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Prémices balzaciennes du grand oeuvre d'Emile Zola, 16 mars 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Fortune des Rougon (Poche)
Au commencement du projet pharaonique de retracer l'itinéraire d'une famille sous le Second Empire et d'exposer, dans l'esprit scientiste de l'époque, les règles de transmission des traits héréditaires, on trouve cet étonnant et puissant Fortune des Rougon (1871). Le roman fonctionne brillamment dans ses deux aspects : introduction du cycle des Rougon-Macquart et aeuvre autonome, de jeunesse, pleine des héritages balzaciens et flaubertiens. Au commencement donc était Adelaïde Fouque, épouse d'un paysan mal dégrossi, Rougon, puis maîtresse du braconnier et contrebandier Macquart, dont elle a deux enfants, Antoine et Ursule. Après avoir capté l'héritage de l'aïeule à son seul profit, le fils légitime, Pierre Rougon, voit naître de son mariage avec la rusée Félicité Puech, Eugène, futur politicien (Son excellence Eugène Rougon), Aristide, arriviste et spéculateur (La curée, L'Argent), Pascal (Le docteur Pascal), Sidonie (La curée) et Marthe (La conquête de Plassans). Le demi-frère spolié, Antoine Macquart, a de son côté trois enfants : Lisa (Le ventre de Paris), Gervaise (L'Assomoir) et Jean (La Terre, La Débâcle). La dernière de la fratrie, Ursule, se marie à Marseille à un Mouret qui lui donnera Hélène (Une page d'amour), François (La conquête de Plassans) et le malheureux Silvère de cette Fortune des Rougon. Tous les fils sont en place pour opposer ces Rougon, ivres de pouvoir et de reconnaissance, et ces Maquart, éternels perdants contaminés par la faible nature de leur aïeule. La fortune des Rougon mélange magistralement passé (présentation de la famille et de ses conflits) et présent (le coup d'Etat du 2 décembre 1851 qui voit la création de l'Empire) en de subtils aller-retours. Cette partie consacrée au présent juxtapose elle-même deux plans : d'abord, une admirable étude politique, qui doit beaucoup à Balzac, des divisions de classe d'une petite ville de province, dominée par la volonté des bourgeois de confisquer le pouvoir pour conserver ou accroître ses rentes, quitte à fossoyer la République (admirable description des petits comploteurs du salon jaune de Félicité Rougon). Ensuite, sur un mode plus romantique, la peinture d'une idylle sociale et amoureuse entre deux jeunes ouvriers, Silvère et Miette, qui, tels la jeune Seconde République, seront les victimes du coup d'Etat. Tout Zola est déjà là : ce mélange de scientisme et de spiritualité, cet effort documentaire et ordonné sublimé par la puissance des plans larges et la sentimentalité des plans intimes. Il est recommandé de poursuivre la lecture des Rougon-Macquart par La conquête de Plassans, qui reprend nos protagonistes quelques années plus tard.
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La Fortune des Rougon 2253161187
E. Zola
Le Livre de Poche
La Fortune des Rougon
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Prémices balzaciennes du grand oeuvre d'Emile Zola
Au commencement du projet pharaonique de retracer l'itinéraire d'une famille sous le Second Empire et d'exposer, dans l'esprit scientiste de l'époque, les règles de transmission des traits héréditaires, on trouve cet étonnant et puissant Fortune des Rougon (1871).
Le roman fonctionne brillamment dans ses deux aspects : introduction du cycle des Rougon-Macquart et aeuvre autonome, de jeunesse, pleine des héritages balzaciens et flaubertiens.
Au commencement donc était Adelaïde Fouque, épouse d'un paysan mal dégrossi, Rougon, puis maîtresse du braconnier et contrebandier Macquart, dont elle a deux enfants, Antoine et Ursule. Après avoir capté l'héritage de l'aïeule à son seul profit, le fils légitime, Pierre Rougon, voit naître de son mariage avec la rusée Félicité Puech, Eugène, futur politicien (Son excellence Eugène Rougon), Aristide, arriviste et spéculateur (La curée, L'Argent), Pascal (Le docteur Pascal), Sidonie (La curée) et Marthe (La conquête de Plassans). Le demi-frère spolié, Antoine Macquart, a de son côté trois enfants : Lisa (Le ventre de Paris), Gervaise (L'Assomoir) et Jean (La Terre, La Débâcle). La dernière de la fratrie, Ursule, se marie à Marseille à un Mouret qui lui donnera Hélène (Une page d'amour), François (La conquête de Plassans) et le malheureux Silvère de cette Fortune des Rougon. Tous les fils sont en place pour opposer ces Rougon, ivres de pouvoir et de reconnaissance, et ces Maquart, éternels perdants contaminés par la faible nature de leur aïeule.
La fortune des Rougon mélange magistralement passé (présentation de la famille et de ses conflits) et présent (le coup d'Etat du 2 décembre 1851 qui voit la création de l'Empire) en de subtils aller-retours. Cette partie consacrée au présent juxtapose elle-même deux plans : d'abord, une admirable étude politique, qui doit beaucoup à Balzac, des divisions de classe d'une petite ville de province, dominée par la volonté des bourgeois de confisquer le pouvoir pour conserver ou accroître ses rentes, quitte à fossoyer la République (admirable description des petits comploteurs du salon jaune de Félicité Rougon). Ensuite, sur un mode plus romantique, la peinture d'une idylle sociale et amoureuse entre deux jeunes ouvriers, Silvère et Miette, qui, tels la jeune Seconde République, seront les victimes du coup d'Etat.
Tout Zola est déjà là : ce mélange de scientisme et de spiritualité, cet effort documentaire et ordonné sublimé par la puissance des plans larges et la sentimentalité des plans intimes. Il est recommandé de poursuivre la lecture des Rougon-Macquart par La conquête de Plassans, qui reprend nos protagonistes quelques années plus tard.
zybine, amateur éclairé
16 mars 2007
- Général:
5

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Détails de l'évaluation
Lieu : Paris
Classement des meilleurs critiques: 62
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