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Cet excellent ouvrage constitue en quelque sorte la suite d'une réflexion débutée depuis longtemps (voir notamment deux livres passionnants: "la tyrannie de la faiblesse", et "pour en finir avec l'idéologie antiraciste"), dont les principaux thèmes sont ici repris, mais dans une approche plus large, plus approfondie, plus historique aussi, et tout à fait passionnante.

Paoli ne sera sans doute pas invité sur les plateaux de notre télévision chien de garde du politiquement correct qui enserre et appauvrit la pensée en France. On peut aussi douter que Telerama, ou les Inrockuptibles, ou le Nouvel Obs, ou toute autre publication aux ordres d'un certain banquier très bien-pensant, lui accordent la moindre place, sauf peut-être pour une critique destructrice et dénigrante: nos intellocrates se doivent de protéger le champ privé de leur pauvre pensée dépassée...

Car Paoli se livre à une implacable analyse des faiblesses et des limites de l'évolution de nos sociétés occidentales. Il met en évidence les ressorts de ce malaise, mais on pourrait aussi dire de ce déclin, avec une perspicacité rare. Il regroupe ces ressorts en trois thèmes: d'abord, le malaise lié à l'histoire: on ne peut exister sans passé, alors il faut détruire ou fausser celui-ci pour l'adapter aux besoins de nos idéologues "de gauche".

Ensuite, le malaise lié à la perte des repères et des valeurs, qui mène à une anomie dangereuse et avilissante. Il s'insurge contre l'idéologie mortifère qui veut tout effacer, tout relativiser, et dont notre gouvernement de gauche s'acharne à mettre en oeuvre bien des volets: théorie du genre, PMA, GPA, projet de dépénalisation, refus des différences...

Enfin, le malaise lié à un certain "démocratisme" exacerbé, qui met en garde contre une interprétation trop excessive et brutale de principes démocratiques qui s'en trouvent dénaturés, et qui va jusqu'à mettre en cause cette "théologie des droits de l'homme" qu'il faut savoir observer comme ce qu'elle est: une nouvelle religion à tendance nihiliste, et combattre.

Au total, un chef d'oeuvre "jubilatoire" (comme dit Sevillia dans Valeurs Actuelles), de quoi donner des cauchemars à nos intellos autoproclamés gardiens de la bien-pensance, à bien de nos politiciens, surtout de gauche, et aussi aux technocrates bruxellois au service de cette mortifère idéologie!
11 commentaire| 31 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
Peu de chance que Paul-François Paoli courre les médias pour faire la promo de son essai sur les plateaux d'On N'est Pas Couché ou autres émissions d'autopromo braillarde et nombriliste comme il en existe tant. Si tel était néanmoins le cas, la bienpensance politico-médiatique aurait tôt fait de le réduire au silence avec force caricatures et raccourcis faciles.

Journaliste et chroniqueur pour Le Figaro, La Revue des deux mondes, Spectacle du Monde et Famille Chrétienne, l'auteur ouvre son essai sur une question: "La France est-elle au bord de la guerre civile ?". S'en suivent 300 pages d'un acte d'accusation en bonne et due forme du républicanisme français et de ses dérives. Prenant pour base le mariage homosexuel, le débat qu'il y eut (ou pas) autour, Paoli montre que la gauche a réussi à imposer un surmoi idéologique fondée sur l'idée d'une République française parlant au nom de toute l'humanité. La maladie de la France est culturel et non politique, ainsi gauche et droite se trouvent mélées, et trouve son explication dans le rejet du christianisme de la vie publique. Pour l'auteur, le catholicisme est consubstantiel à l'identité historique de la France, ce que se plaisent à faire semblant d'ignorer la plupart de nos hommes politiques au prétexte d'une République laïque qui n'en a que le nom. Les autres religions ont tout à fait le droit de citer dans le pays, mais il faut garder à l'esprit qu'elles n'ont pas participé, en tant que tradition, dans le développement de l'identité de ce pays.

Lorsqu'il met les responsables de gauche face à leurs contradictions ("Vous ne pouvez pas être libéral et culturaliste , ou si vous êtes l'un ou l' autre . Vous ne pouvez pas promouvoir la théorie du genre et le mariage gay , et en même temps affirmer le droit des minorités non - européennes à vivre selon leurs propres normes"), Paoli est tout à fait convaincant et loin de tout esprit polémique que l'on se plaira sans doute à lui prêter ici ou là.

Paul-François Paoli pense en dehors des clous médiatiques, qui pourrait l'en blâmer ? Face au déferlement de propagande toujours plus universaliste, à même de faire taire toute voix discordante, voilà une lecture instructive pour tous ceux qui ne se retrouvent plus dans la France, et son avenir, telle qu'ils lui sont présentés jour après jour.

CREW.KOOS
44 commentaires| 35 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
Le livre ouvre sur la question de la possibilité de la guerre civile en France et le simple fait que cela ne nous choque nous montre le chemin parcourut par ce pays vers le bas.

Paoli nous livre une analyse brillante et terriblement lucide de l'idéologie du surmoi de gauche qui a réussi a gagné l'ensemble de la sphère politique. Il montre le détournement de la devise républicaine par les lobbies, parle de ce que l'on pourrait appelé le christian bashing. Un livre loin du politiquement correct et du prêt à penser des médias qui n'en doutons pas ne feront aucun espace pour promouvoir cette pensée qu'ils abhorrent.

Petit bémol Paoli adopte le point de vue du mariage pour tous et son axe est très catholique mais une large part de la résistance à ce prêt à penser, de cette révolution conservatrice qu'il annonce et qu'il appelle de ses voeux vient également d'une partie moins religieuse du pays comme les petits blancs de banlieue et des suburbs qui rejettent en bloc le multiculturalisme, les médias à la botte du pouvoir, la finance internationale, l'immigration. C'est la fusion avec cette partie de gauche qui a fait du Front national le premier partie ouvrier de France grâce à une gauchisation du programme économique de ce parti.

Ceci étant dit, l'analyse reste brillante, iconoclaste et souvent jubilatoire. Les journalistes et autres contremaîtres de la pensée vont excommunier l'auteur mais vous lirez Paoli avec joie et effroi.
22 commentaires| 17 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
♦ Paul-François Paoli, qui est chroniqueur au Figaro littéraire et auteur de nombreux essais, vient de publier un livre intitulé « Malaise de l’Occident/ Vers une révolution conservatrice ? » aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Conservatisme et libéralisme

L’ouvrage de Paul-François Paoli est consacré à l’opposition entre conservatisme et libéralisme qui est désormais l’opposition centrale du débat philosophico-politique contemporain ; la pseudo-opposition entre droite et gauche n’est que l’élément essentiel de la démocratie parodique et spectaculaire orchestrée par l’oligarchie : « Autrement dit, le vrai clivage n’est plus tant entre droite et gauche, même si celui-ci persiste, qu’entre conservatisme et libéralisme ».

conservatriceLe libéralisme est fondamentalement et radicalement individualiste et, de ce fait, mondialiste, universaliste, hostile à tous les enracinements et favorable au nomadisme. Il admet l’égoïsme (depuis Mandeville), le désengagement à l’égard de toute forme de communauté (les libéraux nient même la société : « There is nothing such as a society », disait la Dame de fer !) et favorise le développement du narcissisme. L’obsession individualiste conduit à la négation de tous les déterminismes, qu’ils soient naturels, culturels ou historiques, et génère le fantasme de l’auto-engendrement de soi.

« Ici encore il ne s’agit pas de verser dans l’idolâtrie particulariste mais de comprendre à quel genre de psychose la fragilité identitaire expose les individus. Distinction entre les sexes, entre les enfants et les parents, entre les éducateurs et les élèves. Distinction entre les cultures qui ne doivent pas empêcher les échanges mais au contraire leur donner du sens. Notre conviction est que ni la métaphysique républicaine, ni l’optimisme libéral ne peuvent répondre à ces défis. Seul un conservatisme éclairé et assumé le peut, un “conservatisme” auquel nous donnons un sens civilisationnel et que nous opposons à la barbarie, que nous définissons comme le règne de l’informe et de l’indistinct. »
En effet l’idéologie libérale-libertaire qui a gagné la quasi-totalité des classes politique et médiatique a pour objectif l’indistinction et, comme conséquence, l’informe. Indistinction parce qu’il n’y a plus, pour les tenants de cette idéologie, ni femmes ni hommes, ni Blancs ni Noirs, ni Bretons ni Auvergnats, mais seulement des bipèdes génériques qui prétendent se « construire » et se « reconstruire » eux-mêmes. Non seulement cette idéologie ignore les héritages naturels et culturels mais, de plus, elle s’oppose à toute « mise en forme » des humains selon des règles de vie et d’éthique propres à chaque culture particulière. Le bipède nomade et cosmopolite choisit ou établit lui-même les règles auxquelles il accepte momentanément de se plier. Le résultat de ce processus est très largement observable dans les sociétés occidentales au sein desquelles l’égoïsme, le narcissisme, l’obsession du sexe et de la richesse sont les « valeurs » montantes. La civilisation libérale-libertaire a entamé un processus entropique qui en fera une civilisation informe ; mais sera-ce encore une civilisation ou un agrégat néo-primitif constitué de bandes concurrentes utilisant tous les moyens à leur disposition pour parvenir à leurs fins ?

Puisque nous parlons de l’opposition entre libéralisme et conservatisme, il n’est pas inutile d’évoquer le cas des « conservateurs-libéraux », ces libéraux qui sentent bien que la société libérale est une société dans laquelle la révolution est permanente, ce qui interdit le maintien de toute tradition. Ils ont imaginé une société qui serait donc libérale en économie et conservatrice en matière culturelle, mais, comme le philosophe Jean-Claude Michéa l’a montré, le libéralisme est un bloc et il n’est pas possible d’établir une cloison étanche entre ses deux pôles. Le libéralisme culturel mène au libéralisme économique (c’est ce qui se passe du côté gauche de l’échiquier politique) et le libéralisme économique implique inévitablement une plongée dans le libéralisme culturel (c’est ce que nous observons du côté droit du même échiquier). Le libéral-conservatisme est une impasse parce que le libéralisme est la négation du conservatisme.

Paul-François Paoli résume très bien la nature de l’opposition entre libéralisme et conservatisme :

« En ce sens, libéralisme, socialisme, féminisme sont les progénitures d’un même projet issu des Lumières dont l’objet est de faire émerger une humanité unifiée à l’aune de l’Homme Universel. A cela s’oppose radicalement le conservateur, quel qu’il soit. Au nom de la liberté de rester soi-même, mais surtout au nom de la diversité. Diversité des races, des cultures, et des sexes. Diversité des individus. »
Il définit très justement le conservateur comme celui qui s’oppose au règne de l’Individu intégral et qui « préserve l’homme du danger de l’autonomie radicale et prétend même l’en préserver contre lui-même ».

De Gaulle : un conservateur républicain

Paul-François Paoli considère, à juste titre, que le général De Gaulle a été, parmi les hommes politiques français du siècle dernier, un des rares authentiques conservateurs. La dimension profondément conservatrice de la pensée gaullienne a été gommée par les récupérateurs de gauche mais on peut ajouter qu’elle l’a été également par ses pseudo-héritiers de droite. Les uns et les autres s’emploient à rabattre la pensée gaullienne sur l’idéologie des droits de l’homme à laquelle le Général était totalement étranger. Ce n’est pas pour défendre les droits de l’homme qu’il est parti en Angleterre mais pour tenter de libérer la nation française qui ne se résume nullement à la Révolution française et aux Lumières, contrairement à tout ce que les médias et les politiciens veulent nous faire croire. D’ailleurs, comme le fait remarquer Paul-François Paoli, le Général ne se référait pas à la Révolution française ni aux ténors révolutionnaires ; il avait intégré dès avant la guerre de 1914-1918 l’idée de république mais nous ignorons le sens qu’il lui donnait. Il est permis de penser cependant que ce n’était pas celui que lui donnent nos républicains sans-culottes qui sont les héritiers d’une pensée foncièrement libérale (faiblement teintée de républicanisme romain en général et marquée plus ou moins par l’égalitarisme selon les courants) :

« Ce qui distingue la pensée gaullienne du messianisme républicain est ceci : il y a un peuple français au fondement de la nation. C’est ce peuple, nous croyons l’avoir montré dans nos précédents ouvrages (notamment La France sans identité et Pour en finir avec l’idéologie antiraciste), qui est occulté par la république officielle de Peillon et consorts qui ne connaissent que des citoyens. Occultation qui est, selon nous, la raison fondamentale de l’apparition du Front national dans les années 1980, lequel se construit sur les ruines du gaullisme politique. Aux yeux d’un De Gaulle, la légitimité de l’Etat français est fondée sur un peuple, le peuple français, dont la francité n’est pas réductible à la citoyenneté mais relève aussi d’un sentiment d’appartenance historique et culturelle. »
Il est clair que le Général raisonnait en termes ethniques ; que ce soit concernant l’Algérie, dont il voulait se séparer parce qu’il n’était pas possible selon lui d’intégrer les Arabes, ou bien concernant la Russie éternelle, qui persistait sous la chape de plomb soviétique (c’était particulièrement bien vu), il accordait une importance décisive aux permanences ethnoculturelles. Ainsi dans une directive au Garde des Sceaux du 12 juin 1945, il écrivait :

« Sur le plan ethnique, il convient de limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux, qui ont depuis un demi-siècle profondément modifié la composition de la population française. Sans aller jusqu’à utiliser, comme aux Etats-Unis, le système rigide des quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Danois, Anglais, Allemands, …). »
Pour une Europe conservatrice des nations

« Le destin de la France, même si celle-ci continue de cultiver des liens légitimes avec l’Afrique et le monde arabo-musulman, se trouve d’abord en Europe et c’est à l’Europe qu’il faut épargner le déclin civilisationnel, une Europe qu’il faut concevoir à partir des nations historiques qui la composent et non contre elles. C’est à cela que la “révolution conservatrice” que nous appelons de nos vœux doit nous préparer. »
Cette vision de l’Europe, qu’il n’a malheureusement pas développée, est dans le droit fil de la pensée gaullienne. Dans son discours du 23 février 1953, le Général disait :

« Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités. Or, la réalité, c’est qu’actuellement l’Europe se compose de nations. C’est à partir de ces nations qu’il faut organiser l’Europe et, s’il y a lieu, la défendre. »
Soixante ans plus tard, la situation n’a pas fondamentalement changé, même si les sentiments nationaux se sont affaiblis ; mais quand l’heure est au doute, c’est vers les nations historiques que les Européens se tournent. Les peuples forgés par l’histoire existent toujours, sans doute pour longtemps encore, tandis qu’il n’y a toujours pas de peuple européen. Or sans peuple, il ne peut pas y avoir de démocratie ; c’est sans doute la raison pour laquelle l’Union européenne a développé la notion de « gouvernance » qui est une variante politiquement correcte du despotisme.

Bruno Guillard
12/05/2014

Paul-François Paoli, Malaise de l’Occident/ Vers une révolution conservatrice ?, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 303 pages.

Correspondance Polémia – 14/05/2014
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le 12 mai 2014
C'est une excellente analyse, lucide et courageuse.
Malaise de l'Occident : C'est évident! Quel incroyable merdier! La classe dominante (la majorité des journalistes et des hommes politiques) a ouvertement tourné le dos à toutes les valeurs et en rigole (droiture, fidélité a la parole donnée, travail, décence élémentaire). Pourtant elles forment le substrat du "vivre ensemble". Tout ce qui comptait pour nous autrefois est tombé dans la boue.
Voyez les derniers scandales! Voyez la quasi impunité des criminels.
Voyez l'extraordinaire impuissance des puissants!
Voyez l'Europe. Comment qualifier ces responsables qui ont mélangé dans le même "panier" la Grèce, Malte et l'Allemagne ? Des imbéciles ou des criminels?
Le livre montre que faute d'un retour à des "valeurs" appuyées sur un Absolu notre civilisation va vers l'anarchie, le chaos, le crime banalisé, la guerre civile. A vrai dire nous y sommes presque.
La solution passe par une "révolution conservatrice" et elle s'esquisse, mais le chemin à parcourir semble bien long.
L'auteur parle de valeurs chrétiennes, mais le sel a perdu sa saveur et qui le lui rendra?

Claude Solard
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le 28 octobre 2014
J'ai découvert, par hasard, cet auteur et je dois dire que je suis très impressionné par la finesse et l'intelligence de ses propos sur un sujet qui pourtant se prête très facilement aux excès et anathèmes divers (cf. Zemmour). A recommander.
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le 2 mai 2014
Pour en finir avec le gauchisme ambiant, c'est excellent!
Première partie qui met à mal certaines idées reçues et c'est tant mieux!
bravo
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