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Une société en quête de sens Poche – 21 octobre 2000

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Description du produit

Revue de presse

Ce livre touffu, dense, passionné dans sa tentative de compréhension et de résolution de "l’exclusion" économique et sociale laisse un sentiment d’inachevé. Il comporte d’excellentes analyses de la déstructuration progressive des liens sociaux d’autrefois, familiaux et "villageois".
Sur l’importance prise par la vie professionnelle comme axe structurant de nos vies. Sur le passage d’une économie d’échanges fondés sur les services réciproques "donner-rendre" vers des échanges froidement contractuels, abrupts, le "je paye et puis c’est tout", qui se substitue au "vous me le rendrez plus tard".

Il est surprenant de constater à quel point les solutions sont envisagées presque exclusivement sous l’angle "institutionnel". Ca n’étonne pas parce qu’il semble naturel qu’un haut fonctionnaire français n’envisage les solutions que sous l’angle d’impulsions à prendre par les organismes sociaux et l’Etat - instaurer un cadre réglementaire au temps partiel et choisi, organiser la représentation des exclus, créer des postes de médiation et un service national civil de solidarité, puis une caisse nationale d’assurance-temps.
Mais cela étonne parce il n’est guère fait référence à tout ce que le corps social génère par lui-même, et qui il est vrai, n’est pas toujours "officiellement" perceptible. Comme les journalistes qui ne retiennent des "banlieues difficiles" que la misère et la déprime, sans rapporter la convivialité relationnelle et l’entraide au quotidien au sein de communautés notamment d’origine étrangère qui peuvent y rendre la vie chaleureuse.

Et face à l’exclusion économique et psychologique, le risque est grand de se défausser entièrement sur les structures pour régler les problèmes. En complément aux propositions de l’auteur, je pense que c’est moins des "structures et des lois" qu’il faut pour accompagner ce mouvement, qu’une dynamique du sens qui déclenche chez chacun des modifications même légères des attitudes et comportements, qui mis bout à bout, ajouteront ce supplément d’âme que quête le corps social en crise du sens. C’est moins une question de structure que de desseins proclamés, des comportements affichés et cohérents de personnes emblématiques. Dire et incarner, plus que réglementer et prescrire.

Dans l’entreprise, on est toujours surpris de la capacité de mobilisation des énergies liée au projet partagé plus qu’à l’optimisation de l’organisation ou du système de rémunération. Mais là aussi, pour que les choses aient un sens, il faut d’abord affirmer sa vision de l’objectif, du but commun, et indiquer quels sont les attitudes et comportements valorisés pour y parvenir. Alors, chacun pourra penser et agir par rapport à ces objectifs, et prendre les initiatives cohérentes avec le but de sa communauté.

Ainsi, le Management de l’Initiative commence t-il par affirmer la vocation de l’entreprise, puis de chacun, et les attitudes et comportements valorisés[ ]: par exemple la valorisation de l’échange, de la transparence, de la prise de risque, et de la primauté en interne de la coopération sur la compétition, du "don" qui suscite le "contre-don". Et c’est là que la décrédibilisation des " porte-parole" politiques, au niveau national, est désastreuse. Mais une génération nouvelle de porteurs de sens pourra s’appuyer sur une évolution du modèle de performance vécu notamment dans l’entreprise, et irradiant progressivement, avec d’autres sources de sens associatives, toute la société.

Et là, notre impression est qu’après des années valorisant la réussite individuelle, emblématique dans le modèle scolaire, le modèle de la promotion administrative (le concours), ou encore le turbo-cadre compétitif, (les années Tapie), ou le "prendre" l’emporte sur le "donner" , on assiste à un tournant où l’air du temps donne la prime au "collectif" sur l’individu, ou "l’égoïsme corporatiste". Les années Jacquet en quelque sorte.
Amplifié par la diffusion des nouvelles technologies, l’ethos d’Internet, fondant désormais l’efficacité sur la capacité à coopérer, à co-apprendre à échanger, face aux changements plus rapide, cette évolution valorise les comportements de respect et d’intégration, par rapport à l’individualisme et la confrontation.

L’individu performant n’est plus tant celui qui sait prendre, mais celui qui sait donner. A nous de générer les hommes politiques emblématiques qui sauront catalyser cette évolution pour une société dynamique et intégratrice ! -- Business Digest

L’origine sociale du chômage
Le chômage n’est pas uniquement un problème économique, c’est aussi un problème social. Dans une société où les relations interpersonnelles existent et sont nombreuses, il n’y a pas de chômage. De telles relations se construisent si les individus et la communauté qu’ils forment ont des objectifs mobilisateurs. Notre vie doit avoir un sens.

La perte du sens
Il y a peu de temps, les gens naissaient dans des familles qui se rattachaient à des grands systèmes de sens. Leur éducation se passait à l’intérieur de celui-ci. Se forger une identité était facile. La société était cloisonnée et chacun, savait ce qu’il avait à faire. Aujourd’hui les cloisons sont tombées, chacun doit se construire une identité à partir de la multitude des croyances qui s’offrent à lui. C’est une chose très difficile, c’est pourquoi nous assistons à une perte de sens.

Lutter contre l’exclusion
Pour lutter contre la marchandisation de notre vie nous devons apprendre à valoriser les relations humaines. Une attitude égoïste de la part des membres d’une société ne peut pas permettre le développement normal et durable de celle-ci. -- Idées clés, par Business Digest

Une utopie convaincante
Les auteurs de cet essai possèdent trois vertus cardinales rarement réunies dans l'abondante littérature sur les malaises français: la compétence technique, l'expérience pratique et une vraie philosophie sociale. Ce sont des technocrates (l'un a été commissaire au Plan, l'autre est au Conseil d'Etat), mais atypiques: tous deux sont engagés personnellement dans l'action de réinsertion sur le terrain.

Deux changements, nous disent-ils, convergent aujourd'hui. Dans la sphère économique, la mécanique de l'emploi se grippe. Durant les Trente Glorieuses, la production de masse taylorisée absorbait toute la main-d'oeuvre disponible, dans des postes peu différenciés et à apprentissage relativement facile. Aujourd'hui, le mécanisme inverse fonctionne, mais son jeu est beaucoup plus malaisé: l'emploi baisse dans les grandes entreprises, et celui qui se crée dans les PME et les services est beaucoup plus dispersé. Surtout, il demande des qualités relationnelles, des efforts d'adaptation beaucoup plus grands que l'emploi massifié d'autrefois.

Pour fonctionner efficacement, un tel modèle suppose un niveau élevé de coopération, de connaissance réciproque, de proximité des personnes. Or - deuxième tendance lourde - le lien social a changé de nature. Les grands systèmes de sens (idéologies, religions, valeurs familiales, etc.) périclitent. Et l'individualisme triomphant se manifeste en particulier par le fait qu'on préfère la séparation au conflit: cela est vrai aussi bien dans le domaine affectif (les divorces) que dans celui de la politique (l'abstention, la baisse du militantisme) ou de la production (la préférence donnée à la machine sur l'homme). D'autres liens se reconstituent, mais en libre-service, selon les affinités personnelles. La liberté augmente, mais la solidarité diminue, et l'atomisation de la société ne dresse plus aucune barrière contre l'exclusion.

Le remède? Pour les auteurs, les entrepreneurs sociaux, qui effectuent sur le terrain un travail souvent mal connu, sont les éclaireurs d'un nouveau modèle de développement. Mais ce levier ne suffit pas: tous les acteurs doivent conjuguer leurs efforts dans un engagement coopératif pour l'emploi, de même que la planification a été, dans l'après-guerre, un engagement collectif pour la croissance.
Une utopie, peut-être, mais diablement convaincante. --Gérard Moatti-- -- L'Expansion

Quatrième de couverture

L'exclusion est à la société de demain ce que la question ouvrière fut à la société d'hier. Notre génération est en train de rater son rendez-vous avec l'emploi là où les précédentes, celles de l'après-guerre en particulier, avaient réussi à surmonter les échecs du passé et à assurer une croissance pour tous.

La crise de l'emploi ne peut être dissociée de deux autres crises, celle du lien social et celle du sens. En effet, perdre son emploi a des conséquences bien au-delà de la sphère professionnelle. Et, à l'inverse, retrouver un emploi, pour celui qui l'a perdu depuis longtemps, passe bien souvent par la reconstruction d'une identité et d'un lien relationnel.

Aucun projet politique ne peut se borner à des mesures purement techniques. Il faut que la société s'anime: davantage de coopération, plus d'initiative; il faut aussi qu'elle accepte de nouvelles contraintes et organise l'expression des conflits. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

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