...renforcent la solennité du premier mouvement et l'élèvent à un sentiment d'austère contemplation -ce que prolonge la réverbération cryptique de l'église Jesus Christus Kirche.
Le problème vient que ce "Bewegt, nicht zu schnell" en perd sa joie radieuse et simple : le thème à 1'57 paraît ici bien ampoulé.
Morne casuistique et grandiloquents gestes de macération (18'49-19'00 !) s'obtiennent par une science orchestrale et une discipline d'exécution hors du commun. Admirable... et réfrigérant.
Dans la section centrale de l'Andante (5'31-7'45, ponctuée par un éternuement à 5'37), la conviction des pupitres de cordes, l'intégration magistralement dosée des cuivres, l'experte gestion du crescendo et de l'animation dansante qui suit : on peut aussi prendre tout cela en exemple de l'art suprême du maestro autrichien.
Un intense sentiment de beauté apollinienne submerge l'écoute, grisante.
Plastiquement, l'interprétation du Scherzo est une splendeur : ampleur, rigueur, puissance, subtilité, grandeur, poésie...
Tout y est !
Karajan prend même plaisir à relâcher la tension entre les épisodes de fanfare, et à laisser musarder ses meutes.
Il aborde le Finale dans un climat de mystère mais réconcilie ensuite les antagonismes, les vertigineux changements d'échelle et d'atmosphères : rustique séduction dérivée du folklore autrichien pour le second groupe thématique (3'11-6'09), ébranlement cosmologique des premier et troisième qui l'encadrent...
Le chef prend le temps de soigner la construction du développement (la réexposition n'intervient qu'à 15'57) et de fomenter patiemment les triolets de la coda, qui éclate en mi bémol majeur sur l'accord triomphalement foudroyé par le timbalier berlinois !
J'ai longtemps hésité avant d'évaluer cet album. C'est surtout le ton sentencieux du premier mouvement qui me disconvient, mais disons qu'il s'intègre logiquement à cette monumentale conception d'ensemble.
Même à l'aune des meilleures baguettes qui s'illustrèrent dans l'oeuvre, même à l'aune du perfectionnisme coutumier de Karajan : une telle hiératique somptuosité ne se rencontre pas souvent dans la discographie.
Prenez garde à l'impressionnant spectre dynamique de la prise de son, qui complique le réglage de l'amplificateur : trop faible, on ne perçoit pas les nuances presque inaudibles des trémolos ; trop fort, les tutti deviennent assourdissants...