Bien que l'ayant lu et relu peut-être six ou sept fois, je ne peux me lasser de ce roman qui est comme une immense énigme qu'il ne faudrait pas décrypter. Un livre labyrinthe, envoutant, hypnotique, fascinant ... Et l'on s'y perd parfois. Plus qu'un livre sur la condition humaine, il porte à se regarder différemment, voir ce qu'il y a en soi qu'on ne veut pas voir.
L'écriture de Giono y est subtile, et pourtant simple : le narrateur et multiple, vaguement connu selon les sections, avec un langage parfois abrupte mais tout à fait cohérent avec l'ambiance. Il y décrit tout en révélant tout à chaque instant sans jamais rien dire de telle sorte que l'on croit comprendre quelque chose qu'on ne comprendra pas ... Et si l'on ose comprendre quelque chose c'est qu'on s'est perdu. L'énigme policière n'est certainement qu'un prétexte à une réflexion plus profonde.
Cependant ce n'est peut-être pas seulement un livre à lire comme un légère distraction, ou même comme une simple chronique (comme le laisse comprendre le nom que Giono a laissé à ce roman et quelques autres ) : on serait dès lors bien déçu et ennuyé d'un bout à l'autre. Essayons plutôt d'y voir une fable métaphysique, ou quelque chose comme un miroir du fond de soi.
Bonne lecture à tous ceux qui oseront franchir le seuil de ce roman, le seuil de leur "propre maison".