Le récit autobiographique Le Sabbat (sous-titré Souvenirs d'une jeunesse orageuse), que Maurice Sachs écrivit au début de 1939, fut publié en 1946 de façon posthume, l'auteur étant mort d'une balle dans la tête en avril 1945, du côté de Hambourg, à trente-huit ans.
Le titre n'évoque pas tant le jour de repos de la semaine juive que le déchaînement nocturne de toutes les transgressions. Faisant fi des bons principes les plus communément reçus, osant toutes les aventures, Sachs succomba aux plus funestes tentations. De longue date escroc et trafiquant - dès l'enfance il connut « la joie angoissée du vol » -, cet homme de lettres distingué, qui siégea au comité de lecture de la très honorable NRF entre 1934 et 1938, devint pendant la guerre un traitre, délateur, collaborateur.
Dans ce texte truffé de citations (très grand lecteur, Sachs cite d'abondance la Bible, Rousseau, G½the, Renan, Nietzsche, etc.), le demi-mondain qu'il fut livre avec élégance sa part de vérité, ou ses demi-vérités. Les pages consacrées à Proust (qu'il n'a pas connu mais dont il révèle des bizarreries), Cocteau (il fut son « secrétaire »), Gide (qui fut son vrai mentor), Maritain (qui le convertit au catholicisme), Malraux (« un peu charlatan ») ou Pierre Fresnay retiennent tout particulièrement l'attention.
En dépit d'un mariage de pur caprice aux État-Unis avec la fille d'un pasteur (lui qui était né juif et qui avait passé par le grand séminaire se fit protestant pour l'occasion...), Maurice Sachs était loin de cacher son homosexualité. Ayant de tout temps éprouvé le sentiment de n'être pas comme les autres, il se souvenait qu'enfant il scandalisait sa nurse (déjà le scandale !), « car je souhaitais passionnément d'être fille, et je poussais l'inconscience de la grandeur d'être homme jusqu'à prétendre pisser assis. »
D'un ton vif, et avec tous les accents de la sincérité, il lève le voile sur une existence désastreuse, confiant des moments de profond désespoir (masturbation du séminariste, par exemple) ou de bonheur inouï (scène d'amour avec une petite bonne : « C'était un après-midi d'été en province. J'étais seul chez moi lorsqu'on sonna. »).
Si sur la fin du livre l'intérêt faiblit un peu, il paraît difficile de rester insensible à la confession de cette « crapule ou crapule à demi », « misérable héros » (sic) qui avoue : « Je veux croire que je n'ai vécu que pour écrire. »