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Dans la ville des veuves intrépides [Broché]

James Cañon
4.3 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (27 commentaires client)
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Extrait

Le jour où les hommes disparurent

Mariquita, le 15 novembre 1992

LE JOUR OU LES HOMMES DISPARURENT commença comme un dimanche matin ordinaire à Mariquita : les coqs oublièrent d'annoncer l'aube, le sacristain ne se réveilla pas à temps, la cloche de l'église n'appela point les fidèles à assister à l'office des matines, et (comme chaque dimanche depuis les dix dernières années) une seule personne se montra à la messe de six heures : dona Victoria viuda de Morales, la veuve Morales. Celle-ci était habituée à cette routine, de même que le padre Rafaël. Les toutes premières fois, cela avait été gênant pour eux deux : le petit prêtre presque invisible derrière la chaire, prononçant son homélie ; la veuve assise seule au premier rang, grande et bien en chair, complètement immobile, la tête couverte d'un voile noir qui lui descendait jusque sur les épaules. À la longue, ils décidèrent de se débarrasser de la cérémonie et prirent l'habitude de s'asseoir dans un coin à boire du café et à papoter. Le jour où les hommes disparurent, le padre Rafaël se plaignit auprès de la veuve de la diminution sévère des revenus de la paroisse, et ils discutèrent des dif­férentes façons de relancer la dîme payée par les fidèles. Après leur causette, ils convinrent de laisser tomber la confession, mais la veuve reçut néanmoins la communion. Ensuite, elle récita quelques prières avant de rentrer chez elle.
Par la fenêtre ouverte de son salon, la veuve Morales entendit les marchands ambulants essayer d'intéresser les lève-tôt à leurs amuse-gueule : «¡ Morcillas !» «¡ Empa-nadas !» «¡ Chicharrones !» Elle ferma la fenêtre, plus incommodée par l'odeur désagréable des boudins et de la friture que par les voix stridentes qui en vantaient les mérites. Elle réveilla ses trois filles et son unique fils avant de retourner à la cuisine, où elle sifflota un cantique en préparant le petit déjeuner pour sa famille.
À huit heures du matin, la plupart des portes et des fenêtres de Mariquita étaient ouvertes. Des hommes passaient des tangos et des boléros sur de vieux phonographes, ou écoutaient les nouvelles à la radio. Dans la rue principale, le premier magistrat du village, Jacinto Jiménez, et le brigadier, Napoléon Patiño, tiraient dehors sous un immense manguier une grande table ronde et six chaises pliantes pour jouer au Parcheesi avec quelques voisins triés sur le volet. Dix minutes plus tard, au coin sud-ouest de la place, don Marco Tulio Cifuentes, l'homme le plus grand de Mariquita, propriétaire d'El Rincón de Gardel, le bar de la ville, transportait dehors ses deux derniers clients ivres, un sur chaque épaule. Il les étendit sur le sol, côte à côte, avant de fermer boutique et de rentrer chez lui. À huit heures trente, à l'intérieur de la Barberia Gómez, un petit bâtiment en face de la mairie de Mariquita, don Vicente Gómez se mit à affûter ses rasoirs et à stériliser à l'alcool ses peignes et ses brosses, tandis que sa femme, Francisca, nettoyait les miroirs et les fenêtres avec des journaux humides. Pendant ce temps-là, deux rues plus bas, sur la place du marché, l'épouse du brigadier, Rosalba Patino, marchandait à un fermier au visage rougeaud une demi-douzaine d'épis de maïs, tandis que des femmes plus âgées, sous des stores verts, vendaient de tout, de la gelée de pied de veau aux cassettes piratées de Thriller, de Michael Jackson. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

Un pays traversé de légendes et de mystères, de croyances et de la conviction que le surnaturel n'est jamais très loin. L'atmosphère insolite qui baignait Cent ans de solitude, le grand livre du Colombien Gabriel Garcia Marquez, se retrouve dans ce roman, même si Cañon affirme n'avoir lu son compatriote que sur le tard et en anglais...
Au-delà de la pure fantaisie, l'auteur a voulu dire quelque chose sur son pays. Intercalés entre les épisodes consacrés à Mariquita, de brefs portraits tracés d'une plume sèche racontent une autre histoire, largement aussi ahurissante que celle de Mariquita : celle de tous ces paysans ruinés, déplacés, enrôlés contre leur gré. Celle des enfants-soldats de la guérilla, des orphelins, des paramilitaires, des simples soldats. Toute une histoire violente et tragique, celle des hommes, à laquelle Cañon voudrait opposer celle que pourraient faire advenir les femmes...
Dédié à sa mère et à "toutes les femmes de la terre", le roman a la saveur d'une utopie savamment élaborée, savoureuse et délicieusement optimiste : rien ne dit qu'un monde dominé par les femmes serait aussi harmonieux que le rêve de James Cañon. Mais il est vrai qu'on n'a jamais essayé. (Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 30 mai 2008 ) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Détails sur le produit

  • Broché: 480 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche; Édition : Le Livre de Poche (3 mars 2010)
  • Collection : Littérature & Documents
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2253126632
  • ISBN-13: 978-2253126638
  • Dimensions du produit: 17,5 x 10,9 x 2,3 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.3 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (27 commentaires client)
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18 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un premier roman hypnotisant. 28 juillet 2010
Par j-l B TOP 50 COMMENTATEURS
Format:Broché
Je ne suis pas un fana de la littérature sud-américaine mais ici ce sont le titre et la couverture du livre qui m'ont attiré. Je ne raconte jamais l'histoire dans mes critiques car le résumé le fait bien mieux que moi. L'auteur dresse ici de nombreux portraits certains typiquement sud-américains, d'autres universels. Un panel impressionnant de personnages dont un padre lubrique, une institutrice vieille fille, une femme maire, ....et cela sur fond de guerre civile.
L'auteur dans son premier roman fait preuve d'une imagination débridée et cela dans des domaines très variés comme le religieux, le sexuel, le philosophique, le politique, voir le magique et il fait preuve aussi d'un humour décalé dévastateur.
Conclusion personnelle : un roman qui m'a enthousiasmé.
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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un chef d'oeuvre 6 août 2010
Format:Broché
Toute l'action se situe dans une minuscule ville de Colombie perdue au milieu de nulle part, et chaque chapitre suit une habitante différente de ce lieu isolé. J'ai adoré ce roman sud-américain complètement fou, merveilleusement bien écrit, riche d'une imagination débordante. C'est le meilleur livre que j'aie lu depuis longtemps. Facile à lire, sympathique, à la fois désespéré et optimiste, un mélange de "Cent ans de solitude" et de "Trois hommes dans un bateau".
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 ... Ou l'art de la poésie loufoque 7 septembre 2012
Par Gabuzo
Format:Broché|Achat vérifié
J'ouvre ce livre et me voici accueillie à Mariquisa, petit village perdu de Colombie où, un jour, tous les hommes ont disparu, tués ou enlevés par des guerrilleros.
Après plusieurs mois de survie au jour le jour, les femmes décident de s'organiser dans un monde prévu par et pour les hommes. Leur ingénuité et leur sincérité les guideront à travers des aventures telles que l'ouverture d'un bordel itinérant, la création d'un calendrier menstruel, la préservation de l'espèce grâce aux bons services du curé, seul homme resté au village, et le naturisme collectiviste.

J'ai trouvé ce livre étonnant par la fraîcheur qu'apportait cette histoire de village de femmes alors que la trame de tout ceci est tellement dure. Les espoirs de chacun peuvent être si facilement écrasés d'un coup de Rangers, que celle-ci soit guerrillera, paramilitaire ou militaire. Et pourtant on sourit presque à chaque page, et on retient son souffle en attendant de savoir si Francisca restera ou non au village après avoir découvert une fortune sous son lit, on se demande si les filles de chez Mme Emilia résisteront à la concurrence grâce à leur formation intensive sur la satisfaction des plaisirs masculins, et on espère que la vieille vache Perestroïka réussira à donner suffisamment de lait à toutes ...

Sans m'en rendre compte, ce joli conte faussement naïf et un brin polisson m'a ouvert les yeux sur la beauté de la vie humaine, sans cesse est gâchée par la bêtise guerrière, et qui sait pourtant renaître encore et toujours.
A sa manière, Dans la ville des veuves intrépides m'a laissé dans le même état d'esprit que Le vieux qui lisait des romans d'amour.

A lire de toute urgence !
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11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 vie de femmes seules 24 août 2010
Format:Broché|Achat vérifié
Tous les hommes d'un village situé en Amérique Latine sont morts ou emmenés par les guérilléros . Il reste les femmes. Que vont-elles devenir?
Ceux qui apprécient Gabriel Garcia Marquez retrouveront cette écriture chatoyante , ce tourbillon de situations extraordinaires MAGNIFIQUE
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Décevant 21 avril 2013
Par alaxana
Format:Broché|Achat vérifié
Je suis déçue par ce livre.
L'idée de départ est bonne, mais le résultat c'est une espèce d'utopie communisto-lubrique.
Prenez le monde de Märquez et filtrez-le par l'esprit d'un voyeur avec de problèmes d'identité sexuelle et vous avez « Dans la ville des veuves intrépides »
Si dans Märquez la lubricité est mise à l'appui de l'aeuvre, ici l'aeuvre sert à son auteur de mettre en scène ses fantasmes gênants.
Essayez plutôt « Galapagos » de Kurt Vonnegut.
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Excellent !!! 12 mai 2012
Format:Broché|Achat vérifié
C'est un conte sur la féminité, sur la liberté, j'ai adoré !!! Ce livre est génial, je le recommande. A aucun moment, il n'y a une exclusion des hommes ou alors un rejet. La vie de ces femmes les a conduit à vivre ce qu'elles vivent. Elles ont souffert, la guerre est pour elle une libération jouissive, pour nous aussi. Géant !
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un livre riche 5 mars 2012
Par Shug
Format:Broché
Une immersion dans le quotidien fantaisiste d'une communauté qui ne survit au tragique de son existence que par quelque chose qui se situe entre révolte et résignation... Une histoire qui joue avec les degrés, le premier s'immisçant avec violence entre deux tableaux loufoques, furtivement, comme si la réalité était trop lourde à décrire. Au second degré, les pires horreurs côtoyent les sentiments les plus beaux, la médiocrité et les petites bassesses humaines les plus grands sacrifices. Le tout sur un ton envolé, coloré, et accompagné de portraits réjouissants, pour nous faire mieux digérer une fiction-réalité épouvantable. J'en garde l'image de cette mangue bien mûre, et l'espoir dans les yeux de la femme qui la regarde que cette mangue tombe entre de bonnes mains. C'est peut être ce que l'auteur souhaite à sa Colombie natale ?
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Commentaires client les plus récents
5.0 étoiles sur 5 Dans la ville des veuves intrépides
J'ai adoré ce livre. Au départ, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, et j'avoue avoir eu un peu de mal à 'entrer' dans l'histoire. Lire la suite
Publié il y a 1 mois par marie
4.0 étoiles sur 5 très divertissant
J'aime l'univers magique de la littérature sud américaine.
On est plongés là dans un roman très divertissant, un conte contemporain un peu... Lire la suite
Publié il y a 3 mois par Odilette (Provence)
5.0 étoiles sur 5 Un régal...
Un petit bijou de drôlerie, de truculence : une vision décapante de le Colombie et de la résistance d'un petit village de femmes seules. Lire la suite
Publié il y a 5 mois par marie claude defontaine
5.0 étoiles sur 5 sympa!
tres sympa et colore, plein d'humour. on passe par toutes les etapes d'adaptation d'une societe debousolee par l'evenement du depart.
un plaisir a lire
Publié il y a 14 mois par Clemence Leveau
5.0 étoiles sur 5 Dans la ville des veuves intrépides
Je me suis régalée , ce livre m'a beaucoup plus , et si il est spécial,il est agréable on veut toujours savoir ce qui va arriver, et c'est difficile de... Lire la suite
Publié il y a 20 mois par Oriane Bernard
4.0 étoiles sur 5 la loi des femmes
1992, Mariquita, quelque part au fin fond d'une Colombie ravagée par une interminable guerre civile. Lire la suite
Publié le 17 août 2012 par viou1108
4.0 étoiles sur 5 Original et plaisant
Histoire originale et sympa même si au final j'ai trouvé le livre un peu long : il me tardait de le finir. L'impression globale est quand même très positivie
Publié le 17 mars 2012 par DDUH31
4.0 étoiles sur 5 Un roman actuel ... à méditer
Une belle découverte que cet ouvrage. Une belle surprise aussi puisque l'histoire n'est pas seulement la description un peu légère d'un village que tous les... Lire la suite
Publié le 13 février 2012 par itzamna.over-blog.fr
5.0 étoiles sur 5 A lire absolument
On retrouve du style de Garcia Marquez, Amado... C'est un très bon livre, on ne s'ennuie pas un instant au milieu de ces truculentes veuves conquérantes. Lire la suite
Publié le 2 février 2012 par loboblanco
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