En 1995, un jeune cinéaste bluffait tout son monde avec son deuxième film, The Usual Suspects, qui était en fait son premier de quelque ampleur. Tout le monde avait été bluffé, ou presque : les quelques réfractaires ont eu beau jeu trois ans plus tard, au moment de Apt Pupil / Un élève doué, de dire que le petit malin n’avait pas autant de moyens que cela à sa disposition, et que la fascination un peu suspecte pour le mal qui s’en dégage était déjà bien là, certes pas autant étalée mais déjà assez évidente, dans The Usual Suspects.
On est beaucoup tombé sur ce film, principalement au motif que la fascination censée être celle du personnage, comme souvent dans pareil cas, gagne le réalisateur et le film tout entier. Les procès en irresponsabilité et en complaisance ont plu. Ce n’était certes pas la première fois que l’on instrumentalisait le nazisme et la Shoah à des fins fictionnelles, et on a pu vérifier bien des fois depuis que cela n’a pas été la dernière. Dans Positif, Laurent Vachaud parlait de « faux pas immature » : on a pu également vérifier depuis, au vu d’au moins une partie de la filmographie de Singer, que ce n’était hélas pas que cela*. De toute façon, si fascination et instrumentalisation il y a, il faut mesurer jusqu’à quel point elles ne proviennent pas de l’œuvre-source, Stephen King pouvant faire l’objet de critiques similaires non seulement pour la nouvelle qui a inspiré le film mais aussi pour d’autres de ses romans.
En revoyant le film une bonne vingtaine d’années après, je trouve pour ma part que son problème majeur pourrait bien être qu’il est à la fois trop et pas assez. Trop : d’effets appuyés, visuels et sonores (la musique de John Ottman ne fait pas précisément dans la dentelle) ; de liens pas très finauds explicités par le montage entre les deux personnages, pour pointer la contagion du mal ; d’explicitation du rapport de sujétion de l’un par l’autre par des jeux de regard pas toujours subtils ; de signaux transparents (on chantonne Beethoven, on tue sur du Wagner). Pas assez : de finesse, donc, globalement ; mais aussi, à l’inverse, de courage d’aller jusqu’au bout du mouvement lancé par Stephen King – le script édulcore la nouvelle plus qu’un peu au final.
La nouvelle de Stephen King est tirée de son recueil Different Seasons / Différentes saisons (1982), qui aura donné deux films très célébrés par ailleurs : The Body / Le Corps a été adapté par Rob Reiner sous le titre Stand By Me (1986) et Rita Hayworth and Shawshank Redemption sous le titre The Shawshank Redemption / Les Evadés par Frank Darabont (1994). L’adaptation de la nouvelle Apt Pupil / Un Elève doué, beaucoup plus âpre que les deux autres, ne pouvait quoi qu’il en soit pas être aussi consensuelle et promise au même succès. Et comme le film semble donc hésiter un peu entre le trop et le trop peu, entre y aller franco et ne pas verser dans le franc grand guignol, entre créer le malaise et ne pas rendre le tout trop crapoteux, il n’a finalement pas contenté grand monde. Cela posé, si je pense que l’on peut effectivement reprocher à Singer tout et son contraire, si d’un côté il ne va pas tout à fait assez loin et si de l’autre il aurait sans doute mieux valu qu’il montre un peu moins et fasse quelques ellipses, il est à son honneur d’avoir su s’arrêter à temps à certains moments clés.
Faisons la part des choses : ce film se suit sans réel déplaisir, il comporte de bonnes idées de mise en scène entre ses quelques effets de manche un peu patauds, et comme souvent ce sont les acteurs qui font que l’on reste accroché. Brad Renfro, révélé comme un gamin à fort tempérament dans The Client / Le Client quatre ans auparavant, est un choix assez idéal pour incarner l’ado américain à la fois typique et dangereusement différent, qui sait donner l’impression qu’il peut selon les dires du metteur en scène devenir « quelqu’un de creux »**. Ian McKellen avait peu avant été Richard III dans le film de Richard Loncraine (où il est plus que jamais roi maléfique, la pièce étant transposée dans les années 30) : il aurait pu s’en donner à cœur joie à (sur)jouer le mal incarné. Ce n’est pas l’option qu’il a retenue avec Bryan Singer, et l’on ne peut que leur savoir gré de ne pas avoir trop donné dans le concours de grimaces maléfiques, même si d’aucuns trouveront probablement qu’il rend le vieil homme un peu trop sympathique.
*Et je ne parle même pas des affaires de mœurs collant aux basques de Bryan Singer depuis quelque temps, certaines des allégations datant d’ailleurs du tournage de ce film-ci.
**Brad Renfro se sera illustré par la suite dans un des meilleurs films de Larry Clark, Bully (2001), dans lequel il est pour le coup sadisé. Il est mort d’une overdose en 2008, à 25 ans.
EDITION DVD FRANCAISE (2000 / 2003 / 2008) / EDITION DVD & BLU-RAY AMERICAINE IMAGE / EDITION BLU-RAY AUSTRALIENNE UMBRELLA (2019)
Plusieurs tirages de l’édition dvd en France, mais rien de différent à chaque fois : VF et VOSTF, un master correct, sans plus. Pas de blu-ray chez nous.
L’édition dvd américaine, réservée aux anglophones ayant un lecteur dézoné (sous-titres en anglais disponibles) est un peu meilleure pour ce qui est du master. Image a également sorti un blu-ray zone A, bien épuisé à l’heure qu’il est.
Le blu-ray sorti en 2019 par Umbrella est une édition australienne apparemment lisible sur les lecteurs européens. Je ne la connais pas quant à moi, mais j’ai lu qu’elle semble même un petit cran au-dessus de l’édition américaine. Les anglophones qui cherchent plutôt un blu-ray devraient trouver leur bonheur avec cette édition, pour le coup plus aisément trouvable.
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