Le ballet « Spartacus » de Grigorovitch est un chef-d'œuvre dans le genre emphatique. La trame dramatique, simple et efficace, fait alterner subtilement les mouvements d'ensemble et les scènes intimistes. La chorégraphie, au vocabulaire (volontairement) limité mais très spectaculaire, est d'une rare cohérence. Tout cela forme un bloc compact dont on voit mal comment il pourrait être amélioré. C'est sans doute pour cela que la chorégraphie originale de 1968 est conservée inchangée par le Bolchoï, au point qu'il en existe déjà cinq versions en DVD (ce qui probablement un record pour une même production).
Seule la dernière (2008, avec Robert Acosta) a la chance d'avoir été filmée en haute définition, et la spectacle télévisé de 1990 reproduit ici souffre évidemment de ne proposer qu'une très médiocre qualité d'image. C'est d'autant plus dommage que le ballet lui-même est globalement encore supérieur à la version de 2008 (déjà très bonne !) :
- les décors sont un peu plus soignés et spectaculaires (c'est peut-être parce que les danseurs sont au Bolchoï même, et non « en tournée » au Palais Garnier).
- le corps de ballet est généralement mieux synchronisé, ce qui est tout à fait essentiel pour l'impact des nombreuses scènes de foules, ou d'armées en marche, que contient l'œuvre.
- dans les rôles des « méchants » Romains (Crassus et Égine), Alexandre Vetrov et Maria Bilova sont remarquables de morgue et de froideur. Vetrov excelle aussi dans la partie athlétique du rôle, sautant presque aussi haut et bien que Spartacus.
- dans le rôle-titre, le très athlétique Irek Mukhamedov a été le deuxième grand Spartacus, après le créateur du rôle Ivan Vassiliev. Un peu moins expressif et bon tragédien que Robert Acosta, il est en contrepartie un meilleur technicien, et sa performance est difficilement surpassable.
Il n'y a que pour le rôle de Phrygie que la version 2008 me semble l'emporter nettement. Lyudmilla Semenyaka est une excellente danseuse, mais elle n'a pas la fluidité acrobatique que montre la jeune Nina Kaptsova dans la version 2008.
C'est donc au total une très belle version, bien filmée, homogène et très forte. Dommage que l'image date autant !