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À l'ère de la standardisation mondiale, comment ne pas être impressionné par l'exemple que nous donne la Vie. Bâtis grâce aux mêmes briques de base, tous les individus sont différents et la diversité augmente à chaque génération. Les tentatives d'«amélioration» se soldent le plus souvent par une simplification suivie inéluctablement d'un appauvrissement dramatique. Nous ne pouvons rester insensibles aux applications sociales, culturelles et politiques de cette démonstration. Mais la leçon vaut également pour l'entreprise : de la diversité des personnalités, des expériences, des approches naîtra la richesse. Là réside la force des structures légères, en marche, capables d'intégrer les idées nouvelles face aux monstres dont l'organisation rigide rend les mouvements difficiles.
Mais, s'il fait le point des connaissances, François Jacob sait également nous rappeler l'étendue des mystères qui restent encore à élucider. Difficile de résister à l'émerveillement qui est le sien face à l'énigme de la Vie : comment un oeuf fécondé donne-t-il un oiseau, un homme ou un éléphant ? L'extrême complexité des mécanismes qu'on ne fait aujourd'hui qu'entrevoir laisse rêveur : multiplicité d'interactions, de synergies, d'autorégulations, de concurrence et de complémentarités... Nos organisations humaines semblent soudain bien rudimentaires et simplistes. La quantité inouïe d'informations stockées dans une seule cellule microscopique ridiculise notre informatique la plus moderne. Que de progrès en perspective pour ceux qui sauront débroussailler cette jungle et transférer les principes découverts dans la sphère sociale et industrielle !
Demain, bientôt, à court terme, le prochain exercice... nous parlons au futur, une habitude bien humaine qui peut paraître banale. Mais l'avenir n'existe pas et chacun s'en construit une image hautement improbable. Si ce qui adviendra demain est régi par des contraintes que l'on peut modéliser et prévoir, les circonstances, quant à elles impossibles à maîtriser, restent déterminantes. Il en va ainsi de tous nos projets, de toutes nos prévisions.
Moins passionnants sont les passages consacrés à l'organisation de la recherche. Jacob milite pour une connaissance sans limites et regrette l'intervention des non scientifiques dans les choix et les orientations. À aucun moment il n'envisage un rapprochement du chercheur et de l'industriel. La science doit rester pure et innocente, ce sont les applications qui pervertissent. Ce point de vue bizarrement naïf étonne et déçoit chez quelqu'un qui aurait pu diriger l'Institut Pasteur. La position du professeur Axel Kahn, qui a présidé durant dix ans la commission du génie biomoléculaire, apparaît plus réaliste : «Je souhaite que l'on prenne modèle sur les États-Unis où un chercheur payé par les fonds publics doit contribuer à la prospérité de son pays ».
Pourtant, cet ouvrage apporte un éclairage salutaire sur l'actualité la plus immédiate. Que l'Homme se rassure, la Vie a, bien avant lui, inventé la manipulation génétique. Tous les êtres en sont d'ailleurs le produit. Ce brassage continuel, ce métissage permanent, cette évolution fourmillante et parfois catastrophique ravale nos manipulateurs de maïs transgénique au rang de débutants bien frileux ! Les angoisses engendrées par ces tentatives de transformations du vivant trouvent là une relativité très légitime.
La Vie, cette invention simple et géniale n'avait quasiment aucune chance d'exister. L'observer est un émerveillement, comprendre ses mécanismes reste un défi chargé des plus belles promesses, l'aventure du prochain siècle. Peut-être prendrons-nous également le temps d'imaginer tous les réels possibles à qui les circonstances n'ont pas permis de voir le jour. -- Jean Philippe Babut--
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