Idées clés, par Business Digest
C'est un concept moderne, inventé au dix-huitième siècle pour répondre au double problème que constituait la fondation et la régulation d'une société laïcisée. Il n'est pas une catégorie anthropologique fondamentale, il ne constitue pas l'essence de l'homme.
La pensée économique a pris une place considérable dans nos sociétés modernes
Elle a éliminé la politique, puisqu'elle se veut une science des comportements humains, dont les lois permettent une régulation automatique de la société. Fondée sur une vision réductrice de l'homme et de ses richesses, elle nous entraîne dans une course au développement qui a oublié ses fins.
Nous vivons aujourd'hui une situation paradoxale
Nous avons enfin la possibilité de réduire le temps consacré au travail et nous faisons tout pour ne pas le faire. Seule l'étude des origines et de l'évolution du concept de travail nous permettra de comprendre qu'il n'est pas le fondement de notre lien social et que nous pouvons nous en désinvestir au profit de la création d'un véritable espace public géré collectivement.
Business Digest
1. Au niveau de l'organisation de l'entreprise :
Pour être efficace et réactive, la culture de l'entreprise doit être partagée par tous. Lorsqu'une valeur essentielle d'une entreprise est « en voie de » modification, il risque d'apparaître un fossé d'incompréhension entre les différentes générations de salariés. Il devient donc essentiel d'identifier précisément la culture de notre entreprise pour pouvoir faire des choix. Le choix inconscient, fait par la plupart des chefs d'entreprises, est d'essayer de retarder le passage à cette nouvelle culture en ne recrutant par exemple que des salariés qui expriment clairement leur foi dans le travail. Cette stratégie a des limites, les candidats les plus brillants ne correspondant plus aux critères de choix, puisqu'en phase avec leur époque, ou maquillant leurs lettres de motivation.
Le second choix qui s'ouvre à nous, incontournable pour le futur, est de transformer l'entreprise en lieu d'épanouissement, ou mythe de lieu d'épanouissement. Les pistes sont diverses. Dominique Méda nous fait remarquer que le travail entièrement organisé par la personne elle-même peut être considéré comme un enrichissement, une oeuvre. Nous pouvons donc déjà essayer de repenser l'organisation de l'entreprise pour éviter au maximum les liens de subordination. Les progrès des réseaux informatiques, en permettant d'auto-contrôler la performance individuelle et en donnant l'accès direct à l'information nécessaire sans pré-requête, nous permettent déjà aujourd'hui de faire des progrès considérables dans ce sens.
Une autre piste plus simple est, bien entendu, l'accès au temps libre. Encore faut-il bien intégrer que dans ce cas-là, le cadre qui choisit de travailler moins doit être valorisé, et donc réfléchir aux moyens de valorisation. Nous pouvons ainsi imaginer des critères de rendements à l'heure travaillée et non plus au mois. Une troisième piste peut être de travailler sur l'illusion de l'épanouissement; en effet, le travail, bien qu'étant une valeur en voie de disparition, ne va pas disparaître immédiatement. De même, l'apparition de nouvelles valeurs basées sur l'Etre ne vont apparaître que progressivement. Pendant cette période, les salariés, à cheval entre plusieurs valeurs, peuvent être motivés par une illusion d'épanouissement tout en conservant l'essentiel de leurs valeurs traditionnelles. Nous pouvons donc imaginer des stages de développement personnel avec une communication très forte dans l'entreprise, pour donner à celle-ci une image valorisante en accord avec son époque.
2. Au niveau de l'apparition de nouveaux marchés :
Nous devrions dire aussi au niveau de la disparition de certains marchés. Si le travail, donc la production, est une valeur en voie de disparition, nous pouvons imaginer que la consommation, au sens ou nous l'entendons aujourd'hui, c'est-à-dire en temps que moyen d'expression valorisant, risque d'être profondément modifiée. Nous devrions en revanche voir apparaître de nouveaux marchés visant à l'épanouissement de l'individu. Ces marchés vont d'une présentation plus « ETRE » des produits aux marchés occupés aujourd'hui par les sectes ou les psychanalystes. Nous pouvons imaginer que des entreprises aussi révolutionnaires que l'était le Club Méd en son temps voient le jour.
En conclusion, nous pouvons dire que nous ressentons déjà cette évolution des valeurs et qu'il faut évaluer dans chaque entreprise son importance. L'évolution étant différente selon les secteurs d'activités et les zones géographiques, il faut alors savoir anticiper pour rester performant, sans jamais oublier qu'être trop en avance est souvent une erreur pour une entreprise. -- Jean-Miche Dubedout --


