Platine - Décembre 1997
Malgré ses trente-quatre ans, Mano Solo n'appartient pas à la génération des "trentagénaires" conformistes. Adepte de la révolution, il lance un défi à Dieu et aux hommes, déployant une virulence comme il y en eut, pour utiliser les funiculaires musicaux, dans le Brel des Marquises. Si Je sais pas trop, nouvel album enregistré en live, est empli d'une rage énergique, l'auteur a dépassé le strict cadre de la maladie pour aborder, paré de ses plus beaux atours ("Te souviens-tu", "C'est plus pareil", "Janvier"), la révolte d'un Léo Ferré ("Allons-nous longtemps laisser les urnes se remplir de peste brune ?"). Les douze chansons, brillamment arrangées sous fond de cordes, guitare, accordéon, piano, trombone, évitent tout écueil stylistique et pompiérisme bourgeois ("J'ai fait mille fois dans ma tête le Picasso de ton portrait"). On pourrait alors croire que le talentueux Mano a gagné la partie. C'était compter sans les mixages, pas toujours de bon aloi. Pour emprunter l'expression au groupe IAM, on écoute ces chansons "mixées comme chez nous, basses et aigus à fond". Sans oublier les cris racoleurs de filles diafans quand le chanteur brave la romantique mort (Il m'arrive encore). Alors, cher Mano Solo, à quand ce disque réalisé à la juste mesure de votre talent ?
Critique
La liberté ou la mort, j’aurai eu les deux
Avec
Je Sais Pas Trop, Mano Solo plonge encore plus loin dans les Abymes de la souffrance et de la révolte. Si les rimes de
La Marmaille Nue et des
Années Sombres n’épargnaient pas ceux que la mort effraie et que les mots crus dérangent, elles gardaient encore une petit note d’espoir ; les textes de
Je sais pas trop, eux, sont désespérément sombres.
Enregistré sur scène en juin 1997,
Je sais pas trop puise son énergie dépressive dans les larmes de sang et les trous noirs de l’enfance («
Te souviens-tu »), crie son besoin d’amour les yeux dans ceux de la mort («
Ça n’a pas marché »), et provoque les gens qui l’aiment parce qu’il est malade et qu’il va mourir à leur place («
Janvier »). Mais surtout,
Je sais pas trop tire la mort de son lit et lui demande des comptes : ainsi, Mano tour à tour parle de sa peur de mourir («
Il m’arrive encore ») même s’il tutoie la mort depuis longtemps déjà, du regret, de ce désir de vivre libre qui l’a fait parfois souffrir, mais qui est finalement « mieux que finir vieux » («
La liberté ») ; le chanteur écorché vif au seuil de la mort, revient aussi sur ses amours douloureux et sans espoir («
Ça n’a pas marché »), et sur les femmes désirées qu’il rêve encore de toucher («
Le Drapeau »).
Mais si
Je sais pas trop fait penser le plus souvent à un mot d’adieu que l’on rédige dans l’urgence quand on se sent partir, notamment dans «
Je suis venu vous voir », l’album contient aussi des chansons où l’on sent encore poindre la révolte sans Dieu ni maître, comme dans «
Que reste-t-il à vivre ». Mais la colère, l’indignation, et l’envie de se battre jusqu’au bout ne semblent plus faire la poids face à l’angoisse du chanteur confronté à la mort en permanence : « …Croyez pas que je vous abandonne, même si encore une fois je vous laisse le pire, (…), adieu mes amis, je me serais bien battu encore… ».
Emilie Paul - Copyright 2012 Music Story