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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 WAGNER/TRISTAN&ISOLDE/BERNSTEIN, 6 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wagner:Tristan und Isolde (CD)
Ce Tristan de 1981, sorti dans une première édition hors de prix et très volumineuse de 5 CD, a été rempaqueté au début des années 1990 en un album plus compact de 4 CD, ce qui ne lui retire rien de son caractère complètement atypique.
Bernstein, depuis longtemps fasciné par Tristan (comme tout le monde ...) avait été approché à la fin des années 60 par Bayreuth. Ses exigences exorbitantes firent capoter le projet. Il reprit celui-ci une dizaine d'années plus tard en enregistrant l’œuvre lors de concerts munichois, en trois soirées distinctes (une par acte), distantes de plusieurs mois, allégeant ainsi la tache de certains chanteurs (Peter Hoffmann, notamment).
Beaucoup d'anecdotes, vraies ou fausses, circulent sur ces sessions. On dit en particulier que Karl Böhm, qui passait aux abords de la salle de répétitions, aurait déclaré, entendant le prélude, que Bernstein réalisait ce dont il avait toujours rêvé, sans l'avoir osé, en termes de tempos et de puissance, probablement.
la caractéristique principale de cette lecture hautement personnelle réside en effet dans une gestion des tempos et, plus généralement, du temps, paroxystiquement lente, visant à une sorte d'hypnose permanente, qui aurait davantage fasciné si elle n'avait, logiquement, presque constamment asphyxié des chanteurs pourtant, pour l’essentiel, rompus au répertoire wagnérien.
Il n'en reste pas moins que l'immense symphonie déroulée par le chef américain comme une inextinguible houle, projette l'auditeur dans un univers onirique, pré-conscient, limbique, presque privé de couleur, qui est celui-même imaginé par Wagner dans l'esprit, sinon dans la lettre. A cet égard, on ne saurait imaginer solution aussi radicalement opposée aux équations de l’œuvre que celle mise en œuvre à la même époque par Carlos Kleiber Wagner : Tristan und Isolde, qui dirige, avec infiniment plus de prudence, une équipe de chanteurs également sous-dimensionnés, le lyrisme, la fluidité, la constante mobilité et la fièvre du second répondant à la fixité presque minérale du premier.
A cette époque, Hildegard Behrens, rendue célèbre, du jour au lendemain, par la Salome que Karajan lui offrit quelques années auparavant, commençait à succomber aux sirènes de rôles trop lourds pour son soprano essentiellement lyrique. sa voix lumineuse et frémissante fût mieux accommodée aux frissons et au dramatisme de Kleiber : Bernstein l'immole, la sape constamment, l'oblige à un soutien trop constant du medium qui émiette la ligne, fatigue le timbre, lamine les couleurs poudroyantes dont son vibrato serré avait le secret. L'élocution, point faible de la cantatrice, reste souvent mâchonnée, les aigus et certains graves, miaulés, les longues lignes cantabile ("O, sink hernieder" au II, pathétique)irrémédiablement effilochées. Mais l'artiste reste considérable, et, en dépit de l'inconfort vocal (c'est une litote), cette Isolde jeune, farouche, sauvage, rebelle, écumante comme rarement, à l'émotion à fleur de peau, continue de fasciner. La caractérisation et le profil vocal demeurent ici proches de Dernesch avec Karajan, en moins chaleureux et avec un éventail de couleurs plus restreint et moins subtilement attentif aux moindres nuances du texte (le sarcasme, composante importante du rôle, n'est pas à l'ordre du jour ici).
Il est infiniment dommage que Bernstein lui ait choisi le Tristan de Peter Hoffmann. Ce chanteur, constamment surestimé, ne possédait guère pour atout qu'un beau médium barytonnant (l'aigu, trop vert, est privé de charme) et un physique de viking qui compensaient mal une technique très insuffisante, une intelligence dramatique sommaire, une tessiture aiguë (dès le sol dièse ça tire), un souffle et une endurance limités, qui, chez Wagner, ne parvinrent qu'à faire illusion dans un rôle central comme Siegmund, ou il connut ses plus beaux succès - même Parsifal se situait hors de ses possibilités (il gâche d'ailleurs celui de Karajan, DG). Quelles que soient les prévenances que Bernstein ait eues pour lui (bien illusoires avec de tels tempos et une telle gestion de la densité sonore), racontées d'ailleurs par Behrens dans son livre de souvenirs, il demeure, du début à la fin, totalement "miscast", et inécoutable au II et au III, fétu dans l'immensité. Son apparition quelques années plus tard à Bayreuth dans le rôle fut d'ailleurs tragique. Et la maladie de Parkinson mit ensuite un terme à sa carrière.
Dommage aussi pour l'admirable Brangaene d'Yvonne Minton, peu avant sa retraite prématurée,elle aussi beaucoup plus à l'aise dans le rôle sous la baguette de Carlos Kleiber (à Bayreuth au début des années 70 avec Ligendza et Brilioth, autre ténor "maudit" Wagner : Tristan und Isolde. Brilioth, Ligendza, Kleiber.). Ici, l'ampleur du geste orchestral entrave un peu ses immenses moyens, notamment au II, mais son personnage, venimeux, ambigu, d’une stature tragique et d'un flamboiement vocal uniques, demeure l'incontestable point fort de l'enregistrement. Bon Kurwenal fonctionnel, sans complication, mais sans l'humanité attentive d'un Berry ou d'un Fischer-Dieskau, par exemple, de Weikl.
Hans Sotin, lisse de timbre et d'expression déçoit, en revanche.
Luxueuses présences accessoires du jeune Thomas Moser (futur Tristan!) en Junger Seeman, merveilleusement poétique (et quel timbre fruité), et de Heinz Zednik en berger.
Le son, magnifiquement spatialisé, et extrêmement bien défini, avec une dynamique très large, est superbe, très en accord avec la conception sculpturale du chef.
A connaître, mais en marge des grandes versions : Böhm (DG)Wagner : Tristan et Isolde; Karajan II (EMI)Wagner : Tristan und Isolde/ BOX 5 x LP 33T 12" (1972)]], Karajan I Wagner : Tristan et Isolde 1952, Kleiber (DG).
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Afficher les messages 1-5 sur 5 de cette discussion.
Message initial: 9 déc. 13 13:21:47 GMT+01:00
Pourquoi seulement 3 étoiles pour cette merveille?!!

En réponse à un message antérieur du 3 mai 14 15:49:39 GMT+02:00
Absolument jean. Les commentaires n'engagent que ceux qui les écrivent. Commentaire ceci dit très pertinent, argumenté et passionnant à lire. Cependant, je ne suis pas d'accord sur les jugements portés sur les chanteurs. Behrens est l'Isolde idéale voulue par bernchtein. Tout comme Hofmann. Certes, ils n'ont pas les mêmes moyens vocaux que certains de leurs aînés. Mais quelle beauté ! Pour moi qui ai vu le deuxième acte de Tristan avec justement behrens, lakes et schwartz dirigés par janowski à Montpellier il y a bientôt 23 ans, je peux vous assurer que le magnétisme de la voix de behrens est époustouflant et pas du tout limite en isolde. Tout comme en Elecktra. Soirée mémorable été 1995.

En réponse à un message antérieur du 3 mai 14 17:50:29 GMT+02:00
[Supprimé par l'auteur le 4 mai 14 11:48:13 GMT+02:00]

Publié le 2 janv. 15 11:24:38 GMT+01:00
cacoton dit:
Je ne connais pas cet enregistrement mais je me permets une remarque :4 disques pour Tristan,c'est carrément un de trop !!

En réponse à un message antérieur du 2 janv. 15 12:03:00 GMT+01:00
brissaud dit:
C'est nécessaire eu égard aux tempos très lents adoptés par Bernstein. Je m'en explique dans le commentaire.
Cdlt, PB
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brissaud
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