Amer, pessimiste, désabusé, désespéré… Pourtant, l’humour est présent, et le livre se lit facilement et avec grand plaisir. Distant, grinçant, ironique, certes, mais l'humour est bien là !
On notera qu’il ne parle pas seulement des bibliothèques, mais aussi des livres. Centré sur l’évolution et le sort des bibliothèques publiques (municipales, universitaires, etc.), il traite aussi par extension des livres et de la lecture, et, partant, de la question des « autres bibliothèques » : les meubles, ceux que tout foyer cultivé a (avait ?) chez lui jadis.
Bibliothèques publiques, bibliothèques-meubles, livres… : pour l’auteur, ce que nous vivons est bien un crépuscule (du soir !) de toutes ces choses. Et de tout cela, il sait parler avec des mots touchants :
« Si tu es comme moi, Lecteur – et tu es comme moi –, tu te souviens très précisément de certains livres, parmi ceux que tu as lus. [...] Tu n’as pas oublié le premier roman qui t’a arraché aux heures de la vie [...], tu pourrais le décrire avec une troublante exactitude. [...] Quelques unes de tes plus grandes joies et de tes profondes tristesses sont irrémédiablement associées à certains volumes de ta bibliothèque [...]. Es-tu comme moi, Lecteur ? Tu aimes tes livres tels qu’ils sont : abîmés, dépenaillés, commentés, soulignés, tachés, usés. Chacune de leurs meurtrissures te semble plus familière que tes propres rides. »
Or, les liseuses (on pense à Brighelli : « je préférerais des lectrices à des liseuses ») et les « nouvelles technologies » sont en passe de dépeupler les bibliothèques de leurs livres et de convertir les bibliothécaires en marchands de foutaises électroniques ou en animateurs d’« espaces culture ». « Le nouveau monde sans livre pointe à l’horizon. La Technique, désormais, dévore la Culture. Comme un incendie. » Pour l’auteur, « Le numérique est l’ennemi mortel de la culture [...] – bien qu’à la vérité, il serait plus juste de dire que le numérique triomphant est une conséquence parmi d’autres du déclin de la culture. »
Pourquoi, comment, par quels moyens cette évolution est-elle arrivée, comment se déroule-t-elle ? Virgil Stark, s’appuyant sur son activité professionnelle de bibliothécaire, sur son expérience de la « Très Grande Bibliothèque » (celle de Mitterrand), sur sa connaissance des livres, nous le raconte et nous le décrit : considérations sur l’évolution de l’être humain en regard de celle de la lecture (on retrouve des idées déjà avancées par Rafaele Simone dans "Pris dans la toile", d’ailleurs cité ici) ; portrait savoureux des jeunes bibliothécaires frais émoulus des écoles et adeptes des « NTIC » ; descriptions pleines d’humour (noir) des bibliothèques modernes, de la façon dont elles sont conçues et construites, de ce qu’elles offrent au visiteur (on n’ose plus dire au « lecteur) ; analyse du mécanisme de la lecture sur écran et du phénomène internet, ainsi que du rapport au temps…
Malgré son amertume, l’auteur a écrit là un livre important, tant il est vrai que, quitte à être broyé, autant comprendre par qui et pourquoi… « Le système technicien a su imprimer dans tous les cerveaux, en lettres d’or, cette devise : "Le progrès est une balance qui penche toujours vers le Bien" [...]. Le progrès est une équation d’une désarmante simplicité : Technique + Avenir = Bonheur » Et qu’importe si au passage quelques inconvénients « précipitent le monde dans l’ordure et la bêtise ».
Car, démontre encore l’auteur, les thuriféraires du système technicien et des « NTIC », en fait, haïssent le livre et tout ce qu’il représente. Ils veulent sa mort. Pour sa part, il croit fermement qu’ils y arriveront… "N’espérez pas sauver les livres", écrit-il d’ailleurs.
Il cite aussi quelques écrivains qui avaient anticipé le phénomène. Par exemple, un certain Octave Uzanne, en 1894 (1894 !), qui prévoyait même l’évolution à venir des bibliothèques et écrivait : « Je crois donc au succès de tout ce qui flattera et entretiendra la paresse et l’égoïsme de l’homme », et « Je me base sur cette constatation indéniable que l’homme de loisir repousse chaque jour davantage la fatigue et qu’il recherche avidement ce qu’il appelle le confortable, c’est-à-dire toutes les occasions de ménager autant que possible la dépense et le jeu de ses organes ».
Les pouvoirs publics, cela va sans dire, sont les ardents défenseurs de la mise à mort du livre*, l’auteur en donne la preuve en citant certains textes officiels, tels ce Rapport sur le livre numérique, du ministère de la Culture (« et de la Communication »…), au sujet duquel Virgil Stark conclut : « Puisque le livre, la littérature, la poésie, la philosophie s’adaptent si mal aux techniques nouvelles, puisqu’elles sont si rétives au progrès, une politique officielle, soutenue par un budget considérable, les fera coucher au lit de Procuste de la machine. »
Le livre se termine par un nouvel éloge aux livres et aux bibliothèques : « Ma bibliothèque me connaît mieux que quiconque ; elle voit au plus profond de moi dans mes abîmes et dans mes propres mystères. Lorsque je médite au milieu de mes livres, je ne suis plus seul [...]. Elle contient toutes mes "recettes de vie", toutes mes défaites et toutes mes victoires. [...] Les livres de papier sont des portes vers l’invisible. »
Conclusion sous forme de deux citations.
La première de Bernanos : « Vous m’entendez accuser de pessimisme par les imbéciles. Ils feraient mieux de m’accuser de vérité. »
La seconde de Virgil Stark lui-même : « Là où l’on asservit les hommes, là on n’a plus besoin de livres ».
_______________________________________________________________________________________
* On pense à une ministre de la Culture [de la Culture !], qui reconnaît sans honte (voire se vante) n’avoir lu aucun livre depuis deux ans.
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Crépuscule des bibliothèques Broché – 12 mars 2015
de
Virgile Stark
(Auteur)
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Virgile Stark
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Nombre de pages de l'édition imprimée212 pages
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LangueFrançais
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ÉditeurLes Belles Lettres
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Date de publication12 mars 2015
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Dimensions12.5 x 1.6 x 19 cm
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ISBN-102251445293
-
ISBN-13978-2251445298
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Description du produit
Revue de presse
... son petit livre devrait intéresser tous ceux qui ne se résignent pas à l'engloutissement de la pensée par la technique.
Author: A. LX. Source: Marianne Published On: 2015-03-20Pamphlet sous pseudonyme, Crépuscule des bibliohèques dénonce l'évolution de la place du livre dans nos esprits et sur les rayonnages.
Author: Julie Clarini Source: Le Monde des Livres Published On: 2015-04-03Il rappelle aussi avec sagesse qu'accéder à la profusion, ce n'est pas savoir lire.
Source: Les Echos Published On: 2015-08-31Biographie de l'auteur
Virgile Stark est bibliothécaire. Lecteur d'Ellul, Illich, Anders, Charbonneau, etc., il s'inquiète particulièrement de la dérive technicienne du monde moderne. Il a publié Crépuscule des bibliothèques aux Belles Lettres en 2015.
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Détails sur le produit
- Éditeur : Les Belles Lettres; 1er édition (12 mars 2015)
- Langue : Français
- Broché : 212 pages
- ISBN-10 : 2251445293
- ISBN-13 : 978-2251445298
- Poids de l'article : 204 g
- Dimensions : 12.5 x 1.6 x 19 cm
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Commenté en France le 18 septembre 2015
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Inutile d'être un professionnel des lettres ou grand littéraire pour lire ce livre, destinés à tous les amateurs de livres et de lecture.
Annonçant la fin du livre papier comme une apocalypse inévitable au profit de la lecture numérique, puis ensuite se penchant sur le situation des bibliothèques, qui n'ayant plus rien à prêter, se transforment finalement en "biblioparcs" sans âme (ce qui ne manquera pas de faire des remous dans sa profession ...).
Avec un humour sarcastique et un tantinet provocateur, en fait l'auteur se penche sur des problèmes qui n'en sont pas moins réels et sensibles.
En effet, sa critique et son analyse "de l'intérieur"de l'organisation des bibliothèques (décisions stupides, ordres contradictoires, chefaillons, guerres internes, etc...) pourrait tout à fait être claquée sur toute entreprise ou grande organisation (administrations, groupes privés, etc..) et en cela, en regardant de plus haut (ce qu'aurait dû faire l'auteur) on peut tout à fait relier tout ça aux excès et aux dérives générales de notre époque.
Que l'on soit d'accord ou pas, il a au moins le mérite de jeter un pavé dans la mare, avec un humour non politiquement correct.
On trouvera peut être sa critique des livres numériques un peu excessive, où l'on sent son amour du livre et sa nostalgie profonde de la relation que l'on a avec le papier mais n'oublions pas que l'on ne peut pas prévoir le futur, le papier n'a sans doute pas dit son dernier mot, les liseuses n'étant que des artefacts technologiques sans doute temporaires, avant le papier ... numérique qui réunira le meilleur des deux.
Bref, on passe un très bon moment, un livre peu connu mais qui monte qui monte ... (traduit en italien), un auteur à l'humour à suivre.
A éviter d'acheter en version Kindle bien sûr ...
Annonçant la fin du livre papier comme une apocalypse inévitable au profit de la lecture numérique, puis ensuite se penchant sur le situation des bibliothèques, qui n'ayant plus rien à prêter, se transforment finalement en "biblioparcs" sans âme (ce qui ne manquera pas de faire des remous dans sa profession ...).
Avec un humour sarcastique et un tantinet provocateur, en fait l'auteur se penche sur des problèmes qui n'en sont pas moins réels et sensibles.
En effet, sa critique et son analyse "de l'intérieur"de l'organisation des bibliothèques (décisions stupides, ordres contradictoires, chefaillons, guerres internes, etc...) pourrait tout à fait être claquée sur toute entreprise ou grande organisation (administrations, groupes privés, etc..) et en cela, en regardant de plus haut (ce qu'aurait dû faire l'auteur) on peut tout à fait relier tout ça aux excès et aux dérives générales de notre époque.
Que l'on soit d'accord ou pas, il a au moins le mérite de jeter un pavé dans la mare, avec un humour non politiquement correct.
On trouvera peut être sa critique des livres numériques un peu excessive, où l'on sent son amour du livre et sa nostalgie profonde de la relation que l'on a avec le papier mais n'oublions pas que l'on ne peut pas prévoir le futur, le papier n'a sans doute pas dit son dernier mot, les liseuses n'étant que des artefacts technologiques sans doute temporaires, avant le papier ... numérique qui réunira le meilleur des deux.
Bref, on passe un très bon moment, un livre peu connu mais qui monte qui monte ... (traduit en italien), un auteur à l'humour à suivre.
A éviter d'acheter en version Kindle bien sûr ...
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Commenté en France le 7 août 2019
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Je n'aime pas que l'on qualifie un livre de produit. Vous devriez modifier vos formulations. Cela étant, CE LIVRE est remarquable, bien plus que cela même.
Commenté en France le 8 juillet 2015
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Une merveille que J'ai lu trop vite, comme souvent les livres que l'on aime.
Une point de vue pessimiste, qui explique pourquoi le pessimisme et plus que justifie. Ce n'est pas le futur du livre qui fait peur, c'est le present...
Une point de vue pessimiste, qui explique pourquoi le pessimisme et plus que justifie. Ce n'est pas le futur du livre qui fait peur, c'est le present...
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