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5.0 étoiles sur 5
Le bouc émissaire,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les yeux de ma chèvre: Sur les pas des maîtres de la nuit en pays douala (Cameroun) (Broché)
L'initiation d'un religieux catholique à certaines pratiques animistes est suffisamment atypique pour justifier tout l'intérêt de ce livre. Si l'intimité d'une telle expérience n'est véritablement transmissible qu'au travers d'une pratique personnelle, l'ensemble culturel et cultuel décrit autour de l'évènement satisfait notre attente. Mais c'est en disséquant la nature des mécanismes sociaux en action dans le contexte magico-religieux de l'animisme qu'Eric de Rosny parvient à l'exceptionnel. En occident les tensions sociales se règlent dans l'affrontement, le compromis, le règlement judiciaire, et de plus dans un contexte où l'identité des opposants est totalement connue. La résolution des problèmes reste donc majoritairement l'apanage d'une action individuelle même si une intervention spécialisée et collective ou autre s'avère parfois utile. Dans la société animiste il en irait de même pour tout conflit ouvert et clairement identifié, sauf qu'ici on est convaincu que la malchance et la maladie proviennent d'antagonisme larvés ou déclarés mais non identifiés et qu'en conséquence elles résultent de l'intervention volontaire agressive et menaçante d'un sorcier (et de son donneur d'ordre). De ce fait seul un combat entre experts, (guérisseur contre sorcier) peut résoudre un problème dépouillant la victime de tout pouvoir personnel.( Double dépouillement même puisque cette croyance mène l'individu à exonérer trop souvent de sa propre responsabilité pour la rejeter sur un adversaire hypothétique) Quoi qu'il en soit, l'inévitable constance de maladie ou de malchance ou plus simplement le simple échec met le rapport magie-sorcellerie au centre des préoccupations communautaires. La conviction que ces troubles expriment toujours une intention négative dont on ne connait pas l'auteur provoque un état d'alerte collectif, état aggravé par un constat établissant qu'en désespoir de cause il sera toujours préféré un coupable innocent à un coupable inconnu. Encore et toujours le bouc émissaire.Ce système générateur d'inquiétude et de suspicion malsaine, dont l'inquisition a démontré la perversité, compte en définitive sur l'aléatoire issue d'un combat opposant deux forces. Ce faisant il confie à la violence le soin de rendre une justice tout aussi douteuse que pouvait l'être le jugement de Dieu. Voilà ce que nous apprend Eric de Rosny au-delà de sa propre initiation. En cerise sur le gâteau il nous permet de mieux comprendre en quoi le christianisme fut novateur. En effet plaçant Jésus son "Grand Guérisseur" et son Dieu du côté du bien et ne faisant de ce bien une condition de salut, le christianisme inventait l'article premier d'une nouvelle justice qui ne dépendait plus du caractère instable et capricieux d'un Dieu, ni de la force des camps en présence. Désormais la justice est ce qui est juste et ce qui est juste est ce qui est en accord avec la doctrine chrétienne, la recherche et la poursuite du bien. En dehors de toute croyance religieuse le christianisme est de ce point de vue une règle de vie sociale. Ce n'est pas tout, mais ce n'est pas rien. Lire aussi pour aborder le sujet sous un autre éclairage Soigner les âmes - L'invisible dans la psychothérapie et la cure chamanique Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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