La première chose qui vous frappe, dans cette oeuvre, c'est l'extraordinaire sinuosité de sa langue. Chaque phrase s'y déroule telle une rivière capricieuse, bifurquant, louvoyant, zigzaguant au gré d'une pensée qui s'interroge au fur et à mesure qu'elle s'élabore. Bien sûr, personne ne parle réellement comme ça, mais Koltès ne vise pas ici au réalisme. Son ambition est autre. A travers la confrontation d'un dealer et d'un client, il conceptualise la question du Désir. Cette pièce, pour autant, n'est pas vraiment un dialogue, c'est plutôt un soliloque où se répondent les deux versants d'une même sensibilité, un soliloque à deux voix, paradoxal et surréaliste, qui explore la nature des relations humaines et en redéfinit les termes à sa façon. Par moments cela flirte avec la philosophie, ailleurs le ton se fait volontiers poétique, mais "Dans la solitude des champs de coton" n'est ni un traité ni un poème. C'est une réflexion et un cri de désespoir devant un monde sans amour où nous ne sommes que désir. Thème également cher à Fassbinder, autre grand artiste contemporain disparu beaucoup trop tôt.