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Les Infidèles Broché – 22 août 2002

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Description du produit

Extrait

Ce qui m'a fait le plus de mal, lorsqu'elle t'a quitté, c'est que j'ai compris pourquoi. Ta retenue, ton élégance de mou. Tu aurais dû la frapper. Elle te hurlait je baise avec un autre, avec lui on ne fait que ça, elle répétait cette phrase devant ta mine décomposée comme tu me la répéteras plus tard, le visage abîmé de tics que je ne te connaissais pas. Elle te crachait son venin, ce vieux suc tournoyant qui depuis des mois venait battre à ses lèvres, taper au bas de son ventre pour finalement éclabousser ton front : la giclée si longtemps exigée te salissait devant témoins, son amie et sa sœur incapables de la faire taire, de lui souffler simplement arrête, s'il te plaît, Pénélope, ne dis pas ça. Tu aurais dû cracher à ton tour, lui prédire sa sortie, cette patte d'oie où se divise le chemin de l'hystérie : d’un côté l'apaisement d'une vie toute programmée, de l’autre celui que dispensent les cachets - la vie minable ou l'asile. Elle jetait tes livres dans le carton, prenait sa sœur à partie de ta lenteur. Tu avais du mal à rassembler tes idées, tes affaires. Il y avait ce souffle au fond de ton oreille. Osais-tu seulement la regarder ? Avec lui on ne fait que ça. Ce bourdonnement. Elle te quittait si joliment. Des mois plus tard, tu auras le culot de m'avouer que même alors tu t'inquiétais pour elle.
Je revois tous ses bâillements. Trouvait-elle le temps long, la petite princesse d’Auxerre ? Tu passais le tien dans les livres. Tu ne t'occupais pas d'elle. Tu la trompais avec Merleau-Ponty, avec Sartre et Husserl. Un vrai malade. Tu ignorais que la philosophie rend cocu. Vous êtes partis vivre à Bruxelles. La fuite. Tes amis, à Paris, la dégoûtaient, ils se défonçaient, ils s'ennuyaient. Elle leur trouvait les ongles noirs. Probablement as-tu oublié ce détail, mais tu souriras, je crois, en en retrouvant le souvenir : elle s'était plainte à toi de l'état de mes ongles. Pénélope avait, à Bruxelles, un poste chez Paribas, tu avais ton sujet : « Merleau-Ponty, la chair du monde comme notion dernière d'une philosophie inaboutie ». Magnifique sujet. Au fait, as-tu vu Gorge profonde ? Tu me trouves vulgaire, mais c'est ce qui te manque, justement, ce petit rien de vulgarité qui fait craquer les filles et plier les hommes. Tu as le « je t'encule » difficile. Je t'encule toi et ta race de petites bourgeoises d’Auxerre en quête d'un marchand de meubles pour vous calmer enfin, vous caler comme il faut : sur la belle table du salon, les jambes repliées comme une sauterelle. Elle serait restée, peut-être. Mais tu préférais minauder, elle t'attendrissait. Tu prenais ses mimiques chafouines : vous miauliez de concert en votre confortable exil. Elle t'obligeait à devenir celui qu'elle allait fuir.
La seule fois où vous m'avez invité, j'ai été frappé par les coussins. Il y en avait partout. Je t'accuse d'y avoir pris goût : vingt pages par jour, tes cigarettes légères, ta jolie femme midi et soir. Elle se couchait à 22 h 30. Tu travaillais la nuit et, lorsque tu la rejoignais, elle se blottissait contre toi, sans se réveiller mais avec une manière d'excès qui t'effrayait parfois. Quelque chose d'animal, m'avais-tu confié. Elle partait tôt le matin. Le week-end, quand vous quittiez Bruxelles, c'était pour rejoindre Auxerre, où ses parents vous accueillaient avec des confitures maison. Je trouvais le crochet par Paris un peu court. Bruxelles-Auxerre, avoue-le maintenant, c'était perdu d'avance. Tu coupais du bois avec son père. Vous aviez la chambre d'amis, qui donnait sur le jardin. Je t'accuse de t'être laissé endormir, par son cul d'abord puis par sa bourgeoisie. Picorer de bonnes phrases, faire voler en éclats quelques copeaux de bois, ironiser sur ma façon de manger. Elle a flatté, d'année en année, tout ce qui en toi aspirait à cette vie moisie. Tu avais renoncé à une partie de toi, pour t'étonner ensuite qu'elle renonçât aux restes.

C'est mon tour, aujourd'hui, de rouler vers Bruxelles, mais je m'arrêterai à Cambrai, lorsqu'il fera jour, et je cognerai l'estrade de mon talon pour leur parler du corps, du désir et de Dieu. C'est toujours le même rituel lorsque je quitte l'autoroute de Lille. Je baisse la vitre pour que le froid me tienne éveillé. Je monte le son pour que le rythme lent et compliqué du danzón cubain, dominant le tumulte du vent qui s'engouffre par claques, change en belle humeur ma torpeur d'ahuri. Les mains sur le volant, j'enflamme le panneau bleu d'une pression des doigts : Bruxelles. Je vérifie surtout mon plaisir. Des nappes de brouillard m'attaquent et se dissipent aussitôt. Le chauffage crache à fond, j'ai l'oreille gauche gelée et dans la pleine tourmente de mon chaud-froid je pense à toi. Je me suis tellement foutu de ta gueule. Nous vivions la nuit, tu vivais en Belgique. Nous dansions jusqu'à midi, tu brunchais à Bruxelles.
C'est l'histoire d'un mec qui mesurait un mètre quatre-vingt-dix et ressemblait à Chris Isaak. Arthur, de son prénom. On l'avait vu plus d'une fois à l'arrière d'une vieille décapotable, enroulé comme un Indien dans un jeu de couvertures. Il avait cette façon de tirer sur le joint et de se redresser, pour goûter en même temps la délicatesse de l'herbe et la brutalité du vent. Il était trop heureux. Il est parti s'enterrer avec sa dame au pays des moules-frites. Et vous savez pourquoi ? Pour la carrière de sa douce. L'Europe. Mais l'Europe l'a renvoyé en France avec son carton dans les bras – ses livres de phénoménologie, quelques pochettes de notes, des bibelots fracturés. Toute une vie mal résumée. Je t'imaginais sur ta placette, sous ce ciel bas qui écrasait déjà les fronts débiles des villageois de Bruegel ou de Steen. Tu vivais dans un fabliau déplacé. Il y avait la guerre à moins de deux heures de Paris. Il y avait ta connerie à moins d'une heure de train.
Je sais ce que tu répondrais : je suis mal placé pour donner des leçons. Mais lorsque j'imagine la scène où tu te venges de ce que tu as subi, un sentiment étrange, que je comprends encore mal, vient narguer ma douleur. Le soulagement, peut-être, de voir s'estomper la vision que j'ai eue lorsque Lena t'a ouvert notre porte. Nous sûmes, dès cet instant, que nous allions t’accueillir, et qu’il te faudrait du temps pour pouvoir repartir : tes genoux s'embrassaient, au-dessus du carton tes yeux refusaient même de fuir, avouaient l'échec de tout ce que l'on s'était promis. Alors voilà : je ne m'abstiens pas. Cette force me vient de l'automne, tu le sais. L'automne, il y a dix ans. Mon père perdait sa femme, maman perdait sa mère, ma sœur tout cela, moi je laissais pousser mes cheveux. J'apprenais le prix du sourire. Je jouais mes rôles. Tu commences à comprendre. Rock and roll mon ami. Les mecs comme moi ne s'écroulent qu'une fois par an et ils prennent bien soin de débrancher le téléphone. Elles peuvent m’insulter, trouver les mots les plus blessants : les mecs comme moi ont une infinité de cartouches, voilà ce que je leur réponds en finissant mon verre. Mais je te laisse, j'arrive à Cambrai. Et cette phrase me revient, elle me revient souvent lorsque le jour se lève et que le brouillard vient pleurer sur ma vitre : « il est trop tard en moi pour une part de moi ». J'en ai oublié l'auteur, mais j'essaie encore de croire qu'il a tort.

Quatrième de couverture

« Ce qui m'a fait le plus mal, lorsqu'elle t'a quitté, c'est que j'ai compris pourquoi. Ta retenue, ton élégance du mou. Tu aurais dû la frapper. Elle serait restée, peut-être. Mais tu préférais minauder, elle t'attendrissait. Elle t'obligeait à devenir celui qu'elle allait fuir. La seule fois où vous m'avez invité, j'ai été frappé par les coussins. II y en avait partout. Je t'accuse d'y avoir pris goût. Je t'accuse de t'être laissé endormir, par son cul d'abord puis par sa bourgeoisie. Elle a flatté, d'année en année, tout ce qui en toi aspirait à cette vie moisie. Tu avais renoncé à une partie de toi, pour t'étonner ensuite qu'elle renonçât aux restes. »

Qui sont les infidèles ? Ces hommes qui ont oublié de rester fidèles à eux-mêmes, ou les femmes qui les trompent ? À moins qu'il ne s'agisse de ceux, simplement, qui ont cessé de croire. La nuit, sur l'autoroute, Alban cherche l'image qui résumerait ces mois vécus à trois, ces soirées parisiennes. Le jour il parle à ses élèves de ces hommes jetés dans l'existence par un Dieu qui s'en fout. Les notions défilent - la passion, la vérité, l'idéal... et le texte de son cours se retrouve éclaté de l'intérieur par celui de sa vie privée. II finira à genoux sur l'estrade, relevé par une gamine aux cheveux rouges.

Charles Pépin a vingt-neuf ans. Les infidèles est son second roman, après Descente (Flammarion, 1999).

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