Extrait
Paris, un jour de pluie
Il pleut ce jour-là à Paris et l'homme marche.
Pas comme les autres, les passants, les badauds, les étudiants du Quartier Latin.
Lui marche vers quelque chose, vers quelqu'un, peut-être. Il va son chemin, sa vie tient dans ses pas. Tendu vers le haut de la rue, au-delà du périphérique, au-delà de la campagne sage. Par-delà les champs.
Il échappe au monde alentour, les voitures, les gouttes d'eau sales, où va-t-il, on ne sait pas. Il s'échappe et le lourd sac dont son dos est chargé n'y fait rien : désormais plus rien ne l'arrêtera. Son indifférence est une insolence, il attire les regards fascinés et envieux. D'autres le prendront pour un fou, un vagabond, avec ce bâton de bois comme un prédicateur, ce coquillage rose accroché à son sac.
Peu lui importe, il n'est déjà plus là.
Chez Babel
Au-delà des Pyrénées, au milieu des oliviers, à l'écart d'un bourg indolent, dans la torpeur du soir, posé au bord du chemin de Compostelle, il est un refuge. Un refuge pour pèlerins, une auberge, comme on dit là-bas. Dans le jardin qui l'entoure, une grande table de bois et des chaises disparates, des vélos appuyés contre le portail, quelqu'un a suspendu des lampions dans un arbre. Des bougies sont posées sur les marches qui mènent à la terrasse, bientôt on les allumera parce que la nuit s'apprête à tomber. Et puis il y a les pèlerins, attablés à la grande table du jardin, penchés sur des pages d'écriture, pieds nus dans l'herbe une cigarette à la main, assoupis à l'ombre de l'arbre, les mains plongées dans une bassine mousseuse, un oeil sur leurs pieds fatigués et héroïques.
(...)
Présentation de l'éditeur
C'est l'histoire de Mara, de Robert, de Sept Lieues, d'Henrique, de Bruce, de Clotilde, de cet homme qu'on appelle Le Breton, de Flora et d'Arpad. Un retraité, un joueur de guitare, un cow-boy, un exégète de Claude Simon, une brunette maigrichonne, un taiseux, une grande bourgeoise fatiguée, un gars que la vie un jour a pris pour un punching-ball
L'histoire de gens qui dans leurs existences urbaines n'avaient aucune chance de se croiser, mais qui tous, un jour, enfilent de grosses chaussures, un sac à dos, et mettent le cap vers les confins de l'Espagne, le bout du monde, la fin de
l'Europe : Saint-Jacques-de-Compostelle. Sans se douter que ce chemin vieux comme les contes emporte ceux qui l'arpentent bien plus loin que ce qu'ils pouvaient imaginer.