« Un tout petit monde » raconte la vie de professeurs d'université sillonnant le monde pour assister à des symposiums et donner des conférences. Ces activités académiques servent de prétexte pour s'adonner à toutes sortes d'occupations, parmi lesquelles le flirt figure en bonne position. Un extrait d'une de ces conférences nous donne de précieux renseignements pour la classification littéraire de cet ouvrage :
« L'épopée et la tragédie avancent inexorablement vers un point culminant essentiellement masculin - une décharge unique, explosive de la tension accumulée. La romance n'a pas un seul point culminant mais plusieurs ; le plaisir dans ce type de texte vient et revient sans cesse. Les questions narratives s'ouvrent et se referment comme les contractions des muscles vaginaux pendant les rapports sexuels. La romance est un orgasme à répétition ».
Si l'on reprend ces diverses classifications littéraires, « Un tout petit monde » est donc une romance. En effet, il est constitué d'une multitude d'intrigues. Captivantes au moment de leur épanouissement, ces péripéties peuvent laisser sur sa faim lors de leur dénouement. Mais cela est finalement le propre de la narration, si l'on en croit le professeur Morris Zapp - un des nombreux conférenciers à s'exprimer:
« La danseuse taquine son auditoire, tout comme le texte taquine ses lecteurs, et elle laisse espérer une révélation ultime qu'elle diffère à l'infini. C'est la temporisation dans le déshabillage qui rend le tout excitant, pas le déshabillage lui-même ; car, à peine un secret a-t-il été révélé que nous nous en désintéressons et nous en désirons un autre. »
Ces deux passages de conférences reflètent assez bien le ton d' « Un tout petit monde ». Les situations cocasses et humoristiques y sont très présentes, et fonctionnent comme un contrepoids à la vie conjugale peu reluisante des principaux protagonistes. Preuve qu'il ne croit plus en son couple, un d'entre eux affirme d'ailleurs qu'il ne faut « jamais dire non à quelqu'un qui te demande ton corps, à ne jamais repousser quelqu'un qui s'offre à toi spontanément. »
Roman libertin sans être licencieux, « Un tout petit monde » et ses professeurs nous rappellent, par leur intérêt porté à la chose autant si ce n'est plus qu'à la littérature, cette phrase qu'aurait dite Paul Valéry sur son lit de mort, en désignant son immense bibliothèque : « tout ça ne vaut pas une belle paire de fesses. » Et sans vouloir faire offense à David Lodge, cette phrase pourrait bien aussi s'appliquer à sa romance. A force de trop vouloir explorer de pistes, l'auteur disperse le lecteur qui ne peut que regretter « Thérapie », « Pensées secrètes » ou encore « Nouvelles du Paradis ». Ces oeuvres du même auteur avaient toutes une unité d'action qui les rendaient beaucoup plus prenantes.