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le 27 janvier 2014
LE COFFRET
Ce coffret est la suite éditoriale de l’exposition consacrée à Chris Marker en octobre-décembre 2013. Un an après sa disparition, le Centre Pompidou rendait hommage à un artiste dont l’œuvre visuelle et sonore est très largement sortie des sentiers balisés par les industries cinématographique, télévisuelle et multimédia. Intitulée «Planète Marker», cette rétrospective mettait l’accent sur sa filmographie mais aussi sur sa pratique de vidéaste numérique en présentant des installations et des productions multimédia.
Le coffret publié par Arte ne reprend qu’une infime partie des créations de Marker mais, à travers 15 de ses films, la chaîne culturelle nous propose un bel aperçu de son univers. L’objet contient 8 boitiers avec 10 DVD où sont répartis ces 15 films que le cinéaste a réalisé seul, en duo ou au sein de collectifs. Le design du coffret et des jaquettes est minimaliste.
Une belle cerise dans la boîte: un livret de 116 pages et trois cartes postales qui ne sont pas signalés dans les détails/produit d’Amazon.
Ce livret est riche en informations et constitué de textes écrits pour bon nombre d’entre eux par Chris Marker lui-même. Il comprend aussi deux entretiens, un avec le cinéaste et un avec Pierre L’homme, des passages des voix off qui constellent les films de Marker (celle de «La Jetée» est publiée en entier), les génériques complets avec, notamment, les extraits des films utilisés. Et enfin des témoignages (Agnès Varda, Alain Resnais, Jorge Semprun…) sur «Les mille et une vies de Chris Marker».

L’UNIVERS DE CHRIS MARKER
Chris Marker est définitivement inclassable. Ce «faiseur d’images et de sons» a engendré, pendant plus de 60 ans, une œuvre si protéiforme et si expérimentale qu’elle a marqué bon nombre de ses confrères cinéastes (d’Alain Resnais au grand documentariste Patricio Guzmán en passant par Terry Gilliam ou Wim Wenders).
Contemporain d’Ingmar Bergman, Marker a été marqué dans son enfance comme le réalisateur suédois par une «Laterna Magica». Ce cinématographe, manuel chez Bergman, électrique chez Marker (c’était un Pathéorama), projette des images animées que leurs yeux embrumés par l’émerveillement suivent en boucle. Pour les deux enfants âgés d’une dizaine d’années, ce «jouet-vidéo» est le commencement d’un apprentissage visuel et poétique qui explique en grande partie leur langage cinématographique et leur goût prononcé pour l’assemblage d’images hétéroclites. Chris Marker s’escrimera ainsi toute sa vie avec l’art du montage. Croiser le fer avec les ciseaux du monteur est un sport de combat perpétuel et le cinéaste français ne s’en départira pas même avec l’arrivée des nouvelles technologies. En cela, on peut sans conteste avancer que Chris Marker est le digne fils spirituel du cinéma d’Eisenstein ou des recherches expérimentales du Kino-Glaz de Dziga Vertov.
Ce dernier représente d’ailleurs une influence décisive, et pas seulement au niveau du montage visuel. Dziga Vertov est l’un des premiers à explorer, dans «La Symphonie du Donbass», les ressources du son pour un nouveau langage. Le montage sonore sera chez Marker une marque de fabrique indélébile qui jalonnera tous ses films, l’élément déclencheur de l’image, anticipant ainsi le montage visuel. Magicien des sons, Marker débroussaille, défriche, invente, libère le médium. Le son vit sa propre histoire, l’oreille impose son rythme à l’œil.
Sa passion pour la littérature est un autre moteur qui caractérise l’univers markerien. Il fait ses humanités comme rédacteur en chef et écrivain au sein de «Trait d’union», journal de son lycée où il côtoie un jeune professeur de philosophie qui ne tardera pas à connaître la gloire, un certain Jean-Paul Sartre. Ses années de lycéen sont placées sous l’égide des poètes Gérard de Nerval, Guillaume Apollinaire, Jacques Prévert, Henri Michaux, du dramaturge Jean Giraudoux ou du romancier Franz Kafka. Ce goût immodéré pour les lettres l’amène après la Seconde Guerre mondiale à travailler pour les Éditions du Seuil: Marker — il prend ce pseudonyme aux origines anglaises qui devient un nom de «scène» tout symbolique — y dirige en particulier «Petite Planète», collection remarquée et remarquable qui s’éloigne radicalement de ce qui se fait généralement sur les pays étrangers; ce sont les peuples et les problèmes humains qui intéressent Marker et les auteurs de cette série. Un glissement de terrain littéraire plus loin et notre Chris s’intéresse au documentaire où il excelle dans l’écriture de commentaires off. Sa carrière de réalisateur est lancée et le choc littérature-cinéma sera le fer de lance de sa créativité multiforme. Et, une fois qu’il trouve une nouvelle botte de foin à explorer, l’aiguille n’est plus un problème pour notre génie du montage et passionné de formes hybrides.
Une autre caractéristique majeure de la planète Marker est sa prédilection pour l’innovation au service d’idées visionnaires. Le cinéaste est un témoin en avance sur son temps, un avant-gardiste de la forme et du fond. Ainsi il invente le documentaire-essai. Son cosmopolitisme en fait un merveilleux passeur entre des cultures différentes. Son iconoclasme pourfend le cinéma «traditionnel» car oscillant entre fiction et documentaire, entre réalité et subjectivité. Son «ciné-ma vérité» expérimente en terra incognita, sur les chemins virtuels inexplorés. Son engagement politique et anticolonialiste, empreint d’humanisme tendance «chatisme», en fait le précurseur d’un cinéma altermondialiste.
Bref, l’œuvre de cet artiste mystérieux et "affabulateur" devenu «le plus célèbre des cinéastes inconnus» est incontournable pour tout cinéphile curieux et fureteur.

LES 15 FILMS (9 LONGS ET 6 COURTS MÉTRAGES)
Six films sur quinze ont été excellemment restaurés en 2013, ce compte tenu des modestes conditions de tournage (matériels, nombre de techniciens, budgets…).

1. «La Jetée» (27 minutes) - 1962 - restauré en 2013
DVD 1 avec trois versions : française, anglaise, sourds et malentendants.
Sur la grande jetée d’Orly, les familles ont pris l’habitude le dimanche de venir regarder les avions en partance. C’est le cas d’un homme marqué dans son enfance par des souvenirs à la fois heureux et tragiques: il se souvient de la douceur du visage d’une femme puis d’un corps qui bascule. Plus tard, bien plus tard, après la Troisième Guerre mondiale, il comprend, adulte, qu’il a assisté à la mort d’un homme. Survivant de l’apocalypse nucléaire, il se retrouve prisonnier des vainqueurs qui règnent sur un empire de rats-humains dans les souterrains de Paris. Ceux qui croient avoir gagné la guerre se livrent à des expériences sur leurs détenus. En raison de ses souvenirs rémanents et clairs, l’homme d’Orly devient rat de laboratoire qui, à défaut de pouvoir se déplacer dans l’espace gangrené par la radioactivité, est projeté dans le temps passé, celui de la paix. Après plusieurs voyages, il finit par retrouver la femme de la jetée. Dès lors, ils ne cessent de se retrouver pour se promener dans les magasins, jardins et musées du Paris apaisé. Jusqu’au jour où… on l’envoie dans le futur.

UNE MISE EN ABYME FASCINANTE
Le tour de force de «La Jetée» est de réussir à captiver pendant près d’une demi-heure le spectateur avec des images fixes. En effet, à l’exception de quelques clignements d’yeux, le film est une succession de photographies assemblées pour créer un récit d’anticipation. D’ailleurs, dès le générique, on est prévenu: c’est «un photo-roman de Chris Marker» auquel le spectateur, habitué aux 24 images par seconde, doit faire face.
«Houlà, se dit ce spectateur non averti, un roman-photo guimauve.
– Une sorte de diaporama assommant, pense plutôt son voisin de salle.
– Plutôt un pensum conceptuel ?… songe le projectionniste blasé.
– Ah non, encore raté. Alors peut-être, prendre le récit pour un Jules Verne. Ou pour le H. G. Wells de «La Machine à remonter le temps».
Marker reprend en effet tous les stéréotypes du voyage dans le temps, tous les lieux communs de la science-fiction. «Ses beaux clichés photographiques sont de bien pâles clichés de science-fiction», pourrait marmonner l’amateur du genre.
C’est bien là que le mordu du futur se met le doigt dans l’œil. Non seulement la mise en scène et le montage sont brillantissimes mais c’est surtout le son qui préfigure la narration. Ainsi du bruit d’un avion avant son décollage qui anticipe le zoom arrière du cliché de la jetée d’Orly. Ainsi des chuchotements des pseudo-scientifiques qui font penser à la théorie du complot et aux expériences des savants fous d’un régime dictatorial. Ainsi des battements de cœur qui accélèrent le montage photographique. Ou des piaillement d’oiseaux qui, s’amplifiant, débouchent sur le seul plan animé et expriment le chant du cygne du personnage principal.
Une autre qualité sonore du film — avec la superbe musique de Trevor Duncan et les chants liturgiques russes — est la beauté littéraire des commentaires en voix off. D’une plume ciselée, cette voix grave s’articule parfaitement avec les photographies, les devancent ou en découlent telles «des images [qui] commencent à sourdre, comme des aveux.»
Le plus étonnant est la concomitance du film de Chris marker et de celui d’Andreï Tarkovski, «L’Enfance d’Ivan». Sorti la même année, à peine à deux mois d’intervalle, les deux œuvres, pourtant si différentes, reprennent les mêmes thématiques: l’enfance, les souvenirs heureux, les atrocités de la guerre et même la création, le paradis retrouvé ou les ténèbres de l’Apocalypse.
Ce monde de fiction est aussi très étrange: le passé n’existe pas, la réalité d’avant n’est déjà plus là, symbolisée par des statues abîmées, des animaux empaillés, une tête de mort gravée dans le béton… Ces figures semblent aussi issues du propre passé cinématographique de Chris Marker avec «Les Statues meurent aussi» (la culture), «Lettre de Sibérie» (subjectivité et manipulation) ou des allusions au «Vertigo» d’Alfred Hitchcock.
C’est un film indémodable, indépassable même par les mastodontes hollywoodiens qui ont repris tout ou partie de la trame de ce récit möbiusien («L’Armée des 12 singes», la saga des «Terminator» ou la trilogie «Matrix»). La richesse poétique de «La Jetée» fait et fera toujours la différence, ce même avec une armada d’effets spéciaux.

2. «Le Joli Mai» (146 minutes) - 1962 - restauré en 2013
DVD 2 avec quatre versions : française, anglaise, sourds et malentendants, audiodescription.
Ce beau documentaire de Chris Marker est réalisé en étroite collaboration avec Pierre Lhomme aux images, à tel point que le cinéaste lui propose de le cosigner. Cette générosité affleure aussi dans cette œuvre qui présente Paris en ce début mai 1962.
Enfin la France sort du long tunnel de la guerre qui a commencé en septembre 1939 et vient de se terminer avec les accords d’Évian de mars 1962 entre l’Algérie et notre pays. «C’est le premier printemps de la paix», comme l’annonce le générique.
Et une voix célèbre en off de se poser la question «De quoi est fait Paris au mois de mai ?».
L’équipe de tournage va s’atteler à y répondre pendant près de deux heures et demie, alternant les panoramiques sur les toits de Paris, les plans de rues, monuments et autres sculptures, et les interviews-reportages d’habitants rencontrés au petit bonheur la chance.
Découpé en deux parties aux titres explicites, «Prière sur la Tour Eiffel» et «Le Retour de Fantomas», le film est une succession de portraits au quotidien: vendeur de costumes, bistrotier philosophe, architectes dubitatifs, mère de famille nombreuse, jeunes commis plein d’espoir, boursicoteurs pontifiants, poète de rue et poètes mondains, réparateur de pneu diplômé et peintre, inventeurs farfelus, futurs mariés, jeunes femmes sans profession, passants espiègles, danseur de twist, cheminots rebelles, ingénieurs lapidaires, étudiant étranger, couturière de théâtre, syndicaliste lucide, jeune ouvrier algérien, détenues sans espoir, etc. Une énumération visuelle et sonore d’humains digne d’un inventaire à la Prévert.
Dans la première partie, c’est l’insouciance, la joie de vivre, le bonheur qui prédomine. Presque impossible de faire parler les personnes abordées des sujets d’actualités, des problèmes politiques récents. La seconde partie est nettement plus politique avec les problèmes socio-économiques récurrents (logements, conditions de travail, salaires, retraites, pauvreté…).
Tous ces témoignages s’organisent de manière fluide. Mais, par son montage en forme de mosaïque et par des commentaires dont il a le secret, Chris Marker annonce un documentaire qui s’éloigne des films se voulant objectifs. Il revendique l’imparfait du subjectif, l’association d’images qui, seules, n’ont pas de sens politique, qui, ensemble, prennent la forme d’un engagement humaniste au service du peuple.
Marker prend parti, son camp est facilement identifiable mais le cinéaste n’est jamais condescendant, ne porte pas de jugement sur les personnes qui expriment leurs opinions. Il veut convaincre sans mépris, toucher avec conviction et tendresse, éclairer aussi son propos avec humour et ironie.
«To the happy many», vœu qui ouvre ce «Joli mai», est en cela un parfait résumé de l’atmosphère et de l’espoir qui règnent dans les rues de Paris. Réalisé quelques mois après son court-métrage de fiction «La Jetée», ce long essai en est l’antithèse sur de nombreux points (le montage sonore, les voix off, les images de Paris, la vision de la vie). Encore une fois, la personnalité de Chris Marker s’enveloppe d’une aura de mystère qui joue sur la perception de la réalité: l’année 62 ou comment élucider «L’Étrange Cas du docteur Chris et de Mister Marker».

3. «Loin du Vietnam» (117 minutes) - 1967 - restauré en 2013
DVD 4 avec quatre versions : française, anglaise, sourds et malentendants, audiodescription.
Depuis 1954, les vietnamiens subissent une longue guerre civile et une violente guerre impérialiste issue du choc des deux superpuissances (USA et URSS).
En cette année 67, la contestation contre la Guerre du Vietnam est de plus en plus vive dans le monde occidental. Dans ce contexte, Chris Marker lance un projet coopératif avec, entre autres, le documentariste engagé Joris Ivens, les cinéastes de la Nouvelle Vague, Alain Resnais, Agnès Varda, Jean-Luc Godard et Claude Lelouch, ainsi que le célèbre photographe américain William Klein. Les membres de ce collectif veulent «affirmer, par l’exercice de leur métier, leur solidarité avec le peuple vietnamien en lutte contre l’agression».
Ce long documentaire est divisé en onze parties. Celles-ci alternent les points de vue: se succèdent des comédiens vietnamiens, un faux intellectuel parisien, l’iconoclaste Jean-Luc Godard, une chanson ironique de Tom Paxton, la journaliste et ex-otage des Vietcong Michèle Ray, la thèse officielle américaine expliquée par le Général Westmoreland et responsable des opérations, l’intarissable Fidel Castro, Ann Uyen, vietnamienne et femme de Norman Morrison qui s’est immolé par le feu pour dénoncer cette guerre.
Les onze chapitres retracent aussi les évènements majeurs liés à la guerre du Viêt Nam (bombardements, manifestations, flash-backs historiques).
«Loin du Vietnam» est construit comme une mosaïque éclatée. La narration polyphonique ressemble en cela à la bombe goyave du début du film. Cette arme diabolique est une grenade à fragmentation qui se démultiplie par centaines dans un rayon d’un kilomètre. Chaque petite grenade prend, quand on l’ouvre, la même forme que la goyave et peut éclater en une multitude de pépins-billes d’acier déchiquetant la peau humaine. C’est la réponse de Chris Marker — il est à la manœuvre du montage de ce tournage hétéroclite — aux atrocités commises par un pays impérialiste à l’encontre d’un pays pauvre.
En cela, les images s’identifient au peuple martyrisé. Elles sont «pauvres», brutes, saccadées, presque convulsives (exceptées les images tournées par Resnais et Godard). Il faut dire que les prises de vue ont été réalisées avec les moyens du bord, et intégrées au montage sans traitement esthétique, parfois altérées comme les dernières images déchirées et bien symboliques de la journaliste Michèle Ray.
Le montage fragmenté de «Loin du Vietnam» peut sembler confus et déroutant mais là encore, la plume de Chris Marker a ciselé des commentaires qui prennent l’apparence du genre épistolaire comme si le spectateur recevait des nouvelles du monde par la voix off calme, posée et persuasive d’un certain Yves Montand.

4. «À bientôt j’espère» (45 minutes) - 1967 - non restauré
DVD 6 : version française sous-titrée en anglais.
Ce moyen-métrage de Chris Marker est un documentaire partisan sur la condition ouvrière et le travail à la chaîne dans la France de la fin des années soixante. Le plus surprenant est le fait qu’il fût diffusé en mars 68 sur le second canal de la très dépendante et policée ORTF dans l’émission «Camera 3». Cette «tribune libre» explore les grèves d’un genre nouveau: occupations d’usine, revendications politiques, investissements culturels.
Ce documentaire est le point de départ d’un aventure collective de sept ans qui donnera un ensemble d’une dizaine de films réalisés par le collectif appelé «groupe Medvedkine». Sensibles à la grève des ouvriers d’une usine de Besançon, Marker et d’autres cinéastes activistes décident d’associer les grévistes à la réalisation de films militants très engagés. Ainsi le résistant anarchiste Mario Marret est pleinement associé au projet d’ «À bientôt j’espère» en devenant coréalisateur.
Ces 45 minutes laissent la part belle à la parole des ouvriers, si peu entendue depuis les grandes grèves de l’après-guerre. Ces voix pétries d’humour et pleines d’espoir résonnent comme un pamphlet qui annonce le Mai 68 des ouvriers.
Un pseudo-débat entre le contempteur Roger Priouret et Jacques Delors, alors syndiqué CFDT, suit «À bientôt j’espère». D’une durée de 15 minutes, cet échange annonce, de son côté, l’évolution de la télévision et de la société française: les experts-technocrates au-dessus de la mêlée. Ainsi notre futur Président de la Commission européenne de balayer d’un revers de main ce film «sans intérêt» puisque la direction de l’usine Rhodiacéta y est absente.

5. «La Sixième face du Pentagone» (28 minutes) - 1968 - non restauré
DVD 4 et 6 : versions française et anglaise.
«Si les cinq du pentagone te paraissent imprenables, attaque par la sixième.»
L'entrée en matière de ce film coréalisé avec François Reichenbach est un proverbe Zen et un excellent raccourci pour résumer les thématiques abordées. Ce court-métrage est dans la continuité de «Loin du Vietnam» en mettant la lumière sur une marche de la jeunesse américaine qui s’oppose radicalement à la guerre du Viêt Nam. Le 21 octobre 1967, une manifestation monstre fait route vers le cœur névralgique de la politique extérieure des USA, le célèbre Pentagone. Le mouvement de contestation espère abattre cet hydre à cinq têtes, symbole de la suprématie impérialiste du gouvernement américain.
Tout au long de cette marche, on sent la tension qui monte, qui s’exacerbe entre manifestants et jeunes néonazis (!) puis forces de l’ordre. Le paroxysme de cet événement est atteint avec la célèbre photographie de Marc Riboud, «La fille à la fleur» faisant face aux baïonnettes des soldats. C’est un été indien qui préfigure bien des bouleversements.

6. «Puisqu’on vous dit que c’est possible» (43 minutes) - 1973 - non restauré
DVD 6 : version française sous-titrée en anglais.
Ce documentaire est encore une œuvre collective. Même s’il est conçu en dehors du groupe Medvedkine, il apparaît comme une suite à «À bientôt j’espère».
Toujours à Besançon, les ouvriers de l’usine horlogère de Lip se mettent en grève car la direction a décidé de licencier plus de la moitié d’entre eux. L’usine est occupée et des membres de la direction sont séquestrés. Devenue «l’affaire Lip», cette aventure sociale prend une tournure nationale.
Une guerre intestine entre la CFDT et la CGT menace de paralyser le projet visuel et militant de Roger Louis, ancien journaliste de l’ORTF et directeur de la coopérative «Scopecolor». Tel un messie, Chris Marker est appelé pour sauver l’entreprise du désastre et monter la somme d’images recueillie par «Scopecolor» sur l’«affaire Lip»…

7. «L’Ambassade» (22 minutes) - 1973 - non restauré
DVD 6 : versions française et anglaise.
«Ceci n’est pas un film», profère la voix off d’un homme sur les traces de Magritte. Quoique…
Cet homme pointe sa caméra super 8 sur des réfugiés politiques qui débarquent dans une ambassade après un coup d’État. Il va tenir un carnet de notes et recueillir les témoignages des différents groupes qui se mettent à l’abri pendant quelques jours. Au fil des images muettes, il raconte, toujours en voix off, les événements, la répression féroce et massive dans les stades, la sensation d’enfermement malgré l’hospitalité de l’ambassade, le quadrillage du quartier par les forces de l’ordre, puis la télévision qui annonce le programme fasciste et liberticide du nouveau pouvoir.
Toute ressemblance avec le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili ne serait que pure coïncidence. Ici, encore, Chris Marker oscille entre la fiction et le documentaire. Les prises de vue chaotiques et sans son direct, le montage aux raccords hésitants, les extérieurs filmés des fenêtres de l’ambassade, les longs silences accentuent un huis clos étouffant, angoissant. Seul moment serein et poétique: les quelques images d’une tortue «résistante» accompagnées d’un commentaire incisif sur les événements en cours.
La fin — que l’on ne peut dévoiler — accroît la dualité entre réalité et faux-semblant, entre vérité et mensonge, entre point de vue subjectif et exactitude des faits. Dans le dernier plan, un mouvement vertical de la caméra est en cela magistral, et redouble de force avec la seule musique du court-métrage (il s’agit de «Django», un morceau mélancolique du grand pianiste de jazz John Lewis).

8. «La Solitude du chanteur de fond» (60 minutes) - 1974 - non restauré
DVD 8 : versions française, sourds et malentendants.
Un beau portrait d’Yves Montand. Le chanteur n’est pas remonté depuis très longtemps sur scène. Tel un boxeur, il répète un one-man-show en soutien au peuple chilien qui vient de subir un coup d’état militaire sanglant l’année précédente.
Le clou du spectacle: une interprétation du «Temps des Cerises», dix ans avant que le crooner français ne retourne sa veste de music-hall en suivant les pas idéologiques de l’acteur Ronald Reagan, élu président américain et fer de lance de l’ultralibéralisme.

9. «Le Fond de l’air est rouge» (180 minutes) - 1977 - restauré en 2013
DVD 5 avec trois versions : française, anglaise, sourds et malentendants.
Ce documentaire est un film-fleuve, même si sa durée originale de 4 heures a été raccourcie seize ans plus tard par Chris Marker lui-même. Cette somme visuelle est principalement constituée d’images d’archives et d’extraits de quelques films engagés du cinéaste. Elle retrace les événements politiques et militants de 1967 à 1977 et, comme l’indiquent les deux parties «Les mains fragiles» et «Les mains coupées», on passe du Viêt-Nam à la mort du Che, de Mai 68 au Printemps de Prague, du Programme Commun de la gauche au Coup d’État au Chili. Et maintenant que fait-on ? se demande un Marker désabusé dont les commentaires, pour une fois, sont peu nombreux.
Par un récit polyphonique, presque désarticulé, le monteur Marker assume et revendique la subjectivité du «Fond de l’air est rouge» tout en laissant au spectateur le choix de l’interprétation, de la liberté de pensée. Loin d’être théorique, ce film phare et crépusculaire — il sort deux ans avant «Apocalypse Now» — est une œuvre pragmatique et efficace (avec les images récurrentes du «Cuirassé Potemkine» d’Eisenstein), sans concession et implacable (voir par exemple le final avec la chasse aux loups sur «Le Temps des cerises» en fond sonore), non sans humour (savourer ainsi les micros facétieux d’un Fidel Castro burlesque malgré lui).

10. «Sans soleil» (100 minutes) - 1983 - restauré en 2013
DVD 1 avec trois versions : française, anglaise, sourds et malentendants.
Une femme lit les lettres de Sandor Krasna, un cameraman qui a bourlingué à travers la planète, du Japon à l’Afrique de l’Ouest en passant par l’Europe. De ses voyages, il a ramené une quantité impressionnante d’images hybrides. C’est par la lecture des lettres que l’histoire prendra un sens. Est-ce un documentaire sur le Japon? Sur la Guinée-Bissau? Un documentaire animalier? Une fiction? Une autobiographie? Compositeur d’une réflexion sur l’image, Chris Marker laisse libre court à son (et notre) imagination poétique, la voix off de la femme faisant le lien entre les images de ce gigantesque collage. Une œuvre sans équivalent mais non sans influences.

11. «2084» (10 minutes) - 1984 - non restauré
DVD 6 : versions française et anglaise.
Un film d’anticipation étrange aux images saisissantes. Entre passé, présent et futur, Marker est sur les traces du «Big Brother» de George Orwell, auteur du célébrissime «1984». La technologie prendra-t-elle la place des idéologies? Le syndicalisme sera-t-il dévoré par la vidéo-surveillance? Le monde ouvrier laminé par un état totalitaire? Une œuvre prémonitoire et visionnaire sur la techno-science que connaît notre XXIe siècle.

12. «A.K.» (72 minutes) - 1985 - non restauré mais la qualité est très correcte.
DVD 7 : versions française, sourds et malentendants.
Encore un très beau portrait signé Chris Marker. Cette fois-ci, il a eu le privilège de suivre Akira Kurosowa sur le tournage de «Ran» à l’automne 1984. Le documentaire qui en découle montre le cinéaste japonais arpentant les flancs noirs du Mont Fuji sur lequel a été érigé un château. Il dirige son équipe d’une voix de velours et d’un main de fer. Stoïque, il observe le jeu de ses acteurs. Scrupuleux, il ratisse, tel un assistant de 3e équipe, la terre noire de la montagne. Vigilant, il ouvre les portes du château au centimètre près, lustre méticuleusement les décors ou dispose un mannequin criblé de flèches en haut d’une tour. Patient, il fait attendre le vent. Habité comme le vieux chef de clan du film, il s’occupe de la chorégraphie des chevaux ou dessine les plans de batailles. Bref, Kurosawa est partout à la fois et a bien mérité son titre de «Sensei» (en japonais, maître reconnu qui a atteint la perfection technique).
De nouveau, Chris Marker fait preuve d’originalité et s’éloigne assez rapidement du documentaire classique. «A.K.» est découpé de manière chaotique («Ran» peut se traduire par chaos): le film est constellé d’allers-retours entre les prises de vue du tournage et des plans d’autres longs-métrages de Kurosawa qui sont montrés sur un modeste téléviseur à l’aide d’un magnétoscope vacillant. C’est encore par la bande-son que le réalisateur français parvient à unifier cet ensemble hétéroclite. Les commentaires écrits de sa plume acérée sont aussi parsemés de réflexions du maître que ses plus proches collaborateurs ont recueillies sur de fragiles cassettes audio. Enfin, Chris Marker utilise des extraits d’une musique impressionniste très française, celle de «A Way A Lone», un quatuor à cordes de Tōru Takemitsu, compositeur de «Ran».
Au fil de la projection, on finit par comprendre ce qui lie les deux cinéastes. L’envie de participer à une «œuvre collective» où la fidélité artistique est le maître-mot, où «Créer, c’est se souvenir.»

13. «Mémoires pour Simone» (62 minutes) - 1986 - restauré en 2013
DVD 8 : versions française, sourds et malentendants.
Ce document très rare est un bel hommage rendu par Chris Marker un an après la disparition de Simone Signoret. Ces deux-là sont amis de longue date — ils se sont connus au moment du lycée — et leur parcours est parsemé de luttes communes et d’engagements humanistes.
Le documentaire n’est pas une biographie ni un portrait ordinaire. Chris Marker a eu accès aux archives personnelles de Simone Signoret, à ses placards (écrits, photos, bobines, cassettes…), à la «mémoire des lieux» comme le dit si bien François Périer en voix off.
Le cinéaste a réalisé un film mosaïque généreux, sensible, émouvant à partir d’interviews télévisées, de scènes de films qu’elle affectionnait, d’extraits de son récit autobiographique «La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était». Décidément, tel un grand peintre, Chris Marker est un merveilleux portraitiste.

14. «Le Tombeau d’Alexandre (The Last Bolshevik)» (2 x 60 minutes) - 1993 - non restauré
DVD 9 : versions française et anglaise sous-titrées.
À l’instar d’un pièce musicale composée à la mémoire d’un personnage illustre, ce «Tombeau» est un hommage au grand cinéaste Alexandre Medvedkine et auteur du «Bonheur», film à la poésie étincelante, aux allégories extravagantes et à l’ironie mordante. C’est aussi un recueil de témoignages sur Medvedkine mais pas seulement. À travers cet homme-siècle devenu son héros de cinématographe, Chris Marker revisite la société soviétique, l’histoire du communisme avec ses dérives et ses tragédies. Une voix off calme et posée raconte le XXe siècle morcelé, déchiré, écartelé, violent, chaotique. De cet antagonisme qui affleure entre son et image naît un beau documentaire à la fois simple et complexe, passionnant et énigmatique.

15. «Chats perchés» (58 minutes) - 2004 - non restauré mais les images sont de bonne qualité.
DVD 10 : version française.
D’avril 2002 à l’été 2004, Chris Marker a suivi la vie des humains sous les larges sourires d’une multitude de chats jaunes installés sur les toits de Paris. Tandis que le cinéaste court après ces chats peints, les événements s’accélèrent avec nombre de manifestations: front antinational avant le second tour de l’élection présidentiel, contestation de la guerre en Irak, lutte pour ou contre la réforme des retraites, chants des intermittents du spectacle ou sit-in dénonçant l'inertie politique vis à vis du Sida.
M. Chat, puisque tel est son nom, apparaît à la nuit tombée lors des manifestations contre l’extrême droite. Ce n’est le Chat du Cheshire d’«Alice aux pays des merveilles» ni le chat-bus de «Mon voisin Totoro» de Miyazaki mais l’étau se resserre sur ce fauve souriant et mystérieux…
L’amour des chats est au cœur de la planète Chris Marker puisque l’on retrouve ces félins dans la plupart de ses films. Le frondeur Chris Marker en a fait son animal fétiche, le symbole de ceux qui n’aiment ni l’autorité, ni la discipline. Ce M. CHAT est ainsi le petit frère de Guillaume-en-Égypte, chat avatar de Chris Marker dans «Immemory», un CD-ROM interactif sur le thème de la mémoire.

SUPPLÉMENTS DU COFFRET (à voir ci-dessous dans "Remarques sur ce commentaire")
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