Née vers 1250, probablement à Valenciennes, la béguine Marguerite Porete écrivit vers 1290 ce chef-d'½uvre de la mystique flamande. Empruntant la forme médiévale du " miroir " (reflet de la réalité ou du lecteur, mais surtout invitation à contempler et, par là, à devenir), ce texte appartient à la littérature courtoise, au sens fort : lorsqu'il s'agit de surmonter toutes les épreuves pour gagner le " Fin Amour ". Au travers de courts chapitres où dialoguent l'âme, Amour, Vérité, Raison, etc., il dessine avec clarté le chemin d'une âme qui, abandonnant corps et volonté, devenue simple et néant, parvient à se faire miroir du Pur Amour divin : " Dieu se voit alors en elle, par sa majesté divine qui illumine cette âme de lui-même ". On sent dans ces pages un véritable souffle de liberté, souffle qui est celui-là même de l'Esprit. Une liberté que I'Eglise de ce temps (" Sainte-Eglise-La-Petite "), à l'heure où, se pliant aux v½ux de Philippe-le-Bel, elle condamnait les Templiers, ne pouvait ni comprendre ni tolérer. Excommuniée, Marguerite Porete refusera de se renier, portant témoignage de la liberté à l'½uvre dans son livre. C'est accompagnée de celui-ci qu'elle sera brûlée vive à Paris en 1310.