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L'armée furieuse Broché – 15 mai 2011

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Description du produit

Extrait

Il y avait des petites miettes de pain qui couraient de la cuisine à la chambre, jusque sur les draps propres où reposait la vieille femme, morte et bouche ouverte. Le commissaire Adamsberg les considérait en silence, allant et venant d'un pas lent le long des débris, se demandant quel Petit Poucet, ou quel Ogre en l'occurrence, les avait perdues là. L'appartement était un sombre et petit rez-de-chaussée de trois pièces, dans le 18e arrondissement de Paris.
Dans la chambre, la vieille femme allongée. Dans la salle à manger, le mari. Il attendait sans impatience et sans émotion, regardant seulement son journal avec envie, plié à la page des mots croisés, qu'il n'osait pas poursuivre tant que les flics étaient sur place. Il avait raconté sa courte histoire : lui et sa femme s'étaient rencontrés dans une compagnie d'assurances, elle était secrétaire et lui comptable, ils s'étaient mariés avec allégresse sans savoir que cela devait durer cinquante-neuf ans. Puis la femme était morte durant la nuit. D'un arrêt cardiaque, avait précisé le commissaire du 18e arrondissement au téléphone. Cloué au lit, il avait appelé Adamsberg pour le remplacer. Rends-moi ce service, tu en as pour une petite heure, une routine du matin.
Une fois de plus, Adamsberg longea les miettes. L'appartement était impeccablement tenu, les fauteuils couverts d'appuie-tête, les surfaces en plastique astiquées, les vitres sans trace, la vaisselle faite. Il remonta jusqu'à la boîte à pain, qui contenait une demi-baguette et, dans un torchon propre, un gros quignon vidé de sa mie. Il revint près du mari, tira une chaise pour s'approcher de son fauteuil.
- Pas de bonnes nouvelles ce matin, dit le vieux en détachant les yeux de son journal. Avec cette chaleur aussi, ça fait bouillir les caractères. Mais ici, en rez-de-chaussée, on peut garder le frais. C'est pour ça que je laisse les volets fermés. Et il faut boire, c'est ce qu'ils disent.
- Vous ne vous êtes rendu compte de rien ?
- Elle était normale quand je me suis couché. Je la vérifiais toujours, comme elle était cardiaque. C'est ce matin que j'ai vu qu'elle avait passé.
- Il y a des miettes de pain dans son lit.
- Elle aimait ça. Grignoter couchée. Un petit bout de pain ou une biscotte avant de dormir.
- J'aurais plutôt imaginé qu'elle nettoyait toutes les miettes après.
- Pas de doute là-dessus. Elle briquait du soir au matin comme si c'était sa raison de vivre. Au début, c'était pas bien grave. Mais avec les années, c'est devenu une obnubilation. Elle aurait sali pour pouvoir laver. Vous auriez dû voir ça. En même temps, cette pauvre femme, ça l'occupait
- Mais le pain ? Elle n'a pas nettoyé hier soir ?
- Forcément non, parce que c'est moi qui lui ai apporté. Trop faible pour se lever. Elle m'a bien ordonné d'ôter les miettes, mais à moi, ça m'est drôlement égal. Elle l'aurait fait le lendemain. Elle retournait les draps tous les jours. A quoi ça sert, on ne sait pas.

Revue de presse

Fred Vargas revient en force avec une intrigue construite autour d'une légende millénaire. On y retrouve son personnage récurrent, le commissaire Adamsberg...
L'univers de Fred Vargas. Les seconds rôles récurrents (l'inspecteur Adrien Danglard et son savoir encyclopédique ou le lieutenant Violette Retancourt et sa redoutable efficacité) ; le style précis et précieux (le goût de la culture, l'importance des lieux) ; les intrigues à plusieurs niveaux (trois enquêtes enchevêtrées et menées à leur terme). Le sens des détails qui éclate en fusées multicolores. Tout se résout par une tache de naissance, des emballages de morceaux de sucre, une façon de lacer ses chaussures. L'auteur de Sous les vents de Neptune (2004) explore divers milieux sociaux à travers des hommes prisonniers de leurs origines...
Elle continue à voyager, à travers les ambiguïtés et les complexités des hommes, dans des contes policiers aux chemins balisés. Elle malaxe la matière humaine. (Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 8 mai 2011)

On en mettrait sa main à couper : L'Armée furieuse de Fred Vargas - au premier tirage de 300 000 exemplaires - devrait connaître un succès comparable à celui du dernier policier de la dame, Un lieu incertain (soit plus de 570 000 exemplaires, toutes éditions confondues). Encore une fois, tout y est, la pertinence des personnages, l'intelligence du scénario, la finesse de l'intrigue, le tout teinté d'un humour quasi british. Pièce maîtresse du puzzle : le commissaire Adamsberg, bien sûr, avec sa tenue négligée et ses fautes d'orthographe, faux lent et vrai stratège, flanqué de ses compères de la brigade criminelle de Paris, Danglard, le puits de sciences soiffard, et Veyrenc, le Béarnais versificateur en chef. La fine équipe va se débattre avec deux affaires : d'un côté, une sombre histoire de meurtres dans le Calvados, nourrie par une légende médiévale ; de l'autre côté, l'incendie criminel d'une Mercedes avec, au volant, le PDG d'un grand groupe industriel... (Marianne Payot et Delphine Peras - L'Express, mai 2011)

On entre dans ce roman comme le Petit Poucet dans la forêt. En suivant des miettes de pain qui courent de la cuisine à la chambre, où repose une ex-­accro du ménage que son mari a fini par étouffer après cinquante ans de mariage. Outre que ce meurtre à la mie de pain se ­révèle typiquement vargassien - une histoire cruelle piquée de fantaisie -, il introduit parfaitement à l'univers du conte dont l'auteur se réclame avec constance. La magie opère ainsi immédiatement, que l'on ait lu ou pas ses dix précédents romans, que l'on soit ou non amateur du genre policier. Car les livres de Fred Vargas ont le pouvoir d'attraction des «histoires» que l'on se raconte de toute éternité, celles dont le mystère résiste, à mi-chemin entre légende et réalité, suffisamment intrigantes et extra­ordinaires pour qu'on les écoute bouche bée, suffisamment proches du quotidien et des angoisses de tout un chacun - celle de la mort en particulier -pour qu'on y croie dur comme fer...
Pour le lecteur, c'est un plaisir sans fin. (Michel Abescat - Télérama du 11 mai 2011)

Mais telles les idées-arbalètes qui pétrifient son commissaire Adamsberg, l'Armée furieuse est traversé par une ligne claire, une saisissante limpidité. En rien affaiblie par l'interminable affaire Battisti, Vargas s'avère toujours plus affûtée et précise tout en restant au coeur du sentiment...
L'homme est un loup pour l'homme : tous les polars fonctionnent à partir du postulat hobbesien. Oui, mais l'homme est aussi sensible, fragile, compassionnel et solidaire, propose Fred Vargas qui n'a jamais manifesté d'empathie pour le libéralisme et qui s'arrange toujours pour que ses romans finissent sur une note résiliente. Ce pourrait être niais, ce sont d'admirables contes de faits. (Sabrina Champenois - Libération du 19 mai 2011)

Si la tradition de l'intellectuel engagé venait à se perdre dans notre pays, c'est un peu du génie français qui déclinerait. Et puis, ne pas oublier qu'avant de devenir une championne du roman policier Fred Vargas fut une éminente archéozoologue doublée d'une spécialiste mondiale de la peste. Cela ne lui enlève pas sa subjectivité et sa passion, mais lui ajoute un supplément de rigueur et de cartésianisme. Et la littérature dans tout ça ? Elle se porte visiblement très bien...
Ce qui ne cesse de fasciner chez Vargas, c'est son exceptionnelle aptitude à faire convoler réel et fantastique. Il y a du André Hardellet et du Dino Buzzati dans cette prouesse littéraire. (Albert Sebag - Le Point du 19 mai 2011)

Jamais, sans doute, Fred Vargas ne s'était aussi franchement et aussi profondément expliquée sur sa méthode d'écriture, sa conception du métier d'écrivain et le rôle même que joue le roman policier. Parole d'archéologue ! (Christine Ferniot - Lire, juin 2011)

Rien ne manque dans cette «Armée furieuse» des saveurs de la Vargas touch : le suspense délectable qui ne faiblit pas d'une page à l'autre, la brutalité des relations humaines sublimée par l'utilisation des contes et légendes, la finesse du dialogue entre Adamsberg et ses fidèles Veyrenc et Danglard, l'effet cathartique du dénouement et la sensation du lecteur de rentrer d'un long voyage peu banal. (Anne Crignon - Le Nouvel Observateur du 2 juin 2011)

Trois ans après son Lieu incertain qui flirtait avec les vampires de Transylvanie, la créatrice du récurrent commissaire Jean-Baptiste Adamsberg et de sa troupe sympathique d'enquêteurs nous jette au milieu de ces zombies dont la cavalcade laisse toujours ensuite place à un silence fracassant et à des morts... ceux-ci évidemment bien réels...
Il s'agit bien de mener une enquête policière (plusieurs en parallèle souvent, et qui s'entremêlent plus ou moins) et de bien mener à son terme un roman policier, c'est-à-dire de mener son lecteur par la main de bout en bout et surtout, surtout, par le bout du nez. Sur ces chemins-là, Fred Vargas a toujours excellé. (Michaëlle Petit - La Croix du 29 juin 2011)

Rien de superflu en effet dans le dernier Vargas, L'Armée furieuse, qui s'installe en tête des meilleures ventes, comme tous ses romans publiés depuis plus de quinze ans chez Viviane Hamy. Une histoire à ne pas raconter, dans une Normandie pas vraiment arrivée au XXIe siècle. "Je relisais un très bon livre sur les légendes du Moyen Age, se souvient Fred Vargas, et je suis tombée sur cette Armée furieuse - déjà le choc des mots me plaisait - dite aussi la Grande Chasse, notamment. Une armée de morts-vivants qui se saisissait des méchants. Et ceux-ci mouraient dans les semaines suivantes. En faire une histoire contemporaine était excitant, mais pas facile. J'ai mis longtemps à voir comment cela allait fonctionner." Et ça fonctionne. "Il se trouve que je connais bien la Normandie. Du temps de ma grand-mère, il y avait encore des gens qui se jetaient des sorts. Cet archaïsme m'a frappé, dans mon enfance." Elle s'en est magistralement servie dans cette Armée furieuse que va devoir affronter son personnage fétiche, le commissaire Adamsberg. Avec les digressions qu'on aime chez Vargas. (Josyane Savigneau - Le Monde du 7 juillet 2011)

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