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La Tombe du divin plongeur Broché – 1 mars 2012

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Extrait

LE CURÉ D'URUFFE ET LA RAISON D'ÉGLISE

Après avoir assassiné une de ses paroissiennes, enceinte de ses oeuvres et proche d'accoucher, Guy Desnoyers, curé de la paroisse d'Uruffe en Lorraine, l'avait éventrée avant d'énucléer le foetus puis de lui administrer les sacrements. Ce fait divers unique secoua profondément la France de la seconde moitié du XXe siècle. J'ai assisté au procès d'assises du curé d'Uruffe, qui se tint à Nancy en janvier 1958.

Quelqu'un cria au fond de la salle. Il y eut d'autres cris, une houle de surprise, des bousculades. Le président Facq ne releva même pas la tête, il continua de lire, à grande allure, les attendus du verdict. Il fallait en finir. Aux quatre questions qui leur étaient posées - le double crime, l'infanticide et la préméditation - les jurés et la Cour avaient répondu «oui» à la majorité. À la majorité également, il y avait lieu de reconnaître à l'accusé des circonstances atténuantes. Justice était faite : on escamota le curé d'Uruffe et les sept jurés lorrains qui venaient de le condamner aux travaux forcés à perpétuité. Les jurés furent rendus à la liberté par une porte dérobée du Palais de Justice. Et le curé avait depuis longtemps regagné sa prison qu'un fourgon cellulaire-piège, défendu ostensiblement par un triple cordon de police, mobilisait encore la foule sur la place du Palais.
Cette foule, dans sa majorité, était plus surprise qu'indignée : tombées du ciel aux termes d'une parodie de jugement, les circonstances atténuantes intervenaient à point pour sauver la tête du prêtre, mais comme le deus ex machina de la pièce, elles n'avaient aucun rapport avec ce qui s'était dit dans le prétoire. Ces circonstances qui «atténuaient» le crime de l'abbé Desnoyers - et elles existaient - n'avaient été évoquées par personne, à aucun moment de ce procès pudique : ni par l'accusé, ni par les témoins, ni par l'accusation, ni par la Cour, à peine par la défense - et d'une très curieuse façon, sur laquelle nous reviendrons. C'est qu'il eût fallu accorder au moins que ce crime de prêtre avait un sens, et pour cela l'inscrire dans l'histoire totale d'une vie, se résoudre en définitive à comprendre totalitairement ce prêtre et son crime. Cela s'appelle juger et c'est ce qu'on n'a voulu à aucun prix.
Le curé d'Uruffe, en dix heures de débats conduits au pas de charge par un président soucieux avant tout d'éviter que les vraies questions soient posées, n'a pas été jugé : le verdict d'indulgence, dans ces conditions, était scandaleux parce que injuste. Et la mort, aussi bien, eût été injuste. Pourtant, puisqu'on avait fait l'économie du véritable procès, puisqu'on avait décidé de ne pas comprendre, elle apparaissait comme la seule sanction logique. Rien n'excusait ce crime : il restait, après les débats, merveilleusement opaque, mais clair et connu en toutes ses circonstances matérielles. C'est la règle d'or de tous les procès de type répressif : celui de Nancy -jusqu'au verdict exclusivement - fut à cet égard une perfection. Il fallait donc en tirer la conséquence, punir, infliger la mort comme peine. La spectaculaire crise cardiaque de l'avocat général Parisot, qui, trois jours plus tard, dans cette même salle des assises de Meurthe-et-Moselle, refusa de requérir la peine de mort contre le deuxième assassin de la session, n'a pas d'autre sens : ce coeur d'airain supportait sans trembler les aubes blêmes de la guillotine, il n'a pas résisté à un scandale logique, celui d'une justice répressive qui refuse la répression. (...)

Revue de presse

C'est un livre incroyable où le paradis jouxte l'enfer et Capri, Sobibor. Où un guide de Chamonix, qui a «des rides de gaieté aux coins des yeux», côtoie l'unique témoin de l'extermination du peuple juif dans les crématoires d'Auschwitz. Où Jacques Tati voisine avec Himmler et le cascadeur Jean-Paul Belmondo avec Hitler. Où, d'une page l'autre, on assiste à la visite du pape Paul VI à Jérusalem et à l'installation des carmélites polonaises dans le camp où furent gazés un million et demi de juifs. Seul Claude Lanzmann pouvait réussir cette impossible alchimie : en même temps tout donner à la célébration du bonheur et ne rien céder à la condamnation de l'horreur. Cela tient au talent tempétueux d'un écrivain que la renommée du cinéaste a longtemps éclipsé, mais qui n'a pas attendu le tardif «Lièvre de Patagonie» pour s'exprimer. (Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 15 mars 2012)

Les portraits de Belmondo, Aznavour, Richard Burton, le chanteur Antoine, Gainsbourg, Jacques Tati ou François Périer sont beaux et révèlent les parcours de vrais talents, bien éloignés des notoriétés factices d'aujourd'hui. Le livre contient aussi des contributions et controverses plus récentes, à consommer avec une égale gourmandise et l'assurance de ne pas faire une lecture inutile. (Gilles Heuré - Télérama du 28 mars 2012)

Voici donc les meilleures pièces du dossier : des chroniques alimentaires destinées à Elle, le magazine d'Hélène Lazareff, à son opposition farouche à la guerre en Irak exposée dans quelque tribune du Monde ; d'une charge contre le préfet Papon publiée dans Les Temps modernes durant la guerre d'Algérie, à l'hommage prononcé lors de l'enterrement de sa mère, Paulette (1903-1995), dont il exalte «l'énergie» et la «géniale avidité»...
De la violence des blousons noirs aux effrois du mime Marceau, de la lucidité baladeuse du chanteur yé-yé Antoine à la ténacité sourcilleuse des archéologues du paysage biblique, Claude Lanzmann veut comprendre. Le sanglier étincelant de Shoah (1985), attaché au «comment» plutôt que courant après le «pourquoi», s'impose déjà dans sa façon d'assiéger, en 1958, le procès du curé d'Uruffe à Nancy. «Forcer les silences da ns toutes leurs retraites» et «se tenir au plus près du crime», telles sont la technique et la morale d'un transmetteur né. Il palpite encore et toujours en ce bas monde, qu'il soulève comme un ciboire avec des mines d'haltérophile. (Antoine Perraud - La Croix du 28 mars 2012)

Le réalisateur de " Shoah " a aussi été excellent journaliste. Un recueil d'articles le prouve...
Ce que Claude Lanzmann appelle " le journalisme alimentaire ", qu'il a pratiqué, parfois sous pseudonyme, entre 1950 et 1970, avant de faire des films, dont l'inoubliable Shoah (1985), est de l'excellent journalisme. Et si on lit avec intérêt des textes qu'on connaissait déjà, comme celui sur le curé d'Uruffe (1958), ou ceux de la partie " Guerres, politique et polémiques ", c'est par le chapitre " Portraits " - pour la plupart publiés dans le magazine Elle - qu'on est ébloui, qu'on revit avec nostalgie, toute une époque, essentiellement les années 1960...
Le bonheur de lecture est constant, qu'il s'agisse de Richard Burton, de Jacques Tati, de Jean-Paul Belmondo en 1964... (Josyane Savigneau - Le Monde du 5 avril 2012)

Claude Lanzmann a eu raison de publier ces «articles alimentaires» qui l'ont nourri de 1950 à 1970. On avait découvert avec son autobiographie, le Lièvre de Patagonie, que le cinéaste de Shoah et directeur des Temps modernes était un véritable écrivain. Mais là, ses portraits et reportages de pigiste pour le magazine Elle nous bluffent. Jeune intello qui zone avec Sartre et Beauvoir entre le Flore et les Deux Magots, il avait déjà découvert ce que la contre-culture américaine appellera plus tard le «nouveau journalisme». Le reporter a le droit de parler à la première personne, et de romancer son article. Lanzmann arrive à rendre palpitant des reportages people, tels ses deux jours hilarants à Capri surveillant Soraya, impératrice répudiée par le shah d'Iran, qui attend son prince italien (1959). (Annette Levy Willard - Libération du 31 mai 2012)

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le 26 août 2013
Format: Broché|Achat vérifié
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le 23 mai 2012
Format: Broché
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le 1 août 2012
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