autre temps. Toujours au ras du quotidien de ces personnages (c'est aussi la grande force du roman), Pierric Bailly ne survole jamais son sujet, décanté de toute notation persifleuse, moraliste ou sociologique. D'innombrables saynètes s'accumulent, donnent le sentiment de vies souvent réduites à leur dimension biologique. Ce qu'illustre à l'extrême le personnage incroyable de Claire, une actrice porno totalement décomplexée - son portrait et ses discours offrent d'inénarrables passages, on songe à une forme de gélodacrye salace, partagé entre le rire, la nausée et les pleurs - ainsi que les scènes de soirées entre amis qui dégénèrent invariablement en orgie. Le genre de livre qu'on balancerait volontiers avec rage aux visages des hommes politiques: voilà, c'est ça, la jeunesse de votre pays, alors qu'est-ce qu'on fait là? Vous proposez quoi?
En attendant une réponse, et c'est ce qui marque une différence singulière avec l'univers romanesque d'Easton Ellis, il demeure en France un refuge romanesque intemporel: l'amour. "Michael Jackson" est aussi à lire comme un roman d'apprentissage, construit habilement en un triptyque: trois volets donnent la parole à un narrateur toujours prénommé Luc, mais qui n'est plus le même en passant d'un âge à l'autre. Le lecteur attentif aura reconnu Walken sous les traits du Luc numéro 2, c'est Martin qui endosse le rôle du Luc numéro 3. Le prénom invariant accentue le caractère "générationnel" de l'oeuvre, jouant d'une fonction d'interchangeabilité dévolue au bronzage et à la blondeur dans "Moins que zéro". Chaque Luc s'éprend d'une fille différente toujours prénommée Maud. A dix-huit ans, ce sont des sentiments trop frêles et factices: on n'est pas sérieux à cet âge-là. A vingt-deux ans, Luc se cherche encore, se rêve vainement artiste ou différent. Son histoire avec une étudiante en arts est fondée sur des faux-semblants, l'un s'éprenant d'une image fantasmée, faussée, de l'autre. Luc à l'âge de vingt-six ans est le plus touchant des trois, le plus introverti et le plus lucide: il sait analyser ses complexes, décrypte ses failles, il apprend à réguler l'écart entre l'idéal et la réalité. Sensiblement, le roman décline de l'un à l'autre une évolution dans la manière d'aimer et montre comment s'édifie une identité plus mature à travers l'amour. Il faut souligner, en regard, la force réaliste des portraits féminins, vus de l'extérieur, avec une mention spéciale pour la Maud numéro 2, belle emmerdeuse plus vraie que nature...
Sur la longueur, le roman convainc, impressionne. Il se referme à regret, avec la consolation d'une certitude: Pierric Bailly est un écrivain de tout premier plan, à découvrir et à suivre.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles 
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui Non

Soyez la première personne à commenter cette évaluation.

[Ajouter un commentaire]
Publier un commentaire
Pour insérer un lien produit, utilisez le format : [[ASIN:ASIN titre-produit]] (De quoi s'agit-il?)
Aller s'identifier
 


Détails de l'évaluation

Article

3.7 étoiles sur 5 (3 commentaires client)
5 étoiles:
 (2)
4 étoiles:    (0)
3 étoiles:    (0)
2 étoiles:    (0)
1 étoiles:
 (1)
 
 
 
EUR 20,20 EUR 19,19
Ajouter au panier Ajouter à votre liste d'envies
Commentateur


Lieu : France

Classement des meilleurs critiques: 231