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"Je sais à présent qu'Oz est une tumeur", 27 décembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : CosmoZ (Broché)
Cosmoz est assurément une œuvre foisonnante marquée du sceau de l'exigence. Parcourir sans désemparer ce volumineux ouvrage requiert une attention constante et une détermination sans faille tant l'entreprise littéraire apparaît tantôt subjuguante, tantôt déconcertante... La connaissance du conte original me semble être un préalable déterminant pour apprécier pleinement cette déclinaison du mythe Ozien et mieux cerner le travail de translation opéré par Christophe Claro. Paru en 1900, le Magicien d'Oz s'impose dans la lignée des récits d'initiation portés par la tonalité fantaisiste et merveilleuse des contes. En dotant son récit d'une teneur divertissante propre à plaire aux enfants, Baum aspirait, selon ses aveux, à créer un « conte de fées modernisé qui, tout en conservant l'émerveillement et la joie propres au genre, bannisse les chagrins et les cauchemars ». Scrutée par le lecteur avisé, cette histoire féérique et utopique se déprend pourtant quelque peu du condensé d'humanité et de douceur qui la caractériserait. La vie de Frank Baum ayant été marquée par quelques revers de fortune, il n'est pas étonnant que ce conte soit traversé d'une grande lucidité sur la nature humaine et ses caractères ombreux: imposture, domination d'autrui, manipulation, vengeance, omniprésence de la mort environnent les protagonistes de l'histoire narrée. Ancrer les composantes du conte Ozien dans la réalité historique, politique et sociale la plus vaporeuse des années 1900 aux années 1950 ne relève plus de l'initiative angélique propre à l'univers du Magicien d'Oz. A la comptine du conte Baumien succède le requiem Clarien. La visée anti-féérique, voire dystopique du texte rompt avec la portée résolument optimiste du texte fondateur: les guerres mondiales et leurs meurtrissures physiques et morales, l'impitoyabilité d'un monde du travail avilissant, la force désintégratrice du radium, la folie exponentielle de la recherche scientifique (bombes atomiques) et de l'idéologie (eugénisme),etc... sont autant de facettes du chaos que Claro va éclairer grâce à sa verve stylée. Sont convoqués, pour mener cette quête frénétique vers l'idéal d'Oz, quelques personnages et incarnations imaginaires échappées du conte original (la tornade, Dorothy, l'Epouvantail, le Bonhomme en Fer-Blanc, le Lion poltron, les sorcières de l'Est et de l'Ouest) œuvrant sous le patronage de figures réelles et tutélaires de l'univers Ozien (Franck Baum, Léo Singer, Victor Fleming). Ce roman « expérimental » - empreint d'un fatalisme révélateur de l'inconséquence des actes au sein de ce grand barnum qu'est l'humanité - est de ceux qui marquent d'emblée les esprits par sa vertu poétique caractérisée par l'usage d'une langue riche et capiteuse, nourrie d'une recherche lexicale assez étourdissante. Mais ce métalangage, phrasé singulier amplement imagé et « métaphorisé », procure également une sensation trouble de lecture fastidieuse compte tenu de la focalisation sur le style (pouvant paraître ampoulé) plutôt que sur la trame narrative. Ce récit crépusculaire où le spectre de la mort et de l'imposture règne en maître (« Je sais à présent qu'Oz est une tumeur » nous assène-t-on...) exhale une ambition démesurée dissonant dans un microcosme éditorial souvent aseptisé et entravé. L'influence des grands écrivains postmodernes (Pynchon, Vollmann, Gaddis,...) qu'il traduit agit comme un effet catalyseur d'envergure sur la puissance littéraire de l'ouvrage. Servi par une écriture méticuleuse qui fascine autant qu'elle décontenance, Cosmoz me semble être un récit de grande qualité, maîtrisé dont la matière narrative, parfois opacifiée, peut toutefois ternir l'investissement du lecteur dans cette aventure livresque hors du commun.
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CosmoZ 2742793194
Claro
Actes Sud
CosmoZ
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"Je sais à présent qu'Oz est une tumeur"
Cosmoz est assurément une ½uvre foisonnante marquée du sceau de l'exigence. Parcourir sans désemparer ce volumineux ouvrage requiert une attention constante et une détermination sans faille tant l'entreprise littéraire apparaît tantôt subjuguante, tantôt déconcertante...
La connaissance du conte original me semble être un préalable déterminant pour apprécier pleinement cette déclinaison du mythe Ozien et mieux cerner le travail de translation opéré par Christophe Claro. Paru en 1900, le Magicien d'Oz s'impose dans la lignée des récits d'initiation portés par la tonalité fantaisiste et merveilleuse des contes. En dotant son récit d'une teneur divertissante propre à plaire aux enfants, Baum aspirait, selon ses aveux, à créer un « conte de fées modernisé qui, tout en conservant l'émerveillement et la joie propres au genre, bannisse les chagrins et les cauchemars ». Scrutée par le lecteur avisé, cette histoire féérique et utopique se déprend pourtant quelque peu du condensé d'humanité et de douceur qui la caractériserait. La vie de Frank Baum ayant été marquée par quelques revers de fortune, il n'est pas étonnant que ce conte soit traversé d'une grande lucidité sur la nature humaine et ses caractères ombreux: imposture, domination d'autrui, manipulation, vengeance, omniprésence de la mort environnent les protagonistes de l'histoire narrée.
Ancrer les composantes du conte Ozien dans la réalité historique, politique et sociale la plus vaporeuse des années 1900 aux années 1950 ne relève plus de l'initiative angélique propre à l'univers du Magicien d'Oz. A la comptine du conte Baumien succède le requiem Clarien. La visée anti-féérique, voire dystopique du texte rompt avec la portée résolument optimiste du texte fondateur: les guerres mondiales et leurs meurtrissures physiques et morales, l'impitoyabilité d'un monde du travail avilissant, la force désintégratrice du radium, la folie exponentielle de la recherche scientifique (bombes atomiques) et de l'idéologie (eugénisme),etc... sont autant de facettes du chaos que Claro va éclairer grâce à sa verve stylée.
Sont convoqués, pour mener cette quête frénétique vers l'idéal d'Oz, quelques personnages et incarnations imaginaires échappées du conte original (la tornade, Dorothy, l'Epouvantail, le Bonhomme en Fer-Blanc, le Lion poltron, les sorcières de l'Est et de l'Ouest) ½uvrant sous le patronage de figures réelles et tutélaires de l'univers Ozien (Franck Baum, Léo Singer, Victor Fleming).
Ce roman « expérimental » - empreint d'un fatalisme révélateur de l'inconséquence des actes au sein de ce grand barnum qu'est l'humanité - est de ceux qui marquent d'emblée les esprits par sa vertu poétique caractérisée par l'usage d'une langue riche et capiteuse, nourrie d'une recherche lexicale assez étourdissante. Mais ce métalangage, phrasé singulier amplement imagé et « métaphorisé », procure également une sensation trouble de lecture fastidieuse compte tenu de la focalisation sur le style (pouvant paraître ampoulé) plutôt que sur la trame narrative.
Ce récit crépusculaire où le spectre de la mort et de l'imposture règne en maître (« Je sais à présent qu'Oz est une tumeur » nous assène-t-on...) exhale une ambition démesurée dissonant dans un microcosme éditorial souvent aseptisé et entravé. L'influence des grands écrivains postmodernes (Pynchon, Vollmann, Gaddis,...) qu'il traduit agit comme un effet catalyseur d'envergure sur la puissance littéraire de l'ouvrage. Servi par une écriture méticuleuse qui fascine autant qu'elle décontenance, Cosmoz me semble être un récit de grande qualité, maîtrisé dont la matière narrative, parfois opacifiée, peut toutefois ternir l'investissement du lecteur dans cette aventure livresque hors du commun.
Woland
27 décembre 2010
- Général:
5

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Détails de l'évaluation
Lieu : Mouvaux
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